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Frances Tiafoe prend la plume en l’honneur d’Arthur Ashe : « Peu importe qui vous êtes, d’où vous venez ou quelle est la couleur de votre peau, tout le monde a la possibilité d’être quelqu’un de spécial »

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Lauréat du prix huma­ni­taire Arthur Ashe à seule­ment 22 ans, Frances Tiafoe, parti­cu­liè­re­ment ému, s’est senti obligé de rendre hommage à l’une de ses idoles. Vainqueur de trois tour­nois du Grand Chelem, Arthur Ashe était égale­ment connu et reconnu pour ses prises de posi­tions très enga­gées. Entre lutte contre le sida, défense des réfu­giés et porte parole de la cause noire, Ashe a marqué plusieurs géné­ra­tions dont Frances Tiafoe qui a décidé de lui rendre homme dans une lettre à la fois émou­vante et engagée. 

Cher Arthur,

Je n’ai pas beau­coup grandi. Mes parents sont tous deux des immi­grants de la Sierra Leone. Mon père était concierge dans une instal­la­tion de tennis dans le Maryland, et j’ai eu la chance de prati­quer le sport dès mon plus jeune âge, même si je n’avais pas l’argent ou les oppor­tu­nités que beau­coup d’autres enfants avaient. Rien de tout cela ne m’a empêché de rêver en grand. Je me suis poussé à la limite chaque jour avec un grand sourire sur mon visage. Me voici, 22 ans, et je viens d’ap­prendre que j’ai remporté le prix huma­ni­taire Arthur Ashe. Ce petit enfant aux grands rêves a main­te­nant son nom associé au vôtre. C’est insensé. 


Mais je sais que ce n’est pas seule­ment une récom­pense. C’est un immense honneur et une énorme respon­sa­bi­lité. Je ne suis plus seule­ment ce gamin souriant. Je sais que je dois porter le flam­beau et faire une diffé­rence dans le monde. Cette année, ma petite amie et moi avons réalisé une vidéo inti­tulée « Racquets Down, Hands Up » pour tenter de sensi­bi­liser le public à la mort injuste d’Afro‐Américains aux États‐Unis. Nous avons pu impli­quer de nombreux joueurs de tennis noirs, de Serena Williams et Coco Gauff à Gael Monfils et Jo‐Wilfried Tsonga. 


Je voulais que les gens sachent que tout le monde compte. Peu importe qui vous êtes, d’où vous venez ou quelle est la couleur de votre peau. Tout le monde a la possi­bi­lité d’être quel­qu’un de spécial. J’étais l’un de ces enfants qui n’avaient pas de grandes chances d’ar­river aussi loin. Gagner ce prix est juste un rappel que main­te­nant que je suis ici, je dois le payer et aider la prochaine géné­ra­tion.
Je n’ai pas eu la chance d’être là quand vous faisiez votre truc, mais je sais que vous étiez telle­ment plus grand que le tennis. Honnêtement, vous auriez pu être le président ! Quelque chose que vous avez dit une fois me colle toujours : « De ce que nous obte­nons, nous pouvons gagner notre vie ; ce que nous donnons, cepen­dant, fait une vie ». Je veux dire putain, c’est profond. Rien de ce que vous avez fait ne concer­nait vous. Vous essayiez juste d’être une personne d’abord et ensuite un athlète. Il s’agis­sait toujours d’aider les autres. C’est vrai­ment inspirant. 

L’une des choses les plus folles à votre sujet est que tout le monde connaît tout le travail que vous faites pour rendre le monde meilleur. Mais tu as gagné le Grand Chelem, mon frère ! J’aimerais pouvoir choisir votre cerveau pour décou­vrir comment vous avez réussi à réussir comme vous l’étiez sur le court tout en étant un grand huma­ni­taire. Je sais qu’é­qui­li­brer les deux n’est pas facile, surtout avec les yeux sur vous. L’une des choses les plus impor­tantes que j’ai apprise est que vous ne pouvez pas essayer de répondre aux attentes des autres. Il vous suffit de vous efforcer d’être la meilleure version de vous‐même et d’être votre propre plus grand critique. Je pense que cela m’aide à être à l’aise dans ma peau. Je sais que je donne mon maximum sur et en dehors du terrain. 

