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Bautista Agut : « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour me battre afin de montrer à mes parents que leur dur travail en valait la peine »

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C’est un témoi­gnage boule­ver­sant que propose l’ex­cellent compte Behind The Racquet. Discret et assez méconnu du grand public, Roberto Bautista Agut (demi‐finaliste de Wimbledon en 2019), qui a perdu ses deux parents, raconte son histoire poignante :

« Ma mère est décédée en 2018. J’étais au club où je m’entraînais quand j’ai reçu un appel après l’entraînement. J’ai décou­vert que ma mère s’était endormie et ne s’était pas réveillée. C’était tota­le­ment inat­tendu. Elle était jeune, 52 ans seule­ment, mais elle avait beau­coup de stress car elle s’occupait de mon père. En 2016, mon père a eu un acci­dent. Il est tombé alors qu’il nettoyait nos écuries et il est devenu para­lysé. C’était quelque jours avant les Jeux Olympiques de Rio que j’ai presque eu envie de zapper, mais j’ai fini par y aller. Mon père était dans le lit de la chambre d’à côté quand ma mère est décédée. Ce furent quatre années très diffi­ciles. Mon père est devenu tétra­plé­gique à la suite de l’accident. Il a utilisé un appa­reil de respi­ra­tion arti­fi­cielle car il ne pouvait plus le faire lui‐même. Nous avions deux personnes plus ma mère pour s’occuper de mon père 24 heures sur 24. Quand ma mère est décédée, ma femme et moi avons eu beau­coup de travail car il avait besoin d’aide toute la journée. Nous avons ajouté quelques personnes à l’équipe pour l’aider.

Quand j’étais plus jeune et que j’avais des problèmes plus faciles à régler, je concen­trais toute mon énergie et ma tris­tesse sur le court. Cela m’a aidé quand j’ai grandi et que j’ai dû faire face aux problèmes de mes parents. Ce n’était pas facile, il y avait peu de temps pour se reposer. Je m’entraînais et j’utilisais mon temps libre pour rentrer chez moi et rendre visite à mon père. C’était extrê­me­ment diffi­cile, je ne pouvais pas m’arrêter de jouer. Il fallait que j’aide mon père. Au début, nous ne savions pas combien coûte­raient les trai­te­ments. Il fallait que je continue à travailler. Jouer au tennis est ce que mon père voulait pour moi. Mes parents voulaient que je réalise mes rêves, quelle que soit la situa­tion. J’ai continué à jouer et je me suis battu plus que jamais. C’était ma façon de faire en sorte que ça en vaille la peine. C’est pendant cette période horrible que j’ai joué mon meilleur tennis. Je suis sûr que les gens ne peuvent pas comprendre ça. J’étais là pour ma famille autant que je le pouvais, mais je ne pouvais pas jeter ce pour quoi j’avais travaillé toute ma vie. Je n’ai jamais aban­donné. C’était en novembre 2019, quand mon père est décédé. C’était pendant le match de Coupe Davis contre le Canada. J’ai pu être avec lui pendant ses dernières minutes et j’ai joué un match 24 heures plus tard. C’était ce que mon père voulait pour moi. Son décès était un peu inat­tendu mais ma famille savait que cela pouvait arriver n’importe quand. Même si tu t’y attends, tu fais face à la perte de ton deuxième parent. Cela m’a donné une force que les autres n’avaient pas. Les périodes diffi­ciles que j’ai vécues ont fait de moi qui je suis. Cela m’a rendu plus concentré et plus motivé. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour me battre afin de montrer à ma mère et mon père que leur dur travail en valait la peine. »