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La semaine du joueur – PAROLE DE COACH ! (1/5)

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Bastien et l’une de ses joueuses, à l’ISP Academy.
C’est la semaine du JEU et du JOUEUR sur Welovetennis ! Au programme, inter­views, articles et vidéos sur ce qui fait la passion du tennis, ses problèmes, la manière dont vous la vivez au quoti­dien et ce qui la provoque. Place au rôle du coach et à la forma­tion – oui, ce gars qui tente de vous faire progresser tant bien que mal !

Bastien est respon­sable du pôle féminin à l’ISP Academy, près d’Antibes. Jeune coach, il vous raconte son vécu, ses espoirs, son quoti­dien et son expé­rience dans le cadre de cette « semaine du joueur » sur Welovetennis. Une série en six épisodes !

Je m’appelle Bastien, j’ai bientôt 30 ans et ça fait main­te­nant cinq ans que je n’entraîne plus que des filles. Comment j’en suis arrivé là et pour­quoi ? J’aime cette complexité émotion­nelle qui déter­mine presque tout dans leur compor­te­ment. J’aime l’importance de la commu­ni­ca­tion dans leurs rela­tions. Choisir les bons mots, le bon ton. En général, avec les mecs sur un court, c’est beau­coup moins réfléchi, c’est plus simpliste. C’est mon sentiment.

J’ai eu mon diplôme d’enseignant fédéral à 20 ans, suite à quoi j’ai occupé un poste de direc­teur sportif dans un club de la région pari­sienne pendant quatre ans. J’ai tout fait, du mini‐tennis aux adultes, le loisir, la compé­ti­tion, les anima­tions… le club quoi ! J’en suis parti dans l’idée de me rappro­cher de la compé­ti­tion, voire du haut‐niveau pour­quoi pas. J’ai passé une forma­tion en Préparation Neuro‐Linguistique qui m’a ouvert l’esprit sur les bases de la prépa­ra­tion mentale. J’ai décidé de me diriger vers l’entraînement des filles, un peu par curio­sité au début. Ensuite, au fil des rencontres, j’ai commencé à appro­cher le niveau inter­na­tional Junior en m’occupant de joueuses évoluant sur le circuit euro­péen, puis ITF. J’ai commencé à étendre mon réseau de connais­sances et mon carnet d’adresse. Des entraî­neurs fran­çais ou étran­gers, des direc­teurs de tournoi, des agents de joueurs… 

« J’aime cette complexité émotionnelle qui détermine presque tout dans le comportement d’une joueuse. J’aime l’importance de la communication dans la relation avec elle. »

Pour m’amener, fina­le­ment, il y deux ans et demi à poser mes valises à l’ISP Academy où le direc­teur, Charles Auffray, m’a proposé de me laisser carte blanche pour monter « le » pôle féminin qui manquait à sa struc­ture. Je ne suis pour­tant pas le plus expé­ri­menté des entraî­neurs, mais il me fait confiance, alors je fonce. Déménagement, nouveau projet, nouvelle vie en fait ! Tout va très vite. L’anglais devient rapi­de­ment indis­pen­sable et les pers­pec­tives encore plus exci­tantes. Dès la première année à mon poste, les résul­tats sont au rendez‐vous. On commence à créer une véri­table atmo­sphère propice à la perfor­mance tant scolaire que spor­tive, et dieu sait que c’est compliqué de former un groupe soudé avec des filles dans le sport indi­vi­duel. Par ailleurs, on attire aussi des joueuses de plus en plus jeunes et de plus en plus fortes. 

« Quand tu commences à coacher quelqu’un, tu dois savoir que ça prendra fin un jour où l’autre… plus ou moins tôt. Du moins, dans 95% des cas. »

Un jour, une Ukrainienne débarque : 17 ans et 150 à la WTA. Une autre, plus jeune, arrive peu de temps après. Elle a 12 ans et vient d’atteindre la finale à l’Orange Bowl, tous les spon­sors se l’arrachent. Charles décide de me la confier. Expérience d’une richesse inouïe. Me voilà parti sur les plus gros tour­nois mondiaux ‑14 ans, avions, hôtels, tour­nois et encore tour­nois. Je passe trois mois en Europe de l’Est – et cela chan­gera ma vie et ma façon de travailler à tout jamais. Après six mois de colla­bo­ra­tion, elle passe du top 150 à la 1ère place au clas­se­ment euro­péen et est consi­dérée comme l’une des meilleures mondiales de son âge. Peu de temps après, elle passe à trois petits points de sa première victoire sur une joueuse « pro », classée 900 à la WTA… tout ça à 13 ans ! La suite se complique un peu, problèmes de visas pour les parents, ils ne souhaitent pas se séparer d’elle pour nous la laisser en internat à l’académie, alors ils repartent. Même si c’est dommage pour tout le monde, je n’ai aucun regret. C’est la vie ! Quand tu commences à coacher quelqu’un, tu dois savoir que ça prendra fin un jour où l’autre… plus ou moins tôt. Du moins, dans 95% des cas.