Dans le grand schéma des choses, je sais qu’il y a une horloge sur ma carrière. Je ne peux pas jouer au plus haut niveau pour toujours, mais je vivrai de très nombreuses années une fois que j’aurai raccroché mes raquettes. Ça craint que tu n’es plus là et je n’ai pas pu te rencon­trer, mais reste tran­quille mec. Vous avez toujours un impact. C’est pour­quoi je sais qu’il est égale­ment impor­tant d’avoir des objec­tifs en dehors du sport. Nous ne sommes pas que des athlètes. Nous sommes des êtres humains. Il y a plus en dehors du tennis. Je crois vrai­ment qu’au cours des deux dernières années, j’ai trouvé mon but. J’ai réalisé que j’avais la chance de fonder ma famille finan­ciè­re­ment. J’ai commencé à penser : je sais que je suis prêt et ma famille va bien. Mais n’y a‑t‐il pas plus que ça dans la vie ? Et ces enfants qui sont là où j’étais il n’y a pas si long­temps ? Il y a dix ans, je pensais que ce serait incroyable de voir le stade qu’ils ont nommé d’après vous à l’US Open. Même entrer dans le stade Arthur Ashe aurait été incroyable pour moi à l’époque, oublier de jouer là‐bas et de concourir au plus haut niveau. Je me souviens avoir eu un peu d’eau en 2014 lorsque j’ai pu jouer au Madison Square Garden. 

J’étais un gamin de 16 ans de College Park, dans le Maryland, le fils de deux parents immi­grés qui prépa­raient l’arène la plus célèbre du monde pour Novak Djokovic et Andy Murray. Tu te souviens à quel point c’était fou quand tu jouais John McEnroe là‐bas ? C’est encore fou. Il y a deux ans, j’ai parti­cipé aux quarts de finale de l’Open d’Australie et j’ai fait la célé­bra­tion de LeBron James. Le gars est l’un des meilleurs basket­teurs de tous les temps et il a commenté mon Instagram. Je me suis dit : « Attends, quoi ? » N’est‐ce pas fou ? C’est un héros d’enfance et il sait qui je suis ! Ces choses m’ins­pirent. Des petits enfants sont venus me voir et ont dit qu’ils voulaient être comme Frances Tiafoe. Cela m’épate à chaque fois.

Mais c’est pour­quoi il ne s’agit pas seule­ment de créer ma famille pour la vie. Et ces enfants ? Je veux les aider à écrire correc­te­ment leurs histoires du premier coup. S’il y a des enfants qui ne pensent pas pouvoir réaliser leurs rêves, je veux changer cela. Je crois vrai­ment que le succès est dans tout le monde. Je veux leur brosser un tableau dont ils ne savaient pas que c’était possible. Je veux les aider à en faire une réalité. Vous avez montré le chemin à tant d’entre nous, et main­te­nant je veux le donner. Je veux aider ces enfants à comprendre qu’ils doivent trouver leur passion, devenir complè­te­ment fous et obsédés par elle. 

Je rêve tous les jours. Plus impor­tant encore, je veux qu’ils soient d’abord de bonnes personnes. Vous avez toujours bien traité tout le monde et avec respect. Je veux conti­nuer à trans­mettre cela à travers les géné­ra­tions. Si des années plus tard, les gens disent que Frances Tiafoe était une sacrée personne d’abord et une athlète ensuite, je serai vrai­ment heureux. 

De toute évidence, je veux que les gens se souviennent aussi de moi comme d’un grand joueur de tennis. Je ne veux pas être un de ces gars qui était juste un bon joueur de tennis et qui a été oublié. Je veux avoir tout le paquet, sur et en dehors du court. J’ai eu la chance que des gens comme vous prouvent que c’est possible. Je sais que je dois conti­nuer à travailler tous les jours. J’ai eu la chance de gagner ma vie. Maintenant, il est temps de faire une vie. Vous avez fait plus que votre part pour le monde. Je promets que je ferai toujours la mienne.