AccueilNadal : "Une saveur spéciale"
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Nadal : « Une saveur spéciale »

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Titré pour la 8e fois à Roland Garros, Rafael Nadal est revenu sur sa finale ainsi que sa formi­dable quin­zaine en confé­rence de presse. Avec calme et séré­nité, l’Espagnol décrit son bonheur et sa réus­site. Il se penche égale­ment sur le futur, entre Wimbledon et un possible retour à la place de numéro 1 mondial.

Comment vous êtes‐vous senti sur le court aujourd’hui ? Vous rendez‐vous compte que vous avez gagné huit fois Roland Garros ?
C’est génial d’avoir gagné car jouer contre David est toujours diffi­cile. Pour moi, le score ne reflète abso­lu­ment pas le match que nous avons disputé. Pendant un moment, j’ai très bien joué. À certains moments, j’ai même sorti un tennis de très haut niveau. Je suis donc très heureux. C’est une victoire très impor­tante pour moi et c’est une très grande étape après mon retour. Beaucoup de personnes m’ont aidé à revenir et à en être là aujourd’hui ; je ne vais en citer aucune car j’en oublierai, mais c’est grâce à eux que je suis ici aujourd’hui, que j’ai cette coupe entre les mains. Et c’est très impor­tant pour moi. 

Cela vous fait quel effet de gagner Roland Garros pour la 8e fois ? Vous ressentez la même émotion que lors de votre premier titre ?
Chaque moment est diffé­rent. Chaque victoire est diffé­rente. C’est diffi­cile de comparer, mais il est vrai que cette victoire a une saveur tout à fait spéciale pour moi. Il y a cinq mois, personne dans mon équipe n’au­rait rêvé à un come‐back comme celui‐là car personne ne pensait que ce serait possible, et nous en sommes là aujourd’hui ! C’est pour moi tout à fait fantas­tique et incroyable. Je suis très heureux et je savoure toutes ces émotions.

Vous semblez plus en forme que jamais. Comment avez‐vous réussi ce retour aussi rapide ?
Je ne me sens pas plus en forme que jamais. Il y a eu d’autres moments dans ma carrière où j’étais plus en forme qu’au­jourd’hui. C’est tout à fait normal parce que je ne me suis pas entraîné autant que je m’en­traî­nais par le passé. Mais quand on peut jouer en compé­ti­tion plusieurs semaines d’af­filée, on progresse. J’ai eu de la chance. J’ai beau­coup gagné de matches et j’en ai donc joué beau­coup. Donc j’ai eu un excellent entraî­ne­ment. Maintenant, je ne sais pas comment j’ai fait pour revenir à ce niveau et pour être ici aujourd’hui car il est vrai que pendant ces 7 mois, je ne me suis pas entraîné tennis­ti­que­ment. Pour ce qui est de mon dépla­ce­ment, au début de mon retour, il était fran­che­ment très mauvais. Mais au bout de quelques semaines, j’ai commencé à bien me déplacer et à retrouver la bonne inten­sité sur le court. Mon tennis était là.

Pensez‐vous être aujourd’hui dans la meilleure posi­tion possible pour rede­venir numéro 1 mondial d’ici la fin de saison ?
Non, ce n’est pas mon objectif aujourd’hui, même s’il est vrai que je suis en bonne posi­tion. J’ai gagné pas mal de points, notam­ment sur ce tournoi. C’est quand même extra­or­di­naire, sans jouer l’Australie et sans jouer Miami, j’ai engrangé 7 000 points. C’est beau­coup plus que ce que j’en­vi­sa­geais et espé­rais. Pour être numéro un aujourd’hui, il faut jouer toute la saison et avoir de bons résul­tats toute l’année car les autres joueurs sont très compé­ti­tifs. Il faut donc que je continue à gagner pas mal de points si je souhaite être numéro un à la fin de la saison. Donc à partir de main­te­nant, je vais tout regarder. Je vais m’as­surer que mon corps peut tenir et j’es­père être en forme pour Wimbledon. Je ne vais pas jouer de tournoi avant et ce n’est évidem­ment pas la prépa­ra­tion idéale avant un Grand Chelem qui se joue dans des condi­tions tota­le­ment diffé­rentes d’ici. Même si je ne joue pas très bien à Wimbledon, cela ne veut pas dire que je ne vais pas essayer de finir numéro 1. Je suis aujourd’hui dans une posi­tion qui me permet de prendre les choses de façon plus détendue. Si je continue à bien faire les choses et à bien jouer au tennis, cela me donne la possi­bi­lité de terminer à une bonne place au classement.

