Accueil Roger : "Je sais tout de son jeu"
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Roger : « Je sais tout de son jeu »

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Roger, bravo pour ce titre. Etes-vous satisfait du tennis que vous avez produit aujourd’hui ?

Je pense avoir très bien joué. Sur terre, face à Rafa, pas d’autre moyen pour passer. Il ne te laisse pas la moindre chance, ne te donnera pas la recette, et c’est ce qui l’a rendu si « imprenable » sur cette surface ces derniers temps. J’ai bien servi, j’ai été particulièrement dangereux sur mes retours. Je pense avoir pris toutes les bonnes décisions sur ce match, et en fin de rencontre, cela donne l’impression d’être facile. C’est une victoire parfaite pour moi.

Est-ce un soulagement de battre enfin Rafa sur terre après deux années ?

J’étais si proche de l’emporter à Melbourne et Wimbledon que, bien sûr, cette victoire à Madrid est très agréable. Ce n’est pas comme si je me disais « Ah, enfin, je l’ai eu à nouveau ! » Je sentais que j’étais proche de Rafa, et malgré les défaites, je continuais à y croire, surtout sur ce type de surface. Je voulais rester positif, et c’est précisément ce que j’ai fait. Je suis très satisfait d’avoir adopté cette attitude, et d’avoir enfin décroché cette victoire dont j’avais tant besoin. J’avais subi pas mal de revers cette saison, mon niveau de jeu n’était pas toujours bon. Mais je pense que là, tout revient en place petit à petit : une victoire comme celle-ci arrive vraiment à point nommé.

Comment êtes-vous parvenu à prendre le dessus ?

Je n’ai pas tenté de m’embarquer dans de longs rallies. Dans le même temps, Rafa a loupé certains retours, et je l’ai fait douter à plusieurs reprises. Nous avons tous les deux mieux joué, de par le passé, de notre ligne de fond. Je suis persuadé qu’il faut mettre l’accent là-dessus pour espérer le battre à Roland-Garros. Cette finale de Madrid était un match de terre particulier : nous avions tous les deux autant de mal à contrôler la balle, les points étaient chaque fois plus courts…Ce qui collait bien à mon jeu. C’est pour ça que j’ai gagné.

Avez-vous appris de nouvelles choses sur le jeu de Rafa sur terre, en vue de Roland ?

Pas vraiment. Je sais tout de son jeu. Ce n’est pas qu’il ait changé plein de choses, il est juste solide comme le roc. Il fait son truc à la perfection, et c’est le joueur qui se déplace le mieux sur cette surface. C’est aussi un excellent compétiteur, ce qui le rend si difficile à battre. Je sais ce qu’il faut faire contre lui, mais ce n’est si évident que ça, il est vraiment bon.

Rafa était-il aujourd’hui un peu plus lent que d’ordinaire ?

Non. Nous n’avons pas eu beaucoup de rallies de fond de court, donc je ne sais pas où vous avez pu voir qu’il était lent. Comme je l’ai dit, les conditions étaient difficiles ici. Pas toujours facile de contrôler les balles. Mais ma philosophie, c’est qu’une fois rentré sur le court, tu n’as plus d’excuses. Sur cette finale, j’ai simplement foncé vers la ligne d’arrivée, et l’affaire était réglée avant même qu’il n’ait pu réagir. Donc c’était un bon match.


Tout au long de la semaine, les joueurs ont déploré l’état des courts. Madrid est, de plus, un tournoi particulier du fait de l’altitude. Ce facteur vous a-t-il gêné ?

Je pense que c’était dur pour tous les deux. Nous avons lutté pour parvenir à garder le contrôle de la balle. Mais je ne pense pas que les conditions soient si extrêmes. Ce n’est pas comme si les balles étaient totalement impossibles à maîtriser. C’est intéressant de jouer sur terre à une altitude différente : ça permet de jouer plus agressif, d’aller plus de l’avant.

A Rome, vous expliquiez qu’avec vos problèmes de dos, vous aviez éprouvé des difficultés à servir.

