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J’en suis de moins en moins gaga !

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Il fut un temps où je me disais qu’avec son physique, son entraî­neur, sa hargne, sa culture, son coup droit, son service, il allait un jour tout pêter, mettre un stade en feu, bous­culer la hiérar­chie du tennis. Bref, révo­lu­tionner le « truc » avec de l’am­biance, des cris, des « slide­shows » et surtout des titres. Mais le temps a passé, les défaites amères, rocam­bo­lesques aussi. Celle d’hier face à Hewitt confirme juste une chose, il y a un vrai souci Monfils, et ce souci là, j’ai pas l’im­pres­sion qu’il sera un jour résolu, et ça m’inquiète.

Il y a des scènes qui ne trompent pas. Gaël vient de perdre son fameux duel face à Fognini à Roland Garros. Il arrive en salle de presse, les yeux disons le très ronds. Une fois assis, il fait mine de cher­cher de l’air, le garçon a visi­ble­ment pris un coup de chaud. Gaël est mal c’est clair, pas honteux, mais il est mal. Il a joué à deux à l’heure, il a déçu. Alors commence le rituel des ques­tions. Ce jour là, en mal d’in­for­ma­tions des évène­ments de la veille, la presse se centre donc sur cette fin de match épique oubliant simple­ment que notre « favori » trico­lore sur terre battue vient de perdre un match qu’il aurait du gagner si ce n’est 100 fois au moins 10 fois. 

Cela arrange bien les affaires de la « Monf » qui explique donc les détails très peu tennis­tiques de ce central dans la pénombre : « J’ai des lentilles donc clai­re­ment à un moment je ne voyais vrai­ment rien ». Sur son adver­saire, la Monf tient un discours à l’image de celui concer­nant ces ambi­tions c’est à dire presque inco­hé­rent : « Je l’aime beau­coup Fognini, on se connaît bien, mais c’est vrai que quelques fois, il est border line, mais bon, je l’aime bien, il est pas toujours très sport, mais bon ». Mais là où la confé­rence devient mystique c’est quand Gäel voyant bien qu’il n’ar­rive ni à s’ex­pli­quer, ni à trouver des argu­ments pour éviter la vraie analyse d’un tel « fiasco », part dans un deli­rium plutôt épais : « J’ai pris mon pied fina­le­ment, à un moment j’étais sur le chaise, il faisait nuit, et je me suis dit quel kiff ». Les bras m’en tombent, et voila le gamin qui embraye sur cette théma­tique : « C’était dur, il reve­nait au score, la nuit tombait, je jouais mal, mais c’était bon ». En une petite phrase Gaël Monfils avouait qu’il était encore un petit enfant, un bisou­nours au royaume des adultes.

Et Hier face à un Hewitt qui a juste fait le boulot, il a confirmé cette vérité et cette errance psycho­lo­gique quand il s’agit de prendre le dessus. D’abord il y a eu cette vilaine double faute dans le tie‐break alors qu’il menait 3 à 1, puis ces balles de set molles au centre du court, un petit régal pour Leyton. Bref, pour résumer, quand il s’agit de prendre ses respon­sa­bi­lités, de faire preuve d’ini­tia­tive, d’in­ven­ti­vité, le tout dans un cadre défini et au moment propice, le gamin s’ef­fondre, regarde son clan et cherche une solu­tion qu’il ne trou­vera jamais. Certains disent que Gaël est comme ça, que c’est dans sa nature, d’autres répon­dront que si un jour il veut gagner un grand titre, il va falloir qu’il se penche vrai­ment sur le pour­quoi de ce manque de confiance, et sur l’idée qu’à un moment donné il faut prendre son destin en main !

A propos de l’auteur

Laurent Trupiano

Laurent Trupiano est jour­na­liste depuis plus de 25 ans, il a travaillé pour divers médias (Le Parisien, Le Point, Radio France), il a été le co‐fondateur de Sport24.com. En 2007, il a créé le maga­zine We Love Tennis et lancé le site Welovetennis.fr en 2013. Aujourd’hui, il est le direc­teur de la rédac­tion des deux supports.