Quelles ont été vos sensa­tions sur le court aujourd’hui alors que vous avez vécu des moments diffi­ciles ces derniers mois ? Que pouvez‐vous dire à votre famille ?
Ma famille a été là pendant toutes ces semaines. Ils ont toujours été là. Ils ont toujours été là dans les moments durs. Quand tout va bien, quand vous gagnez, quand vous êtes en pleine forme, c’est bien d’avoir du soutien. Mais on a surtout besoin d’un soutien quand ça ne va pas. J’ai vrai­ment de la chance parce que ma famille et mon équipe sont extra­or­di­naires. Tout le monde m’a soutenu pendant ces sept, huit mois. J’ai reçu des centaines de messages de soutien sur mon télé­phone et sur les réseaux sociaux. Quand on est un peu démo­ra­lisé et qu’on reçoit un tel soutien, cela donne beau­coup d’énergie posi­tive. Tous ces messages ont une signi­fi­ca­tion spéciale pour moi. 

Quand vous avez eu cette bles­sure et que vous vous êtes retiré du circuit pendant des mois, quelles ont été les pensées les plus diffi­ciles à gérer ? Avez‐vous jamais douté de revenir à ce niveau ?
Non, je suis quel­qu’un de positif, même si le doute fait partie de la vie. Les gens qui n’ont aucun doutes sont, à mon avis, des personnes arro­gantes. Je pense que rien n’est tranché dans ce monde. Donc, bien entendu, j’ai eu des doutes. Mais j’ai travaillé autant que possible pour être ici, car sans travail, il était évident que je ne pour­rais jamais revenir. 

Depuis plusieurs semaines, vous nous dites que vous ne voulez pas parler de vos genoux. Pouvez‐vous main­te­nant nous en parler ?
D’abord, ce ne sont pas « mes » genoux mais « mon » genou. En fait, pendant quelques semaines, à Barcelone notam­ment, je n’étais pas bien. Et puis, au cours des deux dernières semaines, j’ai commencé à me sentir mieux. Mon genou a bien résisté à des matches diffi­ciles, notam­ment à Rome. Il a égale­ment résisté à ce dur combat contre Djokovic ici. Aujourd’hui encore, j’ai été en mesure de combattre à 100 %, donc c’est fantas­tique. Je prends les choses au jour le jour. Après ce tournoi, je vais regarder ça de plus près et je vais faire ce qu’il faut pour être prêt pour Wimbledon

Vous avez remporté 12 tour­nois du Grand Chelems dont 8 ici. Pouvez‐vous faire mieux ?
Dès lors que l’on pense qu’on ne peut pas faire mieux, j’ai tendance à dire que cela veut dire qu’on ne connait rien à la vie. Rien n’est parfait dans la vie. On peut toujours améliorer les choses. Au tennis, on peut toujours s’amé­liorer. Néanmoins, c’est vrai que même si je continue à m’amé­liorer, cela ne veut pas dire que je vais gagner plus. Car la victoire ou la défaite dépendent de plusieurs facteurs : le mental, la fraî­cheur physique… Huit victoires ici, oui, c’est beau­coup. Je n’avais jamais pensé y arriver. Mais je vais conti­nuer à m’en­traîner avec la même passion et inten­sité pour que mon tennis arrive au plus haut niveau possible. Comme je l’ai dit plusieurs fois, je ne sais pas si je pourrai le faire, mais la seule chose dont je suis certain, c’est que je peux essayer et j’essaierai. 

Vous êtes‐vous déjà demandé pour­quoi vous aimiez tant la compétition ?
Sans doute parce que j’adore ce sport. Je comprends ce sport d’une seule manière. Un sport sans objectif, c’est complè­te­ment idiot. Enfin, c’est ce que je ressens. Si je sors pour prati­quer un sport et que je n’essaie pas de tout donner, je m’en­nuie. Il en va de même pour le tennis ou pour n’im­porte quel autre sport que je pratique. Pour moi, le sport, cela veut dire essayer de faire du mieux possible, améliorer tout ce que l’on fait à chaque instant, jouer avec toute la passion possible et appré­cier les moments diffi­ciles, où on a des diffi­cultés, appré­cier les moment où il faut gérer des situa­tions compli­quées, où il faut trouver des solu­tions à un problème. C’est tout ça qui fait que le sport en général est quelque chose de tout à fait spécial. J’adore le tennis, mais j’adore l’es­prit sportif. C’est vrai­ment ça qui m’émeut et me fait avancer.

Évidemment, vous avez dû mal à choisir votre titre de Grand Chelem préféré mais après cette période de bles­sure, ce titre est‐il le plus spécial ?
Non, je ne peux pas dire ça. Évidemment, c’est extra­or­di­naire de gagner ce trophée une fois de plus. C’est pour ça qu’il est très spécial mais par le passé, j’ai égale­ment connu des moments fantas­tiques et ce serait vrai­ment injuste de dire que ce titre est le plus spécial. Il l’est aujourd’hui mais l’année dernière, il l’était aussi. En 2009, c’était spécial en Australie, en 2010, à l’US Open, c’était génial parce que je deve­nais l’un des joueurs à avoir gagné les 4 Grands Chelems. Tous ces moments de ma carrière ont été extra­or­di­naires pour moi. 

