Federer : « Je suis vrai­ment aux ange »

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    Roger Federer est défi­ni­ti­ve­ment et dura­ble­ment entré dans l’Histoire et la légende du tennis en battant le record de longé­vité au sommet du clas­se­ment ATP de Pete Sampras et ses 287 semaines. Après sa 7ème victoire à Wimbledon, le Suisse a accordé un entre­tien excep­tionnel au Crédit Suisse sur son lieu de vacances. Le record, son sacre à Wimbledon, sa vie privée, les JO, tous les sujets sont abordés en toute décon­trac­tion par le numéro 1 mondial.

    Roger, vous venez de battre l’in­croyable record de Pete Sampras. Comment vous sentez vous ?
    « C’est natu­rel­le­ment un senti­ment très spécial. Je suis vrai­ment aux anges. Être numéro 1 a toujours été un objectif prio­ri­taire pour moi. Ce record prouve que quand vous désirer quelque chose par dessus tout, vous travaillez très dur pour et rien ne peut vous arrêter. C’est incroyable de battre ce superbe record de Pete Sampras. J’ai reçu beau­coup de messages de féli­ci­ta­tions de la part de mes fans, c’est extrê­me­ment impor­tant. Je voudrais leur dire à tous un grand merci car c’est grâce à eux que je me bats et que je peux si bien jouer aujourd’hui. Ca a été impor­tant pour moi de voir que le nombre de mes fans gran­dis­sait encore au cours des 5 dernières années. 

    Votre cote de popu­la­rité atteint des sommets et ne cesse de grimper. Comment parvenez‐vous à partir de là à conserver une vie personnelle ?
    Ca n’est pas toujours très agréable de voir que des gens vous cherchent lorsque vous êtes avec votre famille. Pour moi, il y une grande diffé­rence entre entrai­ne­ments, tour­nois et relaxa­tion et je pense avoir trouvé une balance raison­nable. Il est primor­dial de réussir à se retirer de temps en temps pour se vider l’es­prit et je pense que les fans l’ont bien compris. C’est pour­quoi il ne m’est pas trop diffi­cile de garder une vie person­nelle malgré ma popu­la­rité. Une semaine de vacances, c’est parfait. Evidemment, 5 semaines seraient peut‐être mieux, mais je dois encore m’en­traîner pour préparer les prochaines échéances, et ça commence par les JO. Quand j’ai eu mes plus belles victoires, je voulais les partager avec ma famille. J’aurais pu les éloi­gner et rester seul devant les caméras, mais je n’y ai pas pensé. 

    Vous avez fait de bons débuts à Wimbledon, puis vous avez connu une baisse de régime à la fin de la première semaine, notam­ment à cause de votre mal de dos. Quand avez vous pensé que vous étiez capable de gagner ?
    Pour être honnête, lorsque j’ai joué contre Julien Benneteau, je me suis dit que ca pouvait être ce moment là. C’était un match très diffi­cile, très intense, en cinq sets. J’ai outre­passé la douleur et j’ai alors su que je pouvais faire avec et que l’enjeu saurait me faire oublier mon mal de dos. J’ai eu très mal contre Xavier Malisse, et je tiens d’ailleurs à m’ex­cuser auprès de lui car le contexte ne devait pas être facile, vous ne savez pas quoi faire quand votre adver­saire se plaint en face de vous. Mais je ne pouvais pas m’ar­rêter là, Wimbledon est un tournoi bien trop pres­ti­gieux. Au fil des matchs, je me suis senti de mieux en mieux et j’ai pu jouer mon meilleur tennis en demi‐finale et en finale. Pendant les moments plus diffi­ciles, je me suis surtout concentré sur mon service. 

