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L’énigme Del Potro

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L’une des révé­la­tions de la saison passée a décidé de faire son entrée cette semaine à Auckland où il est la tête de série numéro 1 du tournoi. Alors qu’il avait réalisé une fin d’année toni­truante, la nouvette star argen­tine a fini sur les rotules, notam­ment en finale de la Coupe Davis. Son retour à la compé­ti­tion après un court repos sera donc à observer avec la plus grande attention.

C’est l’été dernier, à la suite d’une série de 19 victoires consé­cu­tives qui lui ont permis de remporter ses quatres premiers titres (d’af­filée!) que Juan Martin del Potro s’est réel­le­ment révélé au grand public. A l’épque, Lui même ne savait pas ce qu’il se passait : « Je ne comprends pas vrai­ment ce qui m’ar­rive. Je n’ai pas de mots pour décrire ce que je ressens actuel­le­ment. J’ai du mal à croire que j’ai gagné 4 titres consé­cu­tifs. »
Effectivement cette possi­bi­lité semblait pour le moins loin­taine quelques semaines seule­ment aupa­ra­vant pour ce joueur d’1m98, doté d’un gros service et d’un coup droit puis­sant. Diminué par des bles­sures (avec notam­ment un abandon au 2è tour de l’Open d’Australie face à David Ferrer), il se retrouve 75è mondial après Monte Carlo, alors qu’il était 50è en début d’année. A Roland Garros et à Wimbledon il s’in­cline au deuxième tour, et avant son été excep­tionnel, ne parvient pas à obtenir mieux qu’une demi‐finale au tournoi sur herbe de s’Hertogenbosh.

« Au début de l’année je jouais bien, mais j’ai eu beau­coup de bles­sures, beau­coup de problèmes physiques. J’ai changé de coach, changé de prépa­ra­teur physique, j’ai tout changé » commente‐t‐il pour tenter d’ex­pli­quer la méta­mor­phose qui va suivre. On peut effec­ti­ve­ment penser que le choix d’un nouvel entraî­neur l’Argentin (comme lui) Franco Davin, qui avait amené Gaston Gaudio à la victoire à Roland Garros en 2004, n’est pas étranger à sa résur­rec­tion esti­vale. « Il a changé mon jeu. Il a changé mon mental. Il a tout changé. Quand je joue et que je le vois dans les tribunes, cela me donne confiance. Je peux jouer détendu. Je ne me sens plus nerveux quand il s’agit de jouer les points les plus impor­tants d’un match. »

Cette résur­rec­tion s’ex­plique égale­ment par le choix pour effec­tuer son retour, d’at­tendre la saison sur terre battue dans le but d’ écono­miser son dos. Et c’est ainsi que Del Potro entame sa série de succès par deux victoire à Stuttgart (en battant Gasquet en finale), et Kitzbuhel, lui qui se consi­dère d’abord comme un joueur de dur : « Je n’au­rais jamais pensé gagner mes deux premiers tour­nois sur terre. » En effet en 2007 il n’avait parti­cipé qu’à deux tour­nois sur terre, et depuis le début de sa carrière pro, n’avait gagné que 9 matchs sur cette surface. 

C’est avec ses deux victoires suivantes lors de sa tournée améri­caine en août, cette fois‐ci sur dur, à Los Angeles (en battant Roddick en finale) et à Washington, que Del Potro s’est mis à affoler les statis­tiques. En 2006 il avait déjà été le plus jeune joueur à avoir fini l’année dans le top 100, et en 2007 il a été le plus jeune joueur dans le top 50. Mais en 2008 il est parvenu à battre un nouveau record : gagner les 4 premiers titres de sa carrière en 4 tour­nois d’af­filée. De plus, sur les 11 autres joueurs de son âge ayant gagné au moins 4 titres en une saison, 10 d’entre eux, dont Rafael Nadal, Lleyton Hewitt, Andre Agassi et Pete Sampras, sont devenus n°1. La seule excep­tion est l’amé­ri­cain Jimmy Arias (5è). Ces statis­tiques flat­teuses sont cepen­dant à manier avec précau­tion dans le cas de Del Potro. En effet, le seul joueur du top 10 qu’il a battu est Roddick, dont 2008 n’a pas été la meilleure saison (ainsi que Davydenko en demi‐finale de la Coupe Davis). 
D’autre part deux incon­nues demeurent : comment del Potro a‑t‐il récu­péré physi­que­ment et menta­le­ment de sa fin (mouve­mentée) de saison passée, et dans quel état va‐t‐il se présenter en ce début de saison 2009 ? On se rappelle que dési­reux de se quali­fier pour le Masters il s’était aligné à Bercy malgré des pieds dans un état catas­tro­phique (il y est battu par Nalbandian au deuxième tour). Refusant de suivre les conseils de son compa­triote, motivé avant tout par une victoire en Coupe Davis, de ne pas aller à Shangaï pour soigner ses pieds et se présenter à 100% de ses moyens à Mar del Plata, sa saison s’achève de façon cauche­mar­desque lors de la finale par une défaite contre Feliciano Lopez qui empêche l’Argentine de mener 20 à l’issue de la première journée et d’être idéa­le­ment placée pour la victoire. Bien au contraire elle lance l’Espagne de façon irré­sis­tible jusqu’au triomphe. Or que s’est‐il passé pendant ce match ? Après avoir faci­le­ment emporté le premier set, Del Potro connaît une baisse de régime sans aucun doute impu­table à la fatigue accu­mulée au cours de sa seconde partie de saison, et perd les trois sets suivants, dont le tie break du 3è set après avoir mené 42, puis encaissé 5 points de suite. Il finit même son match blessé à la cuisse et doit être remplacé par Acasuso pour le simple décisif. Après ce couac reten­tis­sant, comment va‐t‐il aborder cette saison 2009 ? 

Surement avec le couteau entre les dents car Del Potro a de l’am­bi­tion : « J’espère gagner plusieurs Grands Chelems, pas un seul. Un de mes rêves est d’être n°1. » répète‐t‐il à qui veut l’en­tendre. Avant la place de number one, il peut déjà espérer grimper au clas­se­ment puisque pour ce début de saison 2009 il aura peu de points à défendre, et donc l’op­por­tu­nité de s’ins­taller dura­ble­ment dans les 10 meilleurs, une première étape avant de viser sûre­ment beau­coup plus haut.