Accueil Qu’est‐ce qui fait cou­rir Jennifer Capriati ?
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Qu’est‐ce qui fait courir Jennifer Capriati ?

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Prototype même de la star pré­coce ayant vécu toutes les étapes d’une vie de cham­pionne, de l’é­clo­sion à l’a­ban­don en pas­sant par la rédemp­tion, Jennifer Capriati a annon­cé qu’elle vou­lait ten­ter un énième come‐back sur le cir­cuit. Analyse de la pas­sion selon Jenny. 

« Quand je me regar­dais dans le miroir, je ne voyais qu’une fille grosse et moche, j’a­vais envie de me tuer » Rimbaud avait rai­son, on n’est pas sérieux quand on a dix‐sept ans. A cet âge‐là, Jennifer Capriati a beau avoir rem­por­té la médaille d’or de Barcelone en 1992, elle sait déjà qu’elle n’est plus qu’une ex‐enfant pro­dige du ten­nis. D’ailleurs que faire de sérieux « quand on a 17 ans et qu’on a des tilleuls verts sur la pro­me­nade ?» Peut‐être reprendre ses études, retour­ner au lycée. Et ain­si en 1993, celle qui avait été bom­bar­dée « petite fian­cée de l’Amérique » va sim­ple­ment reprendre le fil de son exis­tence, faire ce qu’elle veut, écou­ter du Nirvana à fond la caisse si ça la chante, fumer, boire. La vie quoi. Et tant pis pour l’i­mage ren­voyée dans des médias tou­jours prompts à brû­ler l’i­cône ado­rée, cette pho­to qui fera le tour du monde d’une ado bouf­fie après son arres­ta­tion pour déten­tion d’herbe. « La voie que j’ai sui­vie pen­dant une courte période de ma vie, c’é­tait la voie d’une sage rébel­lion, expliquera‑t elle plus tard. J’essayais juste de trou­ver mon identité » 

Ce n’est pas le cama­rade Agassi qui la démen­ti­ra, pas facile d’être pro­gram­mée bébé star par un père omni­po­tent. Faute d’a­voir pu faire car­rière lui‐même, Papa Capriati, dit Stefano, fut donc un de ses nom­breux pères à tout miser sur sa gamine. « Au jar­din d’en­fants, elle essayait de tou­cher les jeux de barres alors qu’elle n’a­vait que deux ans. Et à la pis­cine, elle se frot­tait tou­jours à des gamins plus âgés de deux fois son âge » se sou­vient ce géni­teur sévère et exi­geant, qui ambi­tionne alors de l’en­voyer dans l’a­ca­dé­mie flo­ri­dienne de Jimmy Evert, le père de Chris. Là, Jenny va y faire ses gammes et si rapi­de­ment qu’elle bat tous les records de pré­co­ci­té : plus jeune vain­queur de Roland‐Garros et de l’US Open junior, plus jeune demi‐finaliste à Roland‐Garros. Jennifer n’a pas 14 ans qu’elle a déjà affo­lé toutes les tablettes. 

Mais quelque chose cloche. Surprotégée par son clan, l’Américaine semble déjà des­ti­née à explo­ser en plein vol, à rejoindre les Tracy Austin et autres Andrea Jaeger, idoles bri­sées sur l’au­tel d’une enfance volée. « Ce n’é­tait pas à cause du ten­nis. Ça se serait pro­duit quoi qu’il arrive », assure pour­tant Stefano, qui se défend d’a­voir for­ma­té sa fille. « Après tout, c’est moi qui la connais le mieux. C’est moi qui l’ai faite. Je connais son moteur, son éner­gie » Mais cette éner­gie va dou­ce­ment s’é­teindre. Fin 1993, Super Jenny rend ses pou­voirs et repart à l’u­ni­ver­si­té. Elle n’a pas un seul Grand Chelem à son actif. 

« Quel est ton plus grand défaut ? – Je suis têtue ». Dans cette simple réponse à un ques­tion­naire de Proust, se trouve toute la foi per­son­nelle grâce à laquelle Jennifer va rebon­dir. Un petit essai en 1996. Trois autres années à ramer pour retrou­ver son ten­nis et l’Américaine s’im­pose enfin en 1999 à Strasbourg. Fin de la galère mais pas des cli­chés sur la joueuse reve­nue de l’en­fer, Capriati s’ir­rite des allu­sions per­ma­nentes à ses déboires : « Je suis fati­guée quand je lis des choses sur moi qu’on parle à chaque fois de mon pas­sé ». La Floridienne va prendre une revanche écla­tante. Par une pré­pa­ra­tion à l’hi­ver 2000 rem­plie d’in­ter­mi­nables séances phy­siques à s’en faire vomir. Mission accom­plie : c’est la grosse sur­prise à Melbourne où elle s’im­pose en sor­tant coup sur coup Hingis, Davenport et Seles, puis rebe­lotte à Paris où elle étrille Clijters, S. Williams et encore Hingis. Capriati a réus­si son pari. 

Mais à quel prix ? Un an après, elle va à nou­veau explo­ser, beau­coup plus dis­crè­te­ment cette fois‐ci. Une défaite en trois sets ser­rés face à Amélie Mauresmo à l’US Open 2002, et elle se pré­sente en confé­rence de presse avec le visage détruit de celle à qu’il ne faut plus par­ler de ten­nis. Elle se retrouve le len­de­main à la une des tabloïds amé­ri­cains dan­sant en soutien‐gorge, avec une ciga­rette à la main et un verre dans l’autre. Plus de dix ans après avoir écla­té en san­glots au milieu d’un match contre Gabriela Sabatini, Capriati semble défi­ni­ti­ve­ment craquer. 

La suite va confir­mer l’im­pres­sion de cal­vaire men­tal que vit à nou­veau la Shirley Temple du ten­nis. Traînant sa peine et ses bles­sures récur­rentes sur le cir­cuit, Jennifer ne va plus rem­por­ter qu’un seul titre, à New Haven en 2003. Deux ans sup­plé­men­taires de défaites à chaque fois plus cui­santes en quarts ou en demi­fi­nales des Grand Chelems s’a­chèvent avec cette opé­ra­tion à l’é­paule en jan­vier 2005 qui parait lui indi­quer la sor­tie finale. Et pourtant.…»

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