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Tous coachs, partie 1

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4 coachs modernes 4 visions du métier

Ils sont Français, ce sont des coachs très respectés, leurs poulines et poulins
squattent le top 30, Patrick Mouratoglou , Sam Sumyk, Cédric Nouvel et
Ronan Lafaix détaillent pour GrandChelem les petites subtilités qui font un
bon coach .

Patrick Mouratoglou
coach d’Anastasia Pavlyuchenkova
directeur de l’Academy Mouratoglou

Je pense que pour être un bon coach, il faut bien connaître la discipline
dans laquelle on évolue. Il me serait difficile d’être performant
ailleurs que dans le tennis. Coach est un métier complexe qui
ne s’improvise pas. Bien entendu un coach peut se faire coacher.
Parce que tout le monde peut progresser et que personne ne peut
réussir seul. A l’Academy Mouratoglou, c’est ce que nous faisons tous
les jours. Nous travaillons aux cotés des coachs pour les rendre plus
performants. Plus ils sont efficaces, plus nos joueurs le sont. Sur le circuit,
aucun joueur ne fonctionne sans coach. Federer prétendait ne pas en avoir. En
réalité, il travaille avec son capitaine de Coupe Davis depuis longtemps. Dans les sports individuels, je pense que
c’est trop difficile d’évoluer sans coach tant la confiance est déterminante, tant le joueur doit être préservé. Il y a
beaucoup de solidarité entre coachs, donc nous nous parlons beaucoup. Je m’entends très bien notamment avec
Luca Appino et Sam Sumyk qui sont des passionnés. Ceci étant, notre métier réclame beaucoup de confidentialité
et je ne peux m’imaginer donner la moindre information sur ma joueuse. Selon moi, le mot couple correspond bien
à notre situation avec Anastasia. Tout d’abord parce que c’est une relation forte entre deux individus ou chacun y
trouve son compte. L’une parce qu’elle réalise son objectif professionnel de joueuse de tennis grâce au soutien de
l’autre, le second parce qu’il trouve son bonheur dans la réalisation professionnelle de la première. Oui bien sûr,
un coach peut faire perdre une rencontre de la même manière qu’il peut la faire gagner. Les mots justes au bon
moment permettent d’actionner chez la joueuse les leviers de l’agressivité, du courage, ou au contraire de la peur
ou de l’inhibition. Un match se prépare et se gagne bien souvent dans les vestiaires, dans sa préparation, dans
les mots du coach. C’est pour cela qu’il doit toujours assumer tous les résultats, même si au final le héros, est
toujours, celui qui tient la raquette.

Sam Sumyk
coach de Vera Zvonareva
et de Meilen Tu

Je pense qu’un bon coach, c’est quelqu’un qui arrive à faire
progresser son athlète et qui se remet en cause. C’est aussi celui
qui essaye de rendre son joueur autonome car à la fin du compte,
c’est le joueur qui est seul sur le court. Dans coach je pense aussi
à entraîneur, la personne qui peut guider un changement technique.
Par exemple en quarts de finale avec Vera à Indian Wells, on a changé
un truc sur son service, eh bien cela c’est la responsabilité du
coach qui valide l’idée. Après il est aussi vrai que la tendance est au coach
soutenu par un staff comme pour Murray. Le coach est alors un « coordinateur » qui ne remplit plus toutes les
fonctions d’entraîneur, de coach mental. Moi j’ai eu mon brevet d’état, comme tout le monde en France. Après estce
que c’est dans les gênes d’être coach ? Faut-il avoir été joueur de haut niveau ? Je ne sais pas. Il y a beaucoup
de choses empiriques dans le coaching et une certitude : un coach est une personne qui doit être passionnée, qui
ne doit pas lâcher au premier obstacle et qui bien sur s’intéresse à l’humain. Après l’essentiel et cela il ne faut
pas l’oublier, c’est qu’on est avant tout un bon coach quand on a un bon élève. Donc quand on me dit « C’est extra,
Sam, ce que tu arrives à faire. Quelles sont tes clés ? », je réponds que je ne serais rien sans Vera et Meilen, leur
confiance, leur envie de réaliser des grandes choses. Melen a beau être ma femme, eh bien je n’ai aucun souci à
isoler l’aspect professionnel et l’aspect intime. Et ce même quand il s’agit de hausser le ton. Un bon coach c’est
une personne qui sait lire dans les personnalités. La différence avec le coach en entreprise ? Une entreprise ce
sont aussi des personnalités, donc oui cela doit être possible de faire un transfert. Un coach est un spécialiste des
émotions, de la maîtrise de l’émotion dans la performance. Après ça, une entreprise, c’est une culture, des valeurs,
un historique, donc un coach de tennis ne peut pas non plus résoudre toutes les problématiques.

