ATP - Stockholm Del Potro for ever



Alors qu'il s'apprête à effectuer son entrée en lice à Stockholm contre John Isner, nous avons décidé de vous proposer le texte hommage à Juan Martin Del Potro, extrait du numéro 54 de GrandChelem.

C'est un beau roman c'est une belle histoire, c'est une romance d'aujourd'hui.....Voilà en quelques mots, doux et soyeux, comment résumer l'été absolument fabuleux que nous a offert Juan Martin Del Potro. Héroïque à Rio, exaltant et émouvant à New York, l'Argentin a retrouvé l'amour de sa vie : le tennis.

Souvent, il nous faut une rupture pour comprendre ce que la vie nous avait offert. Quand Juan Martin Del Potro terrasse à la surprise générale Roger Federer en finale de l'US Open en 2009, le champion argentin, certes impressionnant, ne nous renvoie pas grand-chose. Mise à part son coup droit, qui est déjà un truc de fou à tel point que le Suisse avoua, après coup, n'avoir jamais vu un joueur frapper aussi fort, Del Potro ne nous enflamme pas. Ses sourires sont plutôt rares et certains ont très vite fait de le classer dans la case des joueurs un peu «bourrin», pire dans celle des joueurs déjà imbus d'eux-mêmes. Une théorie vérifiée notamment en Coupe Davis où le jeunot a toujours refusé de faire allégeance à l'aîné, un certain David Nalbandian. La légende existe d'ailleurs selon laquelle ils en seraient même venus aux mains dans les vestiaires en 2008 lors de la finale perdue chez eux face à l'Espagne. À l'époque Juan Martin est jeune, presque insolent, et il n'a pas vraiment besoin du drapeau national. Il ne le sait pas encore mais une année plus tard il sera seulement le troisième argentin à remporter un tournoi du Grand Chelem après Guillermo Vilas et Gauston Gaudio. Ce titre, quoi qu'il arrive, lui garantit donc quelles que soient ses frasques le soutien de son peuple. De plus, avec son tennis efficace et puissant, il sait aussi que sauf accident sa carrière est presque toute tracée.



Du coup, le romantisme de la Coupe Davis, l'esprit d'équipe et tout ce qui va avec, Juan Martin s'en passe volontiers, se concentrant sur ses objectifs. D'ailleurs, cela lui réussit bien puisqu'il atteint la quatrième place mondiale le 11 janvier 2010. Après une première opération au poignet droit et un retour express en fin d'année, il enchaîne par trois saisons où il varie entre le très bon, comme sa médaille de bronze à Londres, et quelques petites contre-performances. Et c'est finalement au moment où l'on pense logiquement qu'il retrouve son meilleur niveau que son poignet gauche, cette fois, cède. Pressé, il revient trop tôt, en janvier 2015 ce qui lui coûte cher, notamment une deuxième opération. Cette fois c'est beaucoup plus grave. Malgré ses efforts, l'Argentin commence réellement à douter. Son entourage le persuade de tenter la troisième opération, celle de la dernière chance. Il repasse donc sur le billard, une troisième fois en moins de 15 mois, nous sommes en juin 2015. Pour continuer à y croire et surtout se donner le moral, il multiplie les seflies sur son lit d'hôpital et poste les vidéos de sa rééducation. Il s'ouvre vers les autres et essaie toujours d'y croire en cherchant du soutien alors que par le passé ce n'était pas vraiment son truc. Son possible retour devient alors un vrai feuilleton, une petite série que tous les fans du tennis commencent à apprécier, son come-back est devenu en quelques mois et beaucoup de clics, un vrai projet collaboratif. Alors quand Del Potro démarre 2016 par une demi-finale à Delray Beach, la toile s'emballe et lui avec. La suite, on la connaît : des Jeux Olympiques hallucinants où il s’impose face à Novak Djokovic et Rafael Nadal, un US Open solide, avec une défaite en quart de finale face à Stan Wawrinka vainqueur du tournoi. Et si on doutait du retour de l'Argentin au premier plan, le Suisse a mis tout le monde d'accord à l'issue de sa victoire : "C'est l'un des matchs les plus durs que j’ai pu jouer dans ma carrière, Del Potro vous fait perdre la tête", ce n'est pas nous qui allons contredire le Stan the Man.

Une ovation incroyable
Cela restera comme le plus beau moment de cette quinzaine. Juste avant la balle de match pour Stanislas Wawrinka, le public, bien encouragé par les fans argentins, décide de rendre hommage à Juan Martin. Chants, standing ovation, c'est du délire dans les gradins. Sur le court, fatigué, éreinté, Juan va connaître un véritable «burn out» émotionnel. Et les supporters gauchos, connus pour être les plus « bestiaux » mais aussi les plus « sentimentaux » du monde en rajoutent une couche lui renvoyant un torrent de bonheur. À ce moment là, plus rien ne compte, Juan pleure, comme un enfant, comme un amoureux qui a retrouvé sa moitié. Juan pleure son amour du tennis, tous les efforts et les doutes de sa rééducation. Et nous, fans de tennis, on pleure avec lui, le champion retrouvé, l'homme passionné qui a tout sacrifié pour sa discipline : "Je ne pouvais pas imaginer tout cela, c'est un rêve éveillé." Un rêve que le joueur veut maintenant transformer en réalité sportive avec en ligne de mire l'envie de revenir dans la cour des grands : "Ce qui me manque le plus c'est le physique, je vais travailler dur à l'intersaison car je sais maintenant que je suis de retour. C’est une sensation incroyable de se dire ça alors qu'il y a encore quelques mois je perdais contre des joueurs classés au delà de la 80e place."

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