Interviews
Soulès : "Les Petits As, un passage obligatoire"



Responsable des garçons 15 ans et moins à la Fédération française de tennis, Olivier Soulès est un interlocuteur de choix pour comprendre l'importance du passage aux Petits As dans la formation du jeune joueur. Alors qu'il chapeaute le centra national de Poitiers, il revient également sur les évolutions apportées par une fédération plus ouverte.

Les Petits As sont connus et reconnus. Qu’est-ce que cela représente dans la formation d’un jeune joueur ?
"Je pense qu’il s’agit d’un passage obligatoire. À cet âge et au regard de la concurrence internationale, c’est leur Roland-Garros. En tant qu’entraîneurs nationaux et formateurs, c’est incontournable de passer ici pour voir la progression de nos jeunes et la concurrence étrangère."

Vous les préparez à ces différentes sollicitations, notamment médiatiques ? Harold Mayot a été bluffant par exemple.
"Pour le cas d’Harold (Mayot), c’est dans son caractère. Il est relativement à l’aise. Avant de venir ici, on les a réunis pour leur expliquer qu’il s’agissait d’un tournoi spécial. Il est rare pour eux de jouer devant des tribunes pleines. C’est quelque chose qu’ils doivent aborder différemment. La différence d’Harold avec les autres se fait, déjà par le jeu, mais surtout parce qu’il possède un projet tennistique très fort. Il sait déjà à 100% qu’il veut devenir joueur de tennis professionnel. Peu de personnes peuvent dire s’ils vont y arriver. Mais de notre côté, on n’a pas besoin de revenir dessus car dans sa tête le projet est fixé depuis des années. Il mettra toutes ses chances pour réussir."

Vous soulignez l’approche mentale du tournoi pour les jeunes. N’est-ce pas quelque chose qui manquait dans notre formation ?
"Tout comme la technique et la tactique, on a un intervenant qui vient régulièrement (François Ducasse, ndlr). C’est un suivi régulier, un véritable plus. Si chacun avance à son rythme, tous les joueurs progressent. Il y a des temps collectif avec des thématiques différentes : l’appropriation du projet, l’appréhension d’un tel événement qui est connu mondialement… Ensuite, il y a un travail effectué par des entretiens individuels. Le but est de leur faire prendre conscience qu’ils ne joueront pas toujours bien : autrement dit leur apprendre à bien mal jouer. On a un exemple frappant : la victoire de Djokovic sur Gilles Simon en commettant 100 fautes directes ! Habituellement, les jeunes disent plutôt : « je ne sens pas mon coup droit, pas mon revers… » et leur attitude baisse. Ils sont réceptifs à ce que l’on met en place."

Aujourd’hui, il y a plus en plus de concurrence. Quand on regarde le palmarès, on s’aperçoit qu’il est plus difficile de percer…
"Les Petits As est un point d’étape de la formation. Roger Federer est venu ici mais il n’a pas gagné. On a eu des Français qui ont gagné mais qui n’ont jamais fait carrière. Il faut qu’à un moment donné, les jeunes se projettent en ayant un projet fort. On connaît le tennis, on est là pour les guider et les aider pour qu’ils soient meilleurs. Mais sans projet fort, ce sera compliqué."

Vous aussi, ce rendez-vous vous permet de vous adapter à cette nouvelle concurrence ?
"C’est un moment privilégié car on peut se comparer à la concurrence étrangère et discuter avec les autres coaches si leurs méthodes de formation. Il ne faut pas rester dans notre coin, à la Française, uniquement centré sur ce que l’on fait. Ç’a nous enrichit et aide à être meilleurs."



Vous insistez beaucoup sur la notion de projet. Ce point est justement déterminant pour que ces futurs joueurs puissent optimiser au maximum leur potentiel ?
"Tout à fait, pour moi cela rejoint la notion de projet. Le jeune doit savoir : quel est son projet et est-ce que à la fin de sa carrière il pourra se regarder dans une glace en se disant « j’ai fait le maximum de ce que je pouvais faire ». Après, tu peux être numéro 1, 3, 20, 400 selon ton potentiel… Mais tu dois tout mettre en œuvre pour y arriver."

N’est-ce pas un peu frustrant de ne pas suivre après les 15 ans un enfant ?
"Ça fait parti de la filière fédérale mais les choses évoluent. Auparavant, c’était hyper cloisonné. Après 15 ans, ils continuaient dans la structure fédérale suivante, à savoir l’INSEP, puis ensuite à Roland-Garros. On s’aperçoit maintenant qu’il y a de vraies affinités entre les joueurs et les coaches. Par exemple, j’ai été entraîneur de Jo-Wilfried Tsonga à l’INSEP puis j’ai continué avec lui sur Roland-Garros avant qu’il parte avec Eric (Winogradsky). Aujourd’hui, on est plus ouvert."

Plus ouvert comme avec les parcours associés ?
"Exactement ! Il ne faut pas avoir un raisonnement simpliste qui consiste à dire que si tu ne fais pas parti des structures fédérales, tu n’as aucune chance d’y arriver. Pas du tout ! Le programme des parcours associés est mis en place à partir du moment où le jeune est bien structuré, qu’il a un bon entraîneur, que sa programmation est ambitieuse, qu’il progresse et qu’il a des résultats, il n’y a pas de raison que la Fédération n’aide pas. Enfin, il faut, bien sûr, être dans les meilleurs de sa catégorie d’âge. Sur les 13/15 ans, j’ai 15 parcours associés. Et cela continue dans les catégories supérieures. C’est une ouverture de la Fédé et de la DTN."

Pensez-vous que toutes ces évolutions porteront leurs fruits ?
"Je suis confiant. Je sais que l’on ne cesse dire qu’après la génération des Tsonga, Monfils, Simon, Gasquet que ce sera difficile. Lucas Pouille arrive, Quentin Halys va refaire son retard. A nous d’être encore meilleurs et de mieux les former. Je le redis, je suis confiant !"

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