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Les confidences pas comme les autres

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Repris par Le Temps lors d’une inter­view qui sort de l’or­di­naire, Roger Federer est revenu avec profon­deur lors des confé­rences de presse du tournoi sur certains aspects de sa vie, de son tennis, de sa confiance, de son ego, de sa person­na­lité, de l’en­fant terrible au tueur au sang froid qu’il est devenu. Extraits de certaines révé­la­tions pas comme les autres du numéro 1 mondial.

L’évolution du person­nage Federer est une des choses les plus intri­gantes, de l’adolescent incon­trô­lable au cham­pion aux émotions domp­tées. Comment a‑t‐il géré ce talent, qui peut détruite car il est trop grand ou parce qu’il ne fait partie d’une vie que l’on souhaite vraiment ?

Franchement, je viens de loin. J’ai vécu un long chemi­ne­ment. J’ai toujours eu conscience d’être spécial, d’avoir une force en moi, un talent que les autres n’avaient pas. Mais je n’ai jamais pensé atteindre un tel niveau, encore moins dans la durée. J’ai eu beau­coup de problèmes à accepter mon don, à l’extérioriser. J’ai dû sans cesse batailler à l’entraînement.
Quand je pense d’où je viens, oui. Quand je repense à la manière dont j’ai évolué, jour après jour, je trouve mon palmarès abso­lu­ment incroyable. Je veux dire par là que, si tout devait s’arrêter aujourd’hui, je serais un homme heureux. J’aurais accompli tout ce que je pouvais attendre, tout ce que les gens pouvaient exiger de mon talent.

Roger Federer n’a connu que quinze défaites entre 2004 et 2006, d’où une aura d’in­vin­ci­bi­lité qu’il s’est construit. « J’ai créé un monstre », avait même déclaré le numéro 1 mondial, avec la confiance aveugle qu’il a en lui. Cette assu­rance s’est‐elle construite par les succès, ou y avait‐il un quelque chose d’autre chez le jeune Suisse ?

Je l’avais déjà en moi quand j’étais petit garçon. J’ai toujours su que je pouvais devenir un grand joueur. J’ai toujours pensé que je pouvais battre le gars planté en face, même si les appa­rences étaient contre moi. Peu à peu, j’ai forgé cette certi­tude dans le succès. J’ai péren­nisé cette convic­tion de pouvoir battre n’importe qui, jour après jour, dans n’importe quel stade du monde. Il est primor­dial de toujours avoir cette convic­tion en soi. Forcément, elle varie d’intensité au gré d’une carrière, ou même au cours d’un match, mais elle ne doit jamais vous aban­donner, surtout dans les périodes de doute. Sans cette certi­tude, vous ne prenez plus les bonnes déci­sions sur un court. Il est normal qu’avec le succès j’exerce un certain pouvoir de fasci­na­tion. Je ne crois pas l’avoir perdu. A mon apogée, des garçons comme Del Potro étaient âgés de 10 ans. Ils avaient des idoles que, aujourd’hui, ils retrouvent de l’autre côté du filet. J’ai ressenti la même nervo­sité le jour où, pour la première fois, j’ai affronté Pete Sampras : je l’admirais et j’étais nerveux, peu importe qu’il ait perdu au premier tour la semaine d’avant. Dès l’instant où un joueur bat régu­liè­re­ment les meilleurs, il construit une aura d’invincibilité, et ne la perd plus.

La moti­va­tion du cham­pion restait intacte pour le tennis, au‐delà du plaisir que lui procure le jeu. La ques­tion n’est pas telle­ment de dominer un joueur, mais de prendre du plaisir, de disputer un bon match, de jouer dans un grand stade. Peu de gens ont cette chance. Je suis sûr que tout le monde voudrait vivre dans mes chaus­sures. Pourquoi devrais‐je quitter le circuit alors que, préci­sé­ment, je jouis d’une situa­tion privi­lé­giée, et que les gens adorent me voir jouer ? C’est ma grande moti­va­tion aujour­d’hui : le senti­ment de pléni­tude. Voilà pour­quoi j’ai mille raisons de conti­nuer : la plénitude.

Roger Federer possède une réelle proxi­mité avec le public. Dans les premières pages de sa biogra­phie « Number One », le Suisse avait une phrase en forme de devise. « C’est sympa d’être impor­tant, mais c’est encore plus impor­tant d’être sympa. » L’un ne va‐t‐il pas sans l’autre pour le numéro 1 mondial ?

J’ai donné une bonne image du tennis. Parce que j’ai long­temps occupé la place de numéro un, et parce que j’ai reçu le Prix Laureus, j’ai associé mon nom à l’histoire du sport. Je n’en mesure pas l’impact, et peu importe. Mais je sais que, comme Rafa, j’ai toujours surveillé mon compor­te­ment. Je suis resté un bon modèle pour les enfants. Cette image, je l’ai toujours voulue, et j’en suis très fier. J’aime entendre dans la bouche des gens que je suis leur joueur préféré, que je suis un cham­pion sympa. C’était un vieil objectif, et je l’ai atteint.

Le reste de l’en­tre­tien est à décou­vrir ici.