Le blog de la rédac' Elle est où l'incompétence ?

Je sais que ce texte ne va pas laisser ses lecteurs indifférents. Je sais aussi que je vais certainement me faire rentrer dedans, mais tant pis. Je vous demande juste de prendre un peu de recul et de peser mes mots, et l'idée que l'on a de la compétition. Vous pouvez y voir aussi un certain chauvinisme, peu importe, il fallait que cela sorte.

Le débat est simple, et il sera éternel. En programmant Jo Wilfried Tsonga en deuxième match, les organisateurs - donc notre fédération française - a voulu privilégier l'audimat à une logique sportive plutôt simple: premier qualifié, premier programmé. Quand on sait le travail qu'accomplissent chaque jour les champions pour se présenter dans un situation optimale tant physiquement que mentalement le jour J, on peut juste maudire celui qui a signé le programme du jour. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il n'a pas compris que rentrer sur le central à 18 heures passées après un choc aussi dingue que celui de Djokovic face à Nadal, c'est au final priver Tsonga d'un bonheur, et surtout d'un timing parfait pour rentrer à bloc dans une demi-finale historique.

Et je vais largement insister sur cette idée car quoi que l'on dise, à l'inverse d'autres joueurs tricolores, Jo Wilfried Tsonga est un joueur de coeur. Son envie d'y arriver, son envie de soulever un trophée est liée à cette idée de "donner du sourire et de la joie". Presque tout le contraire du calcul d'apothicaire qui consiste à croire que ce vendredi soir, Jo allait casser la baraque sur France 2. Cela fait des années que l'on nous fait croire que l'objectif de notre élite est de toucher le graal, or lorsque l'un deux devrait être installé dans les meilleurs conditions pour y parvenir, on l'envoie jouer presque à l'orée de la nuit devant des spectateurs déjà gavés de tennis et d'émotions. Ce moment devait être une fête, cela s'est transformé en cauchemar.

C'est peut-être simpliste, mais j'y vois un vrai manque d'analyse psychologique. Alors je vous invite à imaginer l'inverse. Jo rentre en début d'après midi et chauffe son public. La configuration est tout à fait différente. Et quand on connait un peu le numéro 1 français, on sait que sans le public, sans un supplément d'âme, il n'est pas le même.

De plus, je rajouterai à cette idée, celle de la frustration de voir qu'on lui a finalement volé son moment. Bien sûr, Jo n'en dira rien, et bien sûr je serai forcément accusé de tous les maux, mais je le répète, cette programmation confirme qu'ici chez nous, sur nos terres, on n'a pas vraiment compris ce que le mot performance voulait dire.

Quand je me suis lâché par quelques SMS vers un des cadres techniques sur ce sujet, celui ci m'a répondu: "Un champion doit gagner dans toutes les conditions". Voilà encore une idée complètement banale, identique à celle qui consistera à compter les fautes directes de Jo lors de cette rencontre.

Car le duel était joué avant même qu'il ne commence. Je vous la fait très courte. Depuis votre tendre enfance, on vous explique qu'aucun Français n'a gagné Roland Garros depuis des lustres. Toute votre jeunesse, vous allez à l'entrainement avec cette idée dans la tête. Quelques années plus tard, après avoir sorti Federer en quart de finale dans une ambiance de folie, vous vous préparez à remettre le feu au Central. Et là, à 18h30, vous entrez dans un court vide, gavé d'émotions, presque une cathédrale vide. 1, 2, 3, 4, puis 5-1, voila la foule qui revient mais il est déjà trop tard, cette demi-finale a la goût de rien, et votre mission n'en n'est plus une. Amen !

Je rajouterai avec une pointe de cynisme que les organisateurs rêvaient d'un audimat de feu et d'une finale historique, ils auront un dimanche en "bois" et nous passionnés, on a eu une demi-finale digne d'un bon second tour. La faute à qui ? A Jo, oui certes mais aussi à tous ceux qui n'ont toujours pas compris que quelques fois ce sont les détails qui font la différence dans le haut niveau. Et le détail, c'est une attente interminable dans le player's lounge, c'est entendre son central vibrer comme jamais, c'est enlever une sucette de la bouche d'un enfant, c'est au final juste un manque de discernement de la part des organisateurs. A vrai dire, je ne suis pas surpris, juste inquiet. Car il y a un autre dossier plutôt tendu pour que Roland Garros reste au sommet, et là aussi je crains le pire. Sincèrement.

Votre envoyé spécial en direct de Roland Garros



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