Voici le texte vainqueur du concours « Grand Chelem, mon amour ». L’auteur : Roro. Bravo à lui ! Et bonne lecture…
Le livre « Grand Chelem, mon amour » est disponible. Retrouvez les 40 matches de légendes de la décennie 2001–2011. Un livre de la rédaction de GrandChelem/Welovetennis.
Concours WLT : verdict lundi !
Federer, Nadal, Djokovic, Safin, Sampras, Agassi… A vous la plume !
À nouveau, une détonation solennelle fait tressaillir l’atmosphère cossue du Court Philippe Chatrier. À nouveau, il se projette sans grâce dans la direction de l’ogive qui lui est expédiée. Uniquement pour s’écraser sans douceur sur la surface ocre. Il se relève en grommelant et lance un regard noir de l’autre côté du cours. Son adversaire fait mine de ne rien remarquer. Il n’a pas plus de considération pour sa malheureuse victime que pour un joueur qui trimerait dans les méandres du circuit satellite. Pourtant, ce dernier n’est pas le premier venu ! Il a déjà dépassé les huitièmes de finale de Roland Garros ! Allez donc l’expliquer à ce multiplicateur de pralines : il n’est concentré que sur sa seule puissance. Tenez, cela fait déjà 6–2, dans le premier set… Spectateur, je suis effaré et admiratif. Je vis une rencontre du troisième type. Sur le court, on ne voit pas deux joueurs, mais un alien à l’œuvre : ses premières balles et ses décalages invraisemblables en coup droit assènent des frappes à la fulgurance et à la lourdeur inimaginables ! Que dis‐je, des frappes ? Ce sont des coups de marteau ! Des coups de tromblon ! Leur impact ferait passer la terre battue pour du verre de Venise… Une mélopée de brutalité s’écoule dans les travées… Je me prends à songer : « Que diantre ! Si l’autre était dans de meilleures dispositions, il ne se laisserait pas écraser de la sorte ! » En effet, peinant à réagir, il s’accroche dans le deuxième set, se battant contre E.T., plus par réflexe qu’empli d’une conviction réelle. Mais la partition de la créature monte crescendo et les mesures s’enchainent ; sa proie lâche inéluctablement prise, découragée, tout autant assommée que les balles innocentes. Je perds conscience du temps. Le match vient‐il de débuter il y a cinq minutes ou deux heures bien tapées ? C’est fait. Un 50ème coup gagnant. Jeu, set et match. L’explorateur venu d’ailleurs a découvert une nouvelle terre. Il m’a conquis. Les yeux écarquillés, fanatisé par ce spectacle, je me mets à beugler à l’intention de ma nouvelle idole : « Un peu de violence en ce monde de bisounours ! » Oui, je sais ce que les autres vont dire : « Le public est décidément stupide. » Je croise quelques regards réprobateurs. Ils ne comprennent pas qu’on puisse trouver de la beauté dans l’art de la boucherie, du dépeçage et de l’équarrissage. Soudainement, j’ai honte de ne pas être ému par le sort du vaincu. Cela a quelque chose de poignant : comme dans un cauchemar éveillé, il doit aller faire mine de congratuler son bourreau, vaguement tapoter des mains en direction des ces Parisiens rustres et, surtout, partir loin, très loin. Ses rêves de gloire étaient plus fragiles qu’il ne le pensait. Le sauvage auquel il s’est heurté les a brisés en mille morceaux. Non, les quarts, ce ne sera pas pour cette année. Quelle immense déception. Comme il s’y était plu, lorsqu’il les avait atteints en 2005 ! En ce 31 mai 2009, Victor Hanescu est battu 6–2 6–4 6–2, en 1h27, par Fernando Gonzalez.
Roro
Publié le mardi 6 décembre 2011 à 09:51