Cédric Nouvel
coach de Virginie Razzano
directeur des Hauts de Nimes

Un bon coach, c’est quelqu’un qui va prendre le temps de connaître
son joueur. Tout ce qui peut composer sa personnalité, sa culture,
son enfance, son identité de joueur. Je fais aussi une vraie distinction
entre le coach et l’entraîneur. Ce sont deux métiers différents.
Aujourd’hui dans ma situation avec Virginie, je suis plus un coordinateur,
un intervenant en appui d’une structure, plutôt qu’un coach
auprès de sa joueuse tout au long de l’année comme Sam ou Patrick.
Donc même si je suis présent au bord du court sur des temps forts, je
suis plus un homme orchestre. Stéphane Vidal qui est le compagnon de Virginie la
suit tout au long de l’année, Emmanuel Gorgini se charge de l’aspect mental, il est comportementaliste. Quand cela
fait longtemps que tu es avec une championne, je dirais que c’est comme un couple, il y a des périodes qui sont
différentes. Au début on apprend à se connaître, et puis au bout de quelques temps, il y a certains automatismes,
des réflexes qui se mettent en place. Par exemple je suis devenu un grand pro du SMS. Et pour passer un message
dans un SMS, tu n’as pas intérêt à te louper. Cela a permis quelques fois de débloquer des situations. Sur le reste
il faut être très attentif aux petits détails. L’an dernier par exemple, j’ai commis de vraies erreurs, et Virginie est
arrivée plus que fatiguée à Roland Garros. Cela aurait pu avoir de vraies conséquences, je m’en veux. Cela confirme
que le coach doit toujours être à l’écoute, traduire les petits signes, anticiper. Ce fut au final une très bonne leçon.
Un petit mot sur le principe d’intervention du coach sur le court, sur le circuit féminin. Je trouve que c’est une bonne
chose. Après il y a juste un point qui me gêne c’est celui de la distorsion des moyens. Cela peut en effet avantager
les joueuses qui sont soutenues financièrement ou qui ont un coach permanent. Mais la même idée sur le circuit
masculin me semble possible à partir du moment où aujourd’hui les coachs trouvent l’expérience réussie sur le
circuit féminin.

Ronan Lafaix
coach de Stéphane Robert
auteur du livre « Soyez Pro,
la méthode pour oser »

Un bon coach, c’est celui qui comprend les besoins et les
envies du joueur, toutes ses attentes. Mais pour moi la notion qui
est essentielle, c’est de rendre le joueur autonome. C’est l’axe
principal, car au final il ne faut pas oublier que le joueur est tout
seul sur le court, qu’il détient les clés. Il faut qu’il réfléchisse
par lui-même. Quand on me parle de la « confiance » chez le joueur,
j’ai presque envie de répondre que je ne sais pas ça ce que ça veut dire.
L’estime de soi, oui, se faire confiance oui, mais la confiance non. La preuve, c’est qu’un joueur peut aligner
dix défaites, puis gagner un tournoi donc quand j’entends : « J’ai confiance donc je gagne », je n’y crois pas.
Maintenant il est certain que coach fait ce travail autour de la question de l’énergie et de sa transmission. Pour que
le joueur soit bien, il faut également être bien avec soi même, se connaître, s’améliorer constamment et surtout
questionner, ne pas penser que l’on a toutes les réponses. Le coach se doit d’avoir la même hygiène de vie que
son champion. En reva,nche je ne suis pas tellement d’accord pour dire qu’on est un bon coach quand on a un bon
joueur et j’ai un exemple précis. J’ai formé Fabien Morel, qui est à -4/6. Tout le monde disait que ce garçon n’avait
pas les capacités pour être performant. Au final il a été champion de France de sa catégorie. Après est-ce que
je suis un coach spécialiste des personnes qui sont hors du système classique, je ne sais pas, mais je me pose
parfois la question. Je trouve en tout cas que tout cela est un peu cloisonné, on manque de dialogues, d’échanges
entre nous. C’est dommage. J’ai beaucoup d’admiration pour Bob Brett, Peter Lundgren, Patrice Hagelauer, et j’ai
aussi une vraie sensibilité pour Patrick Mouratoglou. Maintenant quand on me parle du coach comme manager
de compétences des autres, je ne suis pas d’accord. Le coach, ça reste celui qui doit posséder l’ensemble ou du
moins une grande partie de toutes ses compétences, et les appliquer lui-même.

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