Suite à tout ça, l’ISP continue de prendre de l’ampleur, avec une cellule « pro » qui est en train de voir le jour chez les filles. Aujourd’hui, nous avons une tren­taine de pension­naires à l’académie (pour 50 garçons), dont six qui commencent le circuit et gagnent leurs premiers points WTA. En chef de file, notre meilleure joueuse bien installée dans le top 30 mondial, Elina Svitolina. Bel exemple au quoti­dien pour nos plus jeunes joueuses !

Notre plus jeune pension­naire, juste­ment, elle a 12 ans. Elle veut devenir profes­sion­nelle, oui, et elle s’en donne les moyens. Il faut dire qu’elle part de loin en ayant débuté le tennis au Danemark, où rien n’existe pour former les jeunes talents. Elle venait régu­liè­re­ment chez nous en stage ces deux dernières années pendant les vacances scolaires. Je me souviens d’elle, l’été dernier, qui s’entraînait dans un groupe de niveau à peine 301. Mais, par contre, quelle volonté dans chaque frappe ! Après quatre semaines inten­sives, où je la voyais progresser à vue d’œil, elle a dit à ses parents : « Est‐ce que vous connaissez une joueuse qui est devenue forte en étant restée au Danemark ? Il faut que je parte, j’aimerais venir ici, je veux travailler dur. » Outre le fait qu’elle ait raison (Wozniacki a quitté le Danemark pour les USA à l’âge de 12 ans), vous pouvez juger vous‐même de son carac­tère et de sa motivation !

« Est‐ce que vous connaissez une joueuse qui est devenue forte en étant restée au Danemark ? Il faut que je parte, j’aimerais venir ici, je veux travailler dur. »

Du coup, depuis septembre 2013 et son arrivée chez nous, on essaie de rattraper le temps perdu tennis­ti­que­ment, tout en l’ai­dant à progresser menta­le­ment. Aujourd’hui, elle gagne jusqu’à 56 en adulte. Comme quoi, au tennis, tout peut s’apprendre assez rapi­de­ment lorsqu’on est motivé et rigou­reux ! Ce qui fait la diffé­rence, c’est bien souvent les qualités mentales. Celles néces­saires pour faire partie de l’élite sont longues et diffi­ciles à acquérir, car elles touchent à l’inconscient, aux croyances et aux peurs de chacun. Et, selon les pays, on observe de vraies spéci­fi­cités : les Danois, par exemple, sont des gens adorables, gentils, polis, calmes, respec­tueux de tout et tout le monde. Ils ne font pas de vague, pas de bruit. Et, dans ce monde de jeunes virtuoses gouverné à 80% par les pays de l’Est, il est préfé­rable d’avoir une tendance à la confiance en soi sans limite et un certain culot pour réussir à se faire sa place, à s’imposer.

« Quand elle arrivera à répondre à la question : « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » sans rougir de honte, elle aura passé un cap dans sa tête »

Alors, chaque jour, j’apprends à Agnes à oser, à s’affirmer en tant que joueuse de tennis, à comprendre que se croire capable de tout ce n’est pas de la préten­tion, mais, au contraire, une qualité admi­rable indis­pen­sable à la spor­tive de haut‐niveau qu’elle rêve de devenir. Ce n’est pas tous les jours évident, car cela remet une partie de son éduca­tion et de ses valeurs en ques­tion. Mais elle est encore jeune, elle va changer, elle saura faire la part des choses. Quand elle arri­vera à répondre à la ques­tion : « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » sans rougir de honte, mais en regar­dant son inter­lo­cu­teur droit dans les yeux pour lui dire avec auto­rité : « Je veux être profes­sion­nelle », là, elle aura passé un cap dans sa tête, qui lui fera passer un cap dans son jeu. C’est une certi­tude. Pour l’instant, elle continue de faire ses armes dans nos tour­nois régio­naux, même si, cette année, elle a commencé à jouer quelques tour­nois euro­péens. C’est un dépla­ce­ment dans l’un de ceux‐là que je vais vous raconter…

A suivre…

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