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Profession : numéro 1 mondial

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La retraite d’Amélie Mauresmo nous donne l’oc­ca­sion de remonter le temps jusqu’au… premier numéro de GrandChelem. Ce numéro inau­gural, paru juste après la victoire d’Amélie sur le gazon de Wimbledon, en septembre 2006, propo­sait un dossier spécial « Profession : numéro 1 mondial ». La Française, alors leader du clas­se­ment WTA, s’y livrait à une inter­view « première fois ». Instant nostalgie en compa­gnie d’une joueuse comblée, une person­na­lité des plus attachantes.

Quelle était ta première raquette ?
Une Snauwaert noire. En revanche, je ne me rappelle pas le modèle. Mes parents étaient déses­pérés de me voir faire des gestes à blanc dans le jardin. Ils ont craqué et m’en ont acheté une. Je devais avoir 4 ou 5 ans, c’était une raquette d’adulte. A l’époque, il n’y avait pas de raquettes enfant.

Qu’est devenue cette première raquette ?
Aucune idée [rires]. Ma mère l’a peut‐être gardée, mais elle pu aussi finir cassée. Je n’en sais pas plus.

Après cette Snauwaert, tu as une marque préférée ?
J’ai eu une Pro Kennex avec un contrat qui s’éten­dait à un peu de textile. C’était le début des raquettes profilées.

C’était une Arche ?
Non, c’était la Pearl, elle était blanche. Avec le profil, ça partait tout de suite un peu plus vite. Mais je n’ai jamais été une pro du maté­riel. C’est Jean‐Jacques Poupon qui prépare mes raquettes et c’est lui qui en connaît l’équilibre.

Aujourd’hui, c’est Dunlop…
Ca fait 16 ans que je suis chez eux. J’ai signé à 11 ans. Pour moi, à l’époque, cette marque, c’était Steffi Graf et John McEnroe avec la fameuse Max 200 G. Bien sûr, je ne jouais pas avec ce modèle mais je faisais partie du même team.

Ta première perf ? 302 ?
Sûrement, je n’ai pas de moments précis par rapport à ça. J’étais non‐classée et c’est vrai que je passais vache­ment de tours dans les tour­nois. J’ai suivi en toute insou­ciance le parcours d’une jeune espoir. Les choses arri­vaient comme ça.

Ton premier grand succès ?
Plus tard, à Saint‐Raphaël, un 10 000 en 1994 ou 1995. C’est mon premier titre sur le circuit. C’est magni­fique, tu es en finale, tu gagnes, tu es la dernière à rester dans le tableau, tu es invaincue… Le bonheur !

Ta première décep­tion où tu as pleuré toute la nuit ?
Sans aucun doute ma défaite contre la Croate Mirjana Lucic en quarts de finale de l’US Open Junior en 1996. On se battait pour la première place mondiale en Juniors. J’avais gagné Roland Garros et Wimbledon la même année et je n’ai pas compris cette défaite. Je me rappelle avoir beau­coup pleuré.

Ton premier ace ?
Le premier, je ne m’en souviens plus, mais le dernier, oui, très bien [NDLR : l’en­tre­tien a été réalisé après sa victoire à Wimbledon].

Ta première idole ? Mis à part Yannick Noah…
Gabriela Sabatini. Je ne peux pas dire une idole, mais plutôt un modèle, surtout dans le jeu, une certaine flui­dité, la classe qu’elle avait sur le terrain. Tu voyais toujours sa tête de raquette partir, tu avais l’im­pres­sion qu’elle enrou­lait parfai­te­ment la balle. Je trou­vais cela très esthé­tique. Sa raquette blanche – une Yamaha – appor­tait la touche finale, ses tenue aussi. J’avais les mêmes, des Sergio Tacchini.

Ton premier double mixte ?
On a gagné le Critérium en 1994 avec Olivier Malcor. Je ne sais même pas si le double mixte existe encore en Championnat de France. En tout cas, ce fut un grand moment de rigo­lade. Depuis, j’en fais encore quelques‐uns, c’est amusant. 

Ton premier entraîneur ?
Inger Delamare, du Tennis Club de Bornel. J’avais 6 ans, il ne voulait pas me prendre dans ses cours car il n’y avait pas de mini‐tennis et j’étais trop petite. Ma mère a insisté : j’ai fait un essai, il m’a gardée.

La première phrase marquante d’un coach ?
Toujours Inger Delamare qui m’as­sé­nait en perma­nence : « Pas de fautes ! »

Première grosse engueu­lade dans le monde du tennis ?
A 17 ans, avec Patrick Simon, lorsque je décide de quitter la Fédération.

Ta première voiture ?
Un cadeau de ma grand‐mère, une 106. Elle a fini à la casse, je l’ai plantée.

Ton premier coup de fric ?
Une Porsche. J’ai toujours aimé les voitures. C’était une 993 bi‐turbo. Je la trou­vais superbe. Porsche, c’est un mythe, je roule toujours avec cette marque. J’adore conduire.

Ton premier chien ?
Un cocker noir et blanc, un cocker anglais : Cookie.

Tes premiers amis dans le tennis ?
Avec Amélie Cocheteux et Magalie Lamarre, on se connaît depuis que l’on a 8 ans. On était de la même ligue, donc on a vite formé un petit groupe.

Est‐ce que vous avez fait des grosses conneries ?
Non, mis à part planter un scooter dans l’en­ceinte de Roland Garros.

Ta première balle de match en finale d’un Grand Chelem ?
Une première réussie, non ? En fait, sur ce point, tout va bien jusqu’à ce que j’ar­rive à la ligne de service. Là, le palpi­tant prend un coup de chaud et je suis montée en régime. Certains assurent ne pas gamberger. Moi, je peux vous dire que j’y ai vrai­ment pensé. Je me rappelle cette pous­sette en deuxième. Dans ma tête c’était clair : « Quoiqu’il arrive, tu la mets dedans, longue. » Justine [Hénin] me met alors en diffi­culté une première fois, puis une deuxième. Je suis contrainte de faire un chip pourri au milieu, puis c’est la déli­vrance. Avec ce succès, j’ai trouvé certaines clefs et lorsque l’on me parle d’une carrière à la Ivan Lendl, je dis pour­quoi pas, car son palmarès est impressionnant.

Numéro 1 de la musique :
Freddie Mercury. On n’a toujours pas fait mieux.

Numéro 1 du cinéma :
Pas de film référence.

Numéro 1 du livre :
Stefan Zweig. Avec des mots simples, il parvient toujours à décrire des situa­tions très complexes.

Numéro 1 du vin :
Difficile de déta­cher un château ou un domaine. Château Yquem pour sa constance, chaque millé­sime est parfait.

Numéro 1 du restaurant :
Chez Philippe Rochat au Restaurant de l’Hôtel de Ville, à Crissier [Suisse], un vrai bonheur !

Numéro 1 du tennis :
Ben, c’est moi !!!!!!!!!!!!!

C’est quoi être numéro 1 mondiale :
C’est un petit peu abstrait parce que ce sont d’abord des souve­nirs. Martina Navratilova, Chris Evert, c’est un rêve. En fait, je n’ar­rive pas à penser que c’est moi, il y a un truc qui ne connecte pas. Je ne me rends pas compte.

A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.