AccueilNick Bolettieri le vrai auteur de « I will survive »
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Nick Bolettieri le vrai auteur de « I will survive »

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Il est le coach le plus respecté au monde pour avoir
travaillé avec une dizaine de numéros 1 mondiaux. Pourtant
il aura fallu du temps à Nick Bollettieri pour
faire l’unanimité autour de ses méthodes de Gi Joe
au teint buriné par le soleil de Floride. Do you love
tennis ? Sir, yes, sir !

On compte sur ses doigts. Monica Seles, Jim Courier, André
Agassi. Martina Hingis, Marcelo Ríos, Maria Sharapova,
Jelena Jankovic, les soeurs Williams et au cas où on
l’aurait oublié, Boris Becker en fin de carrière. Tous ces
gens‐là, sont passés par la fameuse NBTA, la Nick Bollettieri
Tennis Academy. Tous sont passés par les fourches caudines et
les méthodes mili­taires du rugueux Nicholas James Bollettieri. Tous
ces gens‐là furent un jour numéro 1 mondial. Sans commentaire.

C’est en 1981 que cet ancien Marines, devenu prof de tennis,
ouvre son camp d’entraînement à la péri­phérie de la petite ville de
Bradenton en Floride. Les règles sont les mêmes pour tout le monde,
dras­tiques. Pas de sortie, extinc­tion des feux à 22 h, inter­dic­tion de
télé­phoner aux parents sauf le week‐end, rencontres fami­liales une
fois par trimestre. Pas de bonbons, pas de tabac, pas de boissons
gazeuses, et là‐dessus des rumeurs jamais démen­ties d’humiliations
psycho­lo­giques pour les récal­ci­trants à l’ordre. Question tennis,
quelques grandes idées qui vont signer la véri­table marque du coach :
gros service, gros coup droit, stance ouvert, revers à deux mains,
approche mentale très agres­sive du jeu, hyper confiance en soi,
travail spéci­fique sur les balles de break et le money‐time.

Premier des Nick’s boys, Jimmy Arias va incarner à lui seul les axiomes
du gourou, tant par son jeu que par sa préco­cité à passer professionnel
(16 ans en 1980). Son ascen­sion fulgu­rante à l’été 1983 le
propulse à 19 ans à peine en demi‐finales de l’US Open. Arias a une
tête de rien, mais il balance des grands parpaings en coup droit, et ça
suffit. Enfin un temps, car le programme Bollettieri présente vite ses
premières limites. Arias stagne, il montera à la 6ème place mondiale
mais ne fera jamais un autre résultat probant en Grand Chelem. Pas
grave Nick sort un nouvel as de sa manche : Aaron Krickstein. Même
préco­cité, même coup droit fusil, même revers de mate­las­sier… et
même résultat : 6ème mondial, une demi‐finale à l’Us Open, une autre
en Australie. Bref, départ de cheval, arrivée d’âne. Dans le milieu du
tennis on commence à ciller.

La consé­cra­tion de ses méthodes, Bollettieri va l’obtenir avec les
filles, en l’occurrence son petit prodige yougo­slave : Monica Seles.
« Vous savez, quand j’ai vu Monica à 12 ans, j’ai dit à mes amis que je
la voyais devenir numéro 1 mondial » prédit alors le coach américain
avant de bien préciser sa pensée : « Mais si vous regardez sa forme
physique et sa capa­cité d’athlète à soulever des poids, vous savez
que ça va être compliqué. Par contre, elle prenait la balle très tôt,
avec une concen­tra­tion et une déter­mi­na­tion qui était toujours à bloc.
Physiquement on ne pouvait pas penser que ça le ferait. Mentalement
elle était au‐dessus du lot ». Seles va devenir cette numéro 1 incontestée,
partie pour une domi­na­tion sans partage si un fou furieux, fan
de Graf, n’avait coupé les ailes de la cham­pionne en lui plan­tant un
couteau dans le dos. Plus de doute en tout cas sur les capa­cités de
Nick, c’est un top coach.

Il persiste et signe en ce début des années 90 en sortant coup sur
coup ses deux premiers fusi­liers marins. D’abord André Agassi, à la
fois son plus brillant élève en terme de talent et son plus mauvais
en terme de respect et de grati­tude. Insupporté par les méthodes de
Bollettieri, le jeune André de Las Vegas déprime, fait les 400 coups,
ne supporte plus les cris du gourou et s’en va à la fin de la première
année. Bollettieri le vivra comme une trahison. Il lui lance dans les
jambes son Terminator : Jim Courier, le pur produit maison, gros
service, gros coup droit, casquette et jeu plus proche du baseball
que du lawn‐tennis, mais gros mental. Le bon Jim connaît la règle :
« C’est comme le livre de Thomas Friedman, « Le monde est plat ».
Nick envi­sage le tennis d’une façon très darwi­nienne. Il place dans le
même écosys­tème les meilleurs juniors du monde qu’il mélange avec
une poignée de pros ». Avec ça, Courier sera numéro 1 mondial…
sur le nez d’Agassi. La répu­ta­tion de Nick dépasse alors celle de
ses concur­rents, Bob Brett ou Ion Tiriac. Ce dernier voit d’ailleurs
son Boris Becker patauger dans la semoule. L’Allemand va lui aussi
accepter d’aller remiser tout son tennis au garage de Bradenton
et s’offrir une fin de carrière digne de son rang. Victoire à l’Open
d’Australie 1996, victoire puis finale aux Masters 1995 et 1996. Nick
est un sorcier.

Dans les années 2000, le GI à lunettes noires aura un peu perdu
la main en terme d’usine à cham­pions, mais certai­ne­ment pas à
cham­pionnes. C’est encore dans son camp que les parents Williams
envoient leurs deux filles, itou pour les parents Sharapova, les
parents Jankovic, autant de nouvelles numéros 1 mondiales. Les
parents Vaidisova aussi y enver­ront leur fille Nicole, pour la carrière
mitigée que l’on peut voir aujourd’hui et qui permettra de rappeler
que la loi de la jungle bollet­tie­rienne à tout de même son envers : un
taux de déchet consé­quent et des athlètes qui se plain­dront du tarif
psycho­lo­gique à payer pour ne pas être renvoyé du camp. Qu’importe,
même Vaidisova expli­quera il y a un an dans les colonnes de
GrandChelem la même chose que Jim Courier dix ans plus tôt :
« C’est certain que Nick connaît la stra­tégie et la tech­nique sur le
court, mais ce qu’il diffé­rencie des autres, c’est qu’il connaît parfaitement
les êtres humains. C’est un formi­dable moti­va­teur et leader. Il
donne à ses élèves les qualités vitales qui les aident à survivre dans
chaque aspect de leur existence ».

I will survive, on croyait que le credo appar­te­nait à Gloria Gaynor,
remixé par les Bleus de l’équipe de France de foot en 1998, en fait
c’est Bollettieri qui avait déposé le label bien avant et les élèves de
l’Academy ne se lassent pas aujourd’hui de s’amuser des expressions
les plus sauvages et les plus hirsutes de Nick sur un terrain.
Beat the beans out of it = sors moi la caca­houette. Fish or get out of
the pot ! = sors toi les doigts du cul. Chez Bollettieri, pas de pardon,
pas d’excuse et si à midi vous voyez le patron entamer son assiette
avant que tout le monde soit servi, c’est que Nick a son credo : «
 It’s rude to the food ! ». En fran­çais, il faut ramer pour la gamelle. Vive
Bollettieri ! Vive l’armée !

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