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C’est doublement bon

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Ignoré ou adu­lé, le double pos­sède une place à part dans le ten­nis mon­dial. Intemporel grâce à la Coupe Davis, cette dis­ci­pline si par­ti­cu­lière regorge de joueurs au sens éty­mo­lo­gique du terme, de records mécon­nus, d’a­nec­dotes savou­reuses et de ses propres cham­pions. Petite clin d’oeil ce same­di, jour de mise en lumière du double en Coupe Davis, à cette com­pé­ti­tion pas tout à fait comme les autres.

Jouer en double, c’est aus­si faire durer le plai­sir. Ce n’est pas Mark Knowles, qui vient de dis­pu­ter en finale du mixte de Wimbledon son 1000e match dans cette dis­ci­pline qui dira le contraire. Jonas Bjorkman et Tood Woodbridge en avaient fait autant. Le double, c’est là où on l’on voit presque à coup sûr un ten­nis total. « Le double, c’est le meilleur entraî­ne­ment pos­sible. On tra­vaille tous les coups », raconte Guy Forget. John McEnroe était adepte de cette maxime, lui qui pré­fé­rait jouer des doubles en Grand Chelem entre deux tours plu­tôt que s’en­traî­ner. Au final, l’Américian a gagné 71 titres en double dont 62 avec Peter Fleming. Le suc­cès en tour­noi de Big Mac date de 2006 avec Jonas Bjorkman. Le double est inoxydable. 

Autrefois jouée par les meilleurs joueurs de simple, la dis­ci­pline vit aujourd’­hui de duos média­tiques, cha­ris­ma­tiques et par­fois éton­nant, qui lui sont propres. A tel point qu’une équipe de double avait la Une du New York Times lors de l’US Open 2002. Le Pakistanais Aisal Ul Haq Qureshi et l’Isréalien Amir Hadad avaient alors défrayés la chro­nique en s’as­so­ciant aux yeux du monde entier. C’est éga­le­ment des Etats‐Unis qu’a émer­gé un des tan­dems les plus popu­laires de ces dix der­nières années, les frères Bryan. Quelques per­son­na­li­tés se détachent éga­le­ment seule pour leur rela­tion spé­ciale avec le double. Fabrice Santoro, qui a relan­cé sa car­rière grâce au double, et vain­queur à la joie par­ta­gée 24 fois, avec 9 par­te­naires dif­fé­rents. Il y a des solistes qui savent par­fai­te­ment accor­der leur vio­lon pour une par­faite par­ti­tion par­ta­gée. Virtuose soli­taire, Roger Federer a éga­le­ment une his­toire par­ti­cu­lière avec ce double, qui lui a per­mis, en par­tie, de faire de 2008 une année spé­ciale. Sa médaille d’or aux Jeux Olympiques de Pékin avec Stanislas Wawrinka l’a­vait relan­cé pour la fin de sai­son à la suite de lourdes défaites et de semaines décevantes.

Hormis les Jeux, la Coupe Davis offre éga­le­ment ses heures de gloire au double. Tant au point de vue du jeu, qu’au niveau tac­tique sur le week‐end. Et les stra­té­gies divergent selon les pays, on l’a vu cet après‐midi. Les Croates ont car­ré­ment balan­cé le double, met­tant deux faire‐valoir face aux frères Bryan qui ne leur ont lais­sé que 7 jeux. Les Tchèques avaient eu beau­coup misé sur le match du same­di, ali­gnant leur deux titu­laires, Berdych et Stepanek alors que les Argentins ont pré­fé­ré mettre au repos Juan Martin Del Potro, épou­van­tail de la ren­contre. Dans l’his­toire, les Etats‐Unis reviennent à 2–1 contre les Croates, qui ont un énorme avan­tage psy­cho­lo­gique et peut‐être même phy­sique sur les adver­saires, alors que Tito Vazquez, le capi­taine argen­tin, a plu­tôt fait ce choix par défaut, voyant mal com­ment venir à bout du duo tchèque avec les hommes à sa dis­po­si­tion, même avec le numé­ro 5 mon­dial. Joué à fond du côté de l’Espagne et d’Israël, le double a connu une toute autre saveur. Celle des grands matchs qui font la légende de la Coupe Davis. Fernando Verdasco et Feliciano Lopez sont sor­tis vain­queurs du duel qui les oppo­sait à Nicolas Kiefer et Mischa Zverev. Point qui vau­dra peut‐être de l’or, mais qui a aus­si pom­pé beau­coup d’éner­gie à Verdasco. L’âpreté du com­bat pour­rait lui être fatal s’il est ali­gné demain. La Russie, quant à elle, n’a jamais vrai­ment eu d’é­quipe de double à pro­pre­ment par­ler. Shamil Tarpischev a tou­jours joué à l’ap­pren­ti sor­cier le same­di, tan­tôt bien, tan­tôt mal, et fina­le­ment les Israéliens en ont pro­fi­té pour conclure la ren­contre 3–0. Les crampes de stress de Jonathan Erlich ont été com­bat­tu avec, outre le public, par Andy Ram, son équi­pier, qui tint l’é­quipe quand son par­te­naire flan­chait. Unique double. Passé par toutes les cou­leurs de l’arc‐en‐ciel, Tel‐Aviv a com­pris com­bien le double est cher et beau, sur­tout dans la com­pé­ti­tion du Saladier d’argent. En 32 ans, seule l’Australie en 1977, la Russie en 2002 et l’Espagne en 2004 ont gagné la finale en per­dant le same­di. Ce qui montre la puis­sance, la valeur qua­si double de ce match charnière.

Compétition mise en exergue en Coupe Davis, et bien­tôt en Fed Cup?, le double fait res­sor­tir la pas­sion du jeu. « L’atmosphère dans l’é­quipe est impor­tante. C’est la meilleure des choses », avouait Federer après sa vic­toire avec Stanislas Wawrinka aux Jeux Olympiques. « La joie de par­ta­ger la vic­toire, c’est tel­le­ment dif­fé­rent de tout ce que j’ai déjà vécu. »

Le double est à la fois l’ov­ni et l’es­sence même du tennis.

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