    Beaucoup de personnes pensent que la demi‐finale contre Novak Djokovic était une finale avant l’heure et que la victoire finale était acquise au vain­queur. Partagez‐vous cette idée et comment avez vous trouvé ce match ?
    Il y avait énor­mé­ment de pres­sion. Djoko voulait espérer conserver son titre à Wimbledon et son leader­ship au clas­se­ment, et moi j’avais la chance de rede­venir numéro 1 mondial. En plus, le contexte était aussi spécial puisque nous ne nous étions jamais affrontés sur gazon. Tout était excep­tionnel donc il était diffi­cile de jouer un match parfait. Dans les deux premiers sets, le match n’a pas véri­ta­ble­ment commencé. En 55 minutes, les deux premières manches étaient termi­nées. Il a ensuite commencé à devenir très agressif dans le troi­sième set, ce qui a rendu la partie bien plus inté­res­sant. J’ai vu que j’étais mieux que lui dans le quatrième set et que les chose tour­naient à mon avan­tage. J’ai alors compris que je pouvais gagner. C’était un match énorme mais je ne l’ai jamais appré­hender comme une finale. Je savais que si je battais Djokovic, un match aussi diffi­cile m’at­ten­dait en finale. Je n’ai pas servi parti­cu­liè­re­ment bien, mais Novak n’a pas eu la même effi­ca­cité que d’ha­bi­tude au niveau de son retour. Les matchs contre Djokovic sont toujours de grands moments. Je crois d’ailleurs que la demi‐finale contre lui à l’US Open a eu un grand impact sur moi et m’a permis d’en arriver là (Mené 2 sets 0, le Serbe avait alors sauvé 2 balles de match avant de s’im­poser). Il jouait très bien dans les moments impor­tants et ça m’a poussé à me battre comme jamais malgré la défaite. Dans le sport, la chose la plus impor­tante est la réac­tion. Si elle est bonne, tu peux toujours revenir. 
    En finale, il y avait à nouveau une pres­sion énorme sur Murray et moi. Andy a joué un tennis incroyable, surtout dans les moments chauds, sur les balles de break. J’ai du être très agressif. Je me suis dit que je devais atta­quer sur chacun de ses deuxièmes services. J’ai eu le courage de prendre des risques, c’est très impor­tant. C’était la bonne décision. 

    Vous avez été souvent critiqué au cours des deux dernières années. Certaines personnes ne vous voyaient plus revenir au top niveau et pensaient qu’il y avait une classe d’écart entre vous et Djokovic ou Nadal. Vous devez être fier de pouvoir prouver l’in­verse aujourd’hui ?
    Il y a surtout beau­coup de satis­fac­tion. Tout le travail finit par payer tôt ou tard. Les critiques sont normales, je n’ai rien à redire là‐dessus, elles arrivent dans la carrière de tous les joueurs. Maintenant c’est terminé. Je veux toujours conti­nuer à jouer et à jouer bien. Les gens le savent. Je prends toujours autant de plaisir sur le terrain et je fais tout pour rester au top le plus long­temps possible. Il est impor­tant d’écouter ce que disent les médias, mais il ne faut pas réagir en fonc­tion de ce que vous entendez. Ca n’est pas ça avoir de l’orgueil. 

    Les Jeux Olympiques de Londres sont la prochaine grosse échéance, sur le gazon de Wimbledon ou vous venez de vous imposer qui plus est. Comment vous préparez‐vous pour cet évène­ment, pensez‐vous avoir vos chances de l’emporter ? N’est‐il pas diffi­cile de se motiver ?
    Les matchs se joue­ront en deux sets gagnants, ça sera tota­le­ment diffé­rent du tournoi de Wimbledon. Ca ira sûre­ment plus vite, et la pres­sion sera encore plus impor­tante. Je dois être parfai­te­ment prêt pour espérer avoir mes chances. Il sera impor­tant de ne pas penser à Wimbledon et de garder confiance en soi. Un match peut tourner sur deux mauvais coups. C’est pareil pour tous les tour­nois, mais avec l’enjeu des JO en plus, les consé­quences seront multi­pliées. Je me donne de bonnes chances et j’és­père que je conti­nuerai à bien jouer. Il serait incroyable de terminer sur la première marche du podium. Nous, les joueurs de tennis, avons beau­coup de chances car nous avons quatre Grands Chelems par an. Tous les projec­teurs se tournent vers nous plus souvent que sur les autres spor­tifs. Il faut bien garder à l’es­prit que le tennis reste un jeu. Tu joues devant tes fans, tu vois souvent les mêmes têtes, les mêmes adver­saires. Si tu gardes ça en tête, jouer au tennis est toujours un plaisir. A partir de là, je ne crois pas qu’on puisse perdre sa moti­va­tion, encore moins pour un évène­ment comme les Jeux Olympiques. C’est une chance unique. »

    Retrouvez l’in­ter­view dans son inté­gra­lité, en anglais : 

    A propos de l’auteur

    Sacha Dubois

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.