Leconte : « Cette finale va se jouer dans la tronche ! »

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    Nouveau Grand Témoin à prendre la parole en vue de la finale de Coupe Davis, Henri Leconte. Rencontré à l’oc­ca­sion du Classic Tennis Tour à Lyon, où il a notam­ment évolué aux côtés de Bjorn Borg, Riton nous a livré ses impres­sions quant à l’évè­ne­ment le plus attendu par les Tricolores en cette fin de saison. Et, bien sur, il n’a pas laissé de côté son habi­tuel franc‐parler.

    Quel est ton senti­ment sur le parcours fran­çais en Coupe Davis cette année, avec notam­ment une magni­fique demi‐finale face à la République Tchèque ?
    Ils ont fait ce qu’il y avait à faire. On dispose d’une bonne équipe, avec une super ambiance pour couronner le tout. On a l’avantage d’avoir non pas un mais deux leaders : Jo‐Wilfried Tsonga et Richard Gasquet. Ce dernier s’est montré très bon lors du premier match face à Tomas Berdych. On sent une réelle complé­men­ta­rité entre les deux.

    Plus que de complé­men­ta­rité, peut‐on parler d’alchimie ?
    Je pense que oui. Ils se complètent, on sent que c’est du solide. Il y a une vraie force, on sent que si jamais l’un est un peu moins bien, l’autre sera là pour faire le travail. C’est un très bon point dont peu d’équipes peuvent se targuer d’avoir. C’est d’ailleurs ce qui manquait à cette géné­ra­tion pour espérer soulever le Saladier. Ça me fait vrai­ment penser à 1991 et le titre face aux Américains, ici‐même à Lyon. Il y avait deux leaders aussi forts l’un que l’autre.

    Parlons un peu de Gael Monfils. Il a fait un très bel US Open et était à deux doigts de sortir Federer en quarts. Ensuite, bien qu’il était usé physi­que­ment, il a rempli sa mission en Coupe Davis. Tu penses que ça peut être le « Monsieur Plus » lors de la finale, une sorte de botte secrète ?
    Honnêtement, il me fait penser à moi il y a plus de vingt ans, lors de la finale de 1991. Diminué physi­que­ment, je suis revenu alors que pas grand monde ne m’attendait. (victoire contre Pete Sampras lors du match 2) C’est vrai­ment un bon joueur et il satis­fera les objec­tifs du coach, à n’en pas douter. L’avantage de cette équipe 2014 c’est qu’elle ne repose pas sur un ou deux bons joueurs, on a un véri­table palette et une équipe complète, avec cinq mecs tous aussi bons les uns que les autres. 

    La finale se dispu­tera donc à Lille au stade Pierre Mauroy, qui accueille habi­tuel­le­ment les matches du LOSC. Jouer un tel évène­ment dans un stade de foot­ball, ça va booster nos Tricolores non ?
    Forcément, l’atmosphère va être incroyable. Même si ça sera beau­coup plus grand que ce que j’ai connu, ça me fait penser à la finale de 1991. Il n’y avait plus une place de libre, on sentait une véri­table osmose et une commu­nion avec le public. En plus, ça se jouera sur terre battue, ce qui est un très bon choix. Je pense que l’équipe de France est dans son ensemble plus forte que les Suisses sur cette surface. Roger Federer est d’ailleurs plus perfec­tible sur l’ocre ! C’est une très bonne nouvelle pour nous. Le plus impor­tant, c’est le mental. Cette finale va se jouer dans la tronche ! 

    Tu disais que l’équipe suisse est moins forte dans son ensemble, pour­quoi ?
    Ce qui fait pencher la balance en notre faveur c’est que dans cette équipe, il y a deux très gros joueurs. Mais c’est bien là le problème ! Federer et Wawrinka tiennent la corde, ils sont plus forts sur le papier, mais du coup cette équipe est beau­coup moins complète. Cependant, il faut faire atten­tion, car Coupe Davis rime avec surprises ! Je me souviens de l’édition 1988 notam­ment. La Suède de Wilander et Edberg nous élimine chez eux en demies, et arrive favo­rite avant la finale face aux Allemands. En plus, c’est eux qui accueillent les matches pour les titres. Mais au final, c’est l’Allemagne qui l’emporte, dès le samedi ! 

    Cette finale est quelque peu inédite car les huit joueurs censés être titu­laires résident tous en Suisse. Tu as aussi habité là‐bas, pour quelles raisons ? Ça te choque cet exil massif des spor­tifs du côté de Genève et autres ?
    Oui, j’y ai habité dans les années 1980. On va pas se le cacher, c’était avant tout une histoire de fric et d’impôts. D’ailleurs, je n’ai pas d’attache parti­cu­lière avec la Suisse, je n’y retourne pas souvent. Les spor­tifs qui le font de nos jours ont raison ! Ils ont une carrière courte et il faut mettre de l’argent de côté, car bien évidem­ment on n’a pas de retraite une fois que l’on ne joue plus. 

    Pour conclure sur cette finale face aux Suisses, tu n’aurais pas un petit pronostic à nous livrer ?
    Selon moi, c’est du 6040, en notre faveur ! Comme je l’ai dit l’équipe de France est plus complète et a de solides argu­ments à faire valoir. De plus, c’est nous qui accueillons les Suisses ! Il y aura donc une grosse, grosse ambiance et ça va booster le groupe trico­lore. Après, si ça n’avait pas été chez nous, j’aurai dit que c’était du 5545, pour Federer et compagnie. 

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    A propos de l’auteur

    Clement Gielly

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.