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Andy Murray, la stagnation avant l’explosion ?

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Propulsé à la 4e place mondiale en septembre 2008, Andy Murray avait confirmé en 2009 son ascens­cion au plus haut niveau. 2010 devait être l’année de l’ex­plo­sion, du premier titre en Grand Chelem, des premières places au clas­se­ment. Il n’en fut rien. Retour sur une nouvelle saison, ni ratée ni réussie. Une saison de stag­na­tion.


« Il y a de bonnes chances pour que je m’im­pose à Melbourne. »
A une semaine du premier Grand Chelem de l’année, l’Ecossais donne le ton. Bien dans « son jeu, ses frappes et son tennis » Murray croit ferme­ment en ses chances. Et ses premiers matches austra­liens accré­ditent ses propos. Un tennis fluide, une condi­tion physique proche de la perfec­tion, l’Ecossais fait litté­ra­le­ment exploser ses adver­saires. Même Rafael Nadal, battu en quarts de finale, ne peut rien face à l’efficacité du Britannique. Ce match‐là, qui a vu s’affronter « deux mutants » de l’aveu de Guy Forget, confirme les possi­bi­lités de victoire finale de l’Ecossais. Marin Cilic dévoré en demie (3–6, 6–4, 6–4, 6–2), Andy Murray va disputer la deuxième finale de Grand Chelem de sa carrière, de nouveau face à Federer. Cette fois c’est la bonne ? « Je vais devoir jouer le meilleur match de ma vie. C’est ce que je prévois de faire. Je sais comment il faut jouer Roger, je l’ai déjà rencontré de nombreuses fois. Il n’y aura pas trop de surprises sur le court. » De surprise il n’y a point eu. Federer, en état de grâce, fait voler en éclat les espoirs du Britannique. 6364 76, l’af­faire est pliée en 2h40. Le Suisse empoche son 16e titre, Murray devra repasser pour son premier. 


« Je peux pleurer comme Roger mais c’est malheu­reux que je ne puisse jouer comme lui. »

Sonné par ce cruel revers alors qu’il prati­quait proba­ble­ment le meilleur tennis de sa carrière, l’Ecossais laisse – une fois n’est pas coutume – échapper ses émotions lors de la remise des prix. En clin d’œil aux pleurs de Federer, battu un an plus tôt par Rafael Nadal sur ce même court en finale, l’Ecossais fond en larmes lors de la remise des prix. « Je peux pleurer comme Roger mais c’est malheu­reux que je ne puisse pas jouer comme lui. » Le Suisse sourit, l’Ecossais tente de cacher sa détresse. Mais le mal est plus profond qu’il n’y parait.

Les semaines suivantes, l’Ecossais fait de nouveau parler de lui. De manière bien plus néga­tive cette fois. Forfait de dernière minute à Marseille, battu au premier tour à Dubai à l’issue d’un match qu’il consi­dé­rait comme un « labo­ra­toire pour essayer des trucs nouveaux », le Britannique s’attire les foudres des offi­ciels et autres spon­sors. La période noire continue aux Etats‐Unis où Murray ne fait pas mieux qu’un quart à Indian Wells et un premier tour à Miami. Des résul­tats bien pâli­chons pour un numéro 4 mondial aspi­rant à une victoire en Grand Chelem. Alors qu’est-ce qui cloche ? Toujours le souvenir doulou­reux de cette fessée austra­lienne ? « Non. Ca fait un bon moment que tout ça est derrière moi main­te­nant, je n’y ai pas pensé depuis au moins un mois et demi. Bien sûr j’étais incroya­ble­ment déçu de perdre cette finale mais avec le recul, j’ai fina­le­ment compris que cet Open d’Australie était quand même plutôt bon. » Malgré les heures d’entraînement, l’Ecossais ne retrouve ni son tennis, ni les victoires. Sa saison sur terre est médiocre (6 victoires – 4 défaites), ses débuts sur gazons pas meilleurs (élimi­na­tion en 1/8e au Queens). Pourtant son Wimbledon se goupille bien, la Murray Mania reprend du service…jusqu’en demie où Nadal vient sabrer les espoirs du Britannique.