Parle nous un peu de que ce vous allez faire à votre retour à Palma de Majorque. Il y aura une foule qui vous accueillera à l’aéroport ?
Non, je ne pense pas, sincè­re­ment, car les gens ne là‐bas n’ont pas l’ha­bi­tude de se déplacer à l’aé­ro­port. C’est vrai que j’aime bien me sentir aimé par les gens, c’est un senti­ment très spécial mais sincè­re­ment, je n’ai pas besoin qu’ils se déplacent à l’aé­ro­port pour savoir qu’ils m’ap­pré­cient. J’ai la chance que les gens me démontrent leur amitié tous les jours et c’est le plus impor­tant : se sentir aimé chez toi. C’est peut‐être le plus beau senti­ment qui existe. Certains aiment voir cette foule qui les attend à l’aéroport. Mais à Majorque, le plus grand cadeau qu’ils me font, c’est de me laisser tran­quille, de me laisser retrouver une certaine tran­quillité, de retrouver cette paix et un retour à la vie normale et réelle. Parce que lors­qu’on est dans ces grands tour­nois, nous joueurs, on ne vit pas dans la vie réelle. Je n’ai pas la vie que mènent les gens de mon âge et le fait qu’on me laisse tran­quille à Majorque n’a pas de prix. Je leur dis d’avance merci.

A quel moment du tournoi avez‐vous senti que vous retrou­viez des sensa­tions et que vous pour­riez aller au bout ?
Je ne vous raconte pas d’his­toire quand je vous dis que je vis au jour le jour. Le passé, c’est le passé, ce que tu as fait hier ne veut pas dire que tu gagneras demain. Je prends les jours comme ils viennent. J’avais dit la première semaine que je n’avais pas joué à mon meilleur niveau, et que j’es­pé­re­rais pouvoir retrouver mon tennis, c’est ce qui s’est passé. Lorsque j’ai gagné contre Nishikori, j’étais conscient que j’avais fait un grand pas en avant. J’ai compris que ce jour‐là que je pouvais encore en faire un autre le jour suivant. J’ai fait ce pas contre Wawrinka qui a joué un niveau élevé, c’était un match exigeant. Djokovic, encore plus. Je me suis dit qu’il fallait jouer exac­te­ment de la même façon que contre Wawrinka. J’ai pu passer encore un palier. J’ai eu d’ex­cel­lentes sensa­tions contre Wawrinka. Je savais que ce match lui‐même allait me donner la force et la possi­bi­lité de monter d’un cran. Contre Djokovic, j’au­rais pu perdre mais j’ai gagné. J’ai eu de la chance. Aujourd’hui, je pense vrai­ment avoir joué à un niveau très élevé, en tous les cas, dans bien des compar­ti­ments du match. 

Certains disent que vous allez certai­ne­ment dépasser le record de 17 Grands Chelems de Federer, êtes‐vous d’ac­cord ?
Dans la vie d’un sportif, il y a des hauts et des bas et je suis plutôt linéaire. Je ne passe pas de l’euphorie à la déprime. Donc mes pers­pec­tives sont tout à fait normales. Bien entendu, gagner plus de 17 Grands Chelems, c’est à des années lumières pour moi, je n’y pense même pas. Quant à la place de numéro 1, jusqu’à aujourd’hui, j’étais le meilleur de l’année mais il y a encore 6 mois dans l’année. J’ai un petit avan­tage mais il n’est pas décisif. C’est un avan­tage qui me permettra d’at­teindre la première place si je continue à jouer à ce niveau et si je ne suis pas blessé. Tout ce qui pourra arriver, je vais l’accepter parce qu’être numéro 1 te donne beau­coup d’enthousiasme mais bon, est‐ce que cela te donne le plus grand bonheur dans une carrière spor­tive ? Non, un match comme aujourd’hui m’a donné plus de plaisir. Ce qui me fait vrai­ment plaisir, c’est arriver sur un tournoi, sentir que je suis prêt à lutter contre n’im­porte quel adver­saire et que je suis en posi­tion de gagner le tournoi. C’est ma façon de penser même si bien entendu, il va de soi que tout le monde préfère être premier que deuxième ou troi­sième que quatrième. Mais je vous assure que je ne me levais pas le matin plus heureux quand j’étais numéro 1 que quand j’étais numéro 2.

De votre envoyée spéciale à Roland Garros