Le blog de la rédac'
France, future terre de Challengers ?



La fin du Moselle Open ne présage rien de bon pour l'avenir des tournois ATP et WTA dans l'Hexagone. À terme, la France ne devrait être qu'une vraie terre d'asile pour les tournois Challenger dont le format colle bien avec l'environnement économique autour du tennis, trusté il faut bien le dire par Roland Garros et le BNP Paribas Masters.

Il faut le souligner car c'est une réalité, s'il existe encore des tournois ATP et WTA en France c'est le fait de passionnés et d'anciens joueurs. Celui en Moselle était soutenu par plusieurs anciennes stars parmi lesquelles Fabrice Santoro et bien sûr Julien Boutter, qui en est l'un des fondateurs. Ceux de Nice, bientôt à Lyon logiquement, et de Marseille sont l’œuvre de Jean-François Caujolle et de toute sa famille. Enfin, celui de Montpellier n'est que le prolongement du GPTL de Lyon de Gilles Moretton.

Aujourd'hui, organiser un tournoi ATP est devenu une folie, un puzzle économique dont l'équilibre ne tient qu'à un fil ou plutôt à l'espoir d'un soutien institutionnel fort. Cela se traduit par un naming malin comme l'Open 13, l'Open Sud de France et donc le Moselle Open. Mais cela ne suffit pas toujours et réunir 3 millions d'euros voire un peu plus est devenu un travail colossal d'autant que le tennis est déjà finalement assez exposé avec les deux navires de la Fédération Française de tennis : Roland Garros et Bercy.

C'est bien pour cela que si l'on regarde la cartographie de nos événements ce sont les Challengers qui animent la saison. Ils sont 15 avec notamment une surpopulation en Bretagne assez inexplicable avec Saint-Brieuc, Rennes, Quimper, Brest... Il faut dire que le format est idéal. Pas ou peu de garanties pour les joueurs, un événement à taille humaine, un cahier des charges de l'ATP assez flexible. Pas de concurrence internationale, des « champions » classés entre la 50ème et la 200eme place, bref une ligue 2 plutôt attrayante et qui peut permettre aux organisateurs de ne pas mettre la clé sous la porte, mieux de faire un résultat plutôt satisfaisant. On pense notamment dans cette catégorie à l'Open d'Orléans véritable réussite et ce dans tous les sens du terme et dont le budget, selon nos sources, est supérieur à 1 millions d'euro. C'est pour toutes ces raisons d'ailleurs que l'ATP veut réformer le Challenger Tour pour lui donner plus de visibilité et aussi inciter les « petits » ATP 250 à devenir des supers challengers.

Le Challenger Tour va être réformé

Si par le passé il existait encore des groupes spécialisés dans l'évènementiel qui tentaient d'organiser des tournois en Europe, aujourd'hui cela n'est plus inscrit dans les business plan. Le tennis est trop cher, trop risqué et peu rentable. Si IMG a tenu longtemps avec GDF-Suez à Coubertin avec son tournoi WTA cela ressemblait plus à un grand team building du géant de l'énergie qu'à une vraie fête du tennis. Du coup, quand GDF-Suez a fermé un peu le robinet, le tournoi a failli déménager à Toulouse jusqu'à ce que la nouvelle région élue dans l'intervalle constate que le chèque était finalement exorbitant. La suite, on la connaît. IMG a arrêté les frais. Si on veut être vraiment pragmatique, il faut juste constater que dans chaque pays européen les gros tournois ATP sont souvent l’œuvre d'un homme charismatique comme Ion Tiriac à Madrid, l'étendard d'un pays tennistique comme à Rome, en Suède avec Stockholm, en Russie, ou celle d'un passionné, riche, qui ne recherche pas un retour sur investissement.

Un ATP 250 c'est minimum 3 millions d'euros

Et c'est logique car le compte de résultat est souvent négatif. Sur un ATP 250, il faut réunir un budget d'environ 3 millions d'euros pour présenter un plateau digne de ce nom. L'ATP et ses partenaires titres amènent environ un tiers de cette somme. Il faut donc aller au combat pour environ 2 millions d'euros pour un événement qui dure sept jours et qui n'attire pas forcément les foules surtout si vous ne pouvez pas présentez des top players. Or un top 15 plus ou moins connu coûtera autour de 80 000 à 150 000 euros.

Yvon Gérard, le directeur du Moselle Open, a raison d'expliquer qu'ils ne sont plus compétitifs. C'est aussi lié au fait que l'épicentre du tennis bouge, que la vieille Europe résiste mais devrait bientôt baisser pavillon sauf dans quelques paradis fiscaux... L'autre donnée, à ne pas négliger, c'est qu'une date au calendrier a aussi aujourd'hui une vraie valeur sur le marché si vous arrivez notamment à attirer un pays qui a envie d'investir dans le tennis comme c'est le cas en Asie ou dans le Moyen-Orient, voire l'Inde. Cette donnée a d'ailleurs changé la donne sur le marché des ATP 250 car les propriétaires se disent aussi que le jackpot est possible. Il est donc logique qu'entre un tournoi peu rentable, avec un soutien pas assez important des institutions et l'idée de vendre sa date à un bon prix, il n'y pas photo. Alors on peut accuser tout le monde, la Fédération, les régions, les municipalités et prêcher la bonne parole sur la visibilité internationale d'un ATP 250, il y a une réalité économique implacable. Le tennis en tant que valeur évènementielle vaut plus cher ailleurs qu'en France. On se consolera donc en évoquant l'idée que le circuit Challenger donne sa chance aux futurs champions et qu'au final on n'est pas si mal lotis avec Roland Garros et Bercy. Ou plutôt le BNP Paribas Masters organisé à l'AccorHotels Arena de Bercy, tout est dit...

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