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Federer : les rectifications de Jean‐François Caujolle

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Le 20 décembre dernier, L’Equipe publiait une inter­view de Jean‐François Caujolle. Un peu plus tard dans la journée, nous repre­nions un passage sur Welovetennis, à propos de Novak Djokovic et Roger Federer. Voici ce que nous citions dans ce billet :

« Profitons‐en le temps que ça va durer. Et puis après il y aura peut‐être une géné­ra­tion encore plus excep­tion­nelle. Après Agassi Sampras, on se disait : « C’est fini ! ». Et on a eu Nadal‐Federer. Après Borg‐McEnroe, on pensait que ce serait d’une tris­tesse… Et puis il y a eu Becker, Edberg… De toute façon aujourd’hui, selon moi, le mec qui fait le plus de spec­tacle, c’est Djokovic. Federer, il serait numéro 3, on n’en parle­rait même pas. Il est triste, d’une plati­tude… Djoko, il y a deux ans, il a fait une présen­ta­tion devant les direc­teurs de tournoi à Monaco. Pendant une heure et demie, il nous a présenté sa vision du tennis ! A 22 ans ! Moi je me suis dit, le mec a du fond, des convic­tions, il finira président de Serbie ! »

Ce week‐end, Jean‐François Caujolle nous a contactés afin de préciser cette décla­ra­tion qui avait fait grand bruit. Une décla­ra­tion sortie de son contexte, celui d’une discus­sion simple­ment posi­tive sur l’avenir du tennis.

Précisions de Jean‐François Caujolle sur l’ar­ticle du 20 décembre, posté sur www.welovetennis.fr, consul­table ici :

Pour faire suite à l’ar­ticle paru dans L’Equipe du 20 décembre, article dans lequel a été repris la phrase suivante : « Federer est triste et plat », je tiens à replacer mes propos dans la discus­sion à bâtons rompus que nous avions alors. Je tiens égale­ment à préciser que ces propos sortent bien de ma bouche, qu’ils n’ont donc pas été déformés. Toutefois, il est utile pour une bonne compré­hen­sion de savoir dans quel contexte cela a été dit et, surtout, ce que j’ai voulu dire. Je regrette les multiples inter­pré­ta­tions qui en ont été faits.

En préam­bule, il est impor­tant de savoir que Federer est, à mon avis, le plus grand joueur de l’his­toire du tennis, que j’ap­précie par dessus tout son jeu qui reste inégalé à ce jour et que, humai­ne­ment, c’est quel­qu’un (pour le peu que je le connaisse) que j’ap­précie parti­cu­liè­re­ment et pour lequel j’ai le plus grand respect.

A la ques­tion de Julien Reboullet : « Quel avenir pour le tennis ? Federer en fin de cycle et Nadal qui n’est pas sûr de revenir à son meilleur niveau et même de revenir du tout… » J’ai répondu que le tennis n’avait pas de soucis à se faire avec Djoko et Murray. Djoko est numéro un sur le court (clas­se­ment de fin d’année) et c’est un showman excep­tionnel là ou Federer est plat et triste. J’aurais dû ajouter : comme le sont tous les joueurs, d’ailleurs, et comme le règle­ment de l’ATP et la simple logique du meilleur rende­ment sportif les incitent à être ! En effet, on demande d’abord à des joueurs d’être bons sur le court. Leur rôle est de gagner, non pas de s’ex­hiber. Federer est présent sur le court pour gagner et il le fait merveilleu­se­ment bien en y asso­ciant son style incomparable.

Plusieurs des inter­ve­nants présents pensaient qu’il faudrait plus de « haine » entre les joueurs, qu’ils soient un peu « voyous », qu’ils se respectent moins (en façade) comme pouvaient le faire des Connors et McEnroe. Je ne partage pas cet avis. Il y a des joueurs plus expan­sifs que d’autres et bien que ces joueurs soient parti­cu­liè­re­ment appré­ciés du public et des orga­ni­sa­teurs, ce ne sont pas souvent ceux qui gagnent. Il paraît évident que tous les mouve­ments d’hu­meur ou émotions appa­rentes peuvent nuire au rende­ment sportif. Rares sont les joueurs qui peuvent se trans­cender et améliorer leurs capa­cités tennis­tiques en sortant complè­te­ment du match, comme l’on fait Connors et McEnroe. Federer, lui, a appris à se contrôler et ce contrôle lui permet de réaliser la carrière qu’il connaît et de construire le plus grand palmarès de l’his­toire du tennis. Pour être ce cham­pion, il a dû du se « museler », se faire violence et devenir » triste » sur le court. Ou, plutôt, ne plus livrer ses émotions, ce qui aurait pu nuire à ses résul­tats spor­tifs. Il est évident que pour avoir les meilleurs résul­tats possibles, il faut se libérer de toutes les pollu­tions émotionnelles.

Mon message, c’était de dire : 1/ Que le tennis se porte bien et a de belles années à vivre avec les Djokovic, Murray, Del Potro et les joueurs Français, même si Federer et Nadal arrêtent. J’ai voulu défendre ici le tennis. 2/ Que ce que l’on demande à un joueur, c’est de gagner et que, pour gagner, il faut avant tout se concen­trer à 100% sur son « métier ». 3/ Que l’his­toire ne retient que le nom des vain­queurs. Si Federer était numéro cinq mondial avec son talent, si ses résul­tats avaient été pollués par des émotions exté­rio­ri­sées, les médias et le grand public auraient dit : « Quel gâchis ! » C’est ce que certains lui prédi­saient lors­qu’il avait 17 ans. Alors oui, Federer est « plat émotion­nel­le­ment sur le court », mais pour la seule cause qui vaille la peine : GAGNER. Rien n’est mis de coté, c’est un métro­nome de la gagne. Mieux, c’est le plus beau joueur de tous les temps, peut‐être tout sport confondu. De l’es­thé­tisme à l’état pur. Quand je regarde un match de tennis (mais je pour­rais le dire de tous les sports), je regarde d’abord le « geste » et, dans ce registre, Federer reste incomparable.


Jean‐François Caujolle

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