L’autre 31 mai 2009

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    Voici le texte vain­queur du concours « Grand Chelem, mon amour ». L’auteur : Roro. Bravo à lui ! Et bonne lecture…

    Le livre « Grand Chelem, mon amour » est dispo­nible. Retrouvez les 40 matches de légendes de la décennie 2001–2011. Un livre de la rédac­tion de GrandChelem/Welovetennis.
    Concours WLT : verdict lundi !

    Federer, Nadal, Djokovic, Safin, Sampras, Agassi… A vous la plume !

    À nouveau, une déto­na­tion solen­nelle fait tres­saillir l’atmosphère cossue du Court Philippe Chatrier. À nouveau, il se projette sans grâce dans la direc­tion de l’ogive qui lui est expé­diée. Uniquement pour s’écraser sans douceur sur la surface ocre. Il se relève en grom­me­lant et lance un regard noir de l’autre côté du cours. Son adver­saire fait mine de ne rien remar­quer. Il n’a pas plus de consi­dé­ra­tion pour sa malheu­reuse victime que pour un joueur qui trime­rait dans les méandres du circuit satel­lite. Pourtant, ce dernier n’est pas le premier venu ! Il a déjà dépassé les huitièmes de finale de Roland Garros ! Allez donc l’expliquer à ce multi­pli­ca­teur de pralines : il n’est concentré que sur sa seule puis­sance. Tenez, cela fait déjà 6–2, dans le premier set… Spectateur, je suis effaré et admi­ratif. Je vis une rencontre du troi­sième type. Sur le court, on ne voit pas deux joueurs, mais un alien à l’œuvre : ses premières balles et ses déca­lages invrai­sem­blables en coup droit assènent des frappes à la fulgu­rance et à la lour­deur inima­gi­nables ! Que dis‐je, des frappes ? Ce sont des coups de marteau ! Des coups de trom­blon ! Leur impact ferait passer la terre battue pour du verre de Venise… Une mélopée de bruta­lité s’écoule dans les travées… Je me prends à songer : « Que diantre ! Si l’autre était dans de meilleures dispo­si­tions, il ne se lais­se­rait pas écraser de la sorte ! » En effet, peinant à réagir, il s’accroche dans le deuxième set, se battant contre E.T., plus par réflexe qu’empli d’une convic­tion réelle. Mais la parti­tion de la créa­ture monte cres­cendo et les mesures s’en­chainent ; sa proie lâche inéluc­ta­ble­ment prise, décou­ragée, tout autant assommée que les balles inno­centes. Je perds conscience du temps. Le match vient‐il de débuter il y a cinq minutes ou deux heures bien tapées ? C’est fait. Un 50ème coup gagnant. Jeu, set et match. L’explorateur venu d’ailleurs a décou­vert une nouvelle terre. Il m’a conquis. Les yeux écar­quillés, fana­tisé par ce spec­tacle, je me mets à beugler à l’intention de ma nouvelle idole : « Un peu de violence en ce monde de bisou­nours ! » Oui, je sais ce que les autres vont dire : « Le public est déci­dé­ment stupide. » Je croise quelques regards répro­ba­teurs. Ils ne comprennent pas qu’on puisse trouver de la beauté dans l’art de la boucherie, du dépe­çage et de l’équarrissage. Soudainement, j’ai honte de ne pas être ému par le sort du vaincu. Cela a quelque chose de poignant : comme dans un cauchemar éveillé, il doit aller faire mine de congra­tuler son bour­reau, vague­ment tapoter des mains en direc­tion des ces Parisiens rustres et, surtout, partir loin, très loin. Ses rêves de gloire étaient plus fragiles qu’il ne le pensait. Le sauvage auquel il s’est heurté les a brisés en mille morceaux. Non, les quarts, ce ne sera pas pour cette année. Quelle immense décep­tion. Comme il s’y était plu, lorsqu’il les avait atteints en 2005 ! En ce 31 mai 2009, Victor Hanescu est battu 6–2 6–4 6–2, en 1h27, par Fernando Gonzalez.

    Roro

    A propos de l’auteur

    Roro

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.