Cette année, la qualité mon service n’était absolument pas constante. Ça pouvait bien aller pendant quelques jeux, puis je me faisais breaker à plusieurs reprises. Ce n’est pas une chose à laquelle je suis habitué. Je constatais simplement que je ne pouvais plus cogner la balle aussi bien qu’auparavant. Aujourd’hui, et cette semaine en général, c’est revenu. Je sais bien que l’on a joué en altitude, et que, dans ces conditions le service est facilité. Mais je sens que mon service revient peu à peu. Les déplacements également, et j’ai le bon rythme : tout ça est, à mon avis, vraiment de bon augure pour Roland Garros (où, pour moi, il est important d’être efficace au service).

Cette victoire est très importante, à moins d’une semaine du coup d’envoi de Roland Garros. Votre indice de confiance s’en trouve-t-il grandi ?

Oui. Je pense que cela joue. Jusqu’à maintenant, cette saison, je n’avais pas remporté le moindre tournoi. C’est chose faite, mais les années précédentes, gagner ou perdre : peu importait, j’étais toujours le favori (ou l’un des deux favoris) au titre. Cette année, plein d’autres mecs arrivent, mais j’ai toujours su que, sur terre, j’allais devenir plus fort de semaine en semaine. Bien sûr, à Monaco, je n’ai pas mis toutes les chances de mon côté, mais j’ai vraiment travaillé dur avant et après Rome, et, finalement, tout ça a payé. Ce n’est pas le moment de se reposer sur ses lauriers, mais c’est clair, ce résultat est bon pour la confiance. Surtout que battre Rafa en finale : cela prouve définitivement que je fais ce qu’il faut. C’est un sentiment agréable. Je suis très excité à l’idée d’aller à Paris, alors qu’il y a quelques semaines à peine, je doutais toujours de mon jeu, et je n’avais absolument aucune certitude d’être en mesure de remporter Roland. Maintenant, évidemment, tout a changé.

La confiance est primordiale, et cette première défaite de Rafael sur terre en 33 matches sur terre… combinée au fait qu’il a concédé cette défaite face à vous, son principal rival… Cela aura-t-il un impact psychologique à Paris ?

J’ai stoppé sa série à 81 victoires, il y a quelques années de ça. Mais à ce moment-là, je ne crois pas que ça l’ait trop dérangé : il avait enchaîné sur une nouvelle série. Bien sûr, c’est sympa de le battre chez lui, là où c’est probablement le plus difficile. Il a le public avec lui, et, même quand c’est serré, il continue à te faire douter. Mais honnêtement, je ne pense pas que Rafa soit trop affecté par cette défaite. Il a tellement bien joué à Monaco, Barcelone et Rome : il s’agit peut-être de sa meilleure saison sur terre depuis longtemps. Je reste donc persuadé qu’il sera très, très solide Porte d’Auteuil.

André Agassi pensait que Rafa pouvait faire le Grand Chelem cette année. Pensez-vous qu’il ait progressé au point de réussir effectivement à s’imposer sur les quatre tournois majeurs ?

Quand un mec gagne l’Open d’Australie, alors que sa surface de prédilection est la terre, bien sûr qu’il a une chance de faire ça. Je l’ai dit il y a quelques temps : pour moi, c’est clair, il y a des chances qu’il fasse le Grand Chelem. Les autres joueurs espèrent bien l’en empêcher, moi le premier… J’ai battu des records à Wimbledon et à l’US Open ; et je rêve bien sûr d’accrocher Roland Garros à mon palmarès…

Rafa a livré un gros combat (quatre heures de jeu) face à Djokovic en demi-finale. Pensez-vous que sa fatigue ait joué en votre faveur lors de cette finale ?

J’espère que la prochaine fois que l’on se jouera, il n’aura pas trop dormi avant… (sourire)
Franchement, à mon avis, cela ne change pas grand-chose qu’il joue quatre heures la veille et n’ait pas beaucoup dormi. Evidemment, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour préparer un match, mais bon… A Paris, le contexte sera différent. Il n’y a jamais perdu le moindre match, et sa confiance est au plus haut, c’est évident. Mais on a pu le voir cette semaine, si tu joues Rafa comme il faut, tu peux avoir tes chances, même si il domine vraiment sur terre. C’est une bonne chose pour les autres joueurs, pour moi aussi. C’est important, car je suis toujours celui qui est juste derrière lui, surtout à Roland. J’espère que cette année sera la bonne.

Krystel Roche

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