Un coach viré, un US Open planté

L’heure du premier bilan arrive. Après cette première moitié de saison globa­le­ment ratée, Murray prend son monde à contre‐pied et se sépare de son coach. Miles Maclagan, qui l’avait propulsé au plus haut niveau et l’entraînait depuis 2 ans et demi, est genti­ment remercié. « Nous avons eu une discus­sion sur la manière dont nous perce­vions les choses. Et force est de constater que nous avions juste des manières diffé­rentes de voir les choses sur ce que je pense bon pour moi et sur ce qu’ils pensent bon pour moi. Ces quelques dernières années se sont très bien passées. Mais je veux voir plus loin et devenir encore meilleur, essayer d’être n°1 mondial, et de gagner des Grands Chelems. J’ai besoin d’être à l’aise avec la struc­ture qui m’ac­com­pagne et d’avoir 100% confiance avec quiconque travaillant avec moi, et qu’ils soient persuadés qu’on fait ce qu’il faut, c’est tout. » La recherche d’un nouveau coach s’engage, des noms sont avancés mais rien ne se concré­tise. Murray part donc seul en Amérique disputer Toronto, Cincinnati et l’US Open. 

Le coach écarté, la moti­va­tion retrouvée, une nouvelle dyna­mique est lancée. A Toronto, Andy remporte son 6e Master 1000 en battant pour la première fois de sa carrière Nadal et Federer dans un même tournoi. De membre du Top 5 déprimé à favori de l’US Open, l’Ecossais change litté­ra­le­ment de statut en l’es­pace de quelques jours. « Le fait de battre Roger puis Rafa d’affilée est proba­ble­ment la chose la plus plai­sante qui me soit arrivée dans ce tournoi. En plus je n’ai pas perdu un set face à eux. J’ai désor­mais hâte de jouer l’US Open. C’est un tournoi que j’adore, j’espère que je serai bon là‐bas. » Bon, il ne le sera point. Battu dès le 3e tour à New‐York par Wawrinka, le Britannique réussit à faire pire que l’année précé­dente (défaite en huitièmes face à Cilic). 

La fin de saison sera, à l’image de l’année, faite de hauts et de bas. Quart à Pékin, belle victoire à Shanghai, 2e tour à Valence, quart à Bercy… L’Ecossais parvient tout de même à conclure 2010 sur une note posi­tive en perdant en demi‐finales du Masters face à Nadal l’un des plus beaux matches de la saison. « Ce match est la raison pour laquelle je joue au tennis. Je voudrais tout le temps jouer comme je l’ai fait aujourd’hui. Je vais m’appuyer sur ce match pour préparer 2011. Je dois progresser parce que je suis en concur­rence avec les deux meilleurs joueurs de tous les temps. Si je veux gagner ces tour­nois, si je veux gagner des Grands Chelems, je sais que je dois devenir encore plus fort. »

Toujours lucide, toujours sensé, Murray mesure l’ampleur de la tâche qui l’attend. Sans croire au miracle, l’Ecossais place ses espoirs en des valeurs saines : le travail, le courage, la persé­vé­rance, l’acharnement s’il le faut. A seule­ment 23 ans, le Britannique a déjà accompli beau­coup, bien plus que la plupart des joueurs de son âge. 16 titres dont 6 Masters 1000, un statut de membre du Top 5 confirmé, des victoires sur Djokovic, Nadal, Federer… Ses objec­tifs ultimes sont clairs : devenir numéro 1 mondial, gagner des Grands Chelems. Cette saison lui a malgré tout permis de s’en rappro­cher, l’expérience accu­mulée valant bien plus que des centaines d’heures d’entraînement. 2011 sera peut‐être l’année de la consé­cra­tion. Si tel n’est point le cas, 2012 ou 2013 vien­dront assu­ré­ment récom­penser le talent et la persé­vé­rance de ce joueur d’exception.

En bonus, le point de l’année d’Andy Murray :