« Il ya 90/95% de chances pour que je m’ar­rête, mais je n’ai pas encore pris de déci­sion définitive »

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En marge du tournoi Challenger en Guadeloupe, nous avons rencontré Arnuad Clément après l’en­traî­ne­ment. S’il y a de grandes chances pour le voir ranger les raquettes à l’issue de la saison, le Français n’a pas encore pris de déci­sion défi­ni­tive concer­nant la fin de sa carrière. Aujourd’hui, Arnaud souhaite prendre du plaisir sur le terrain et aborde les tour­nois comme lors­qu’il débu­tait sur le circuit. Entretien.


Comment vis‐tu cette dernière année sur le circuit ?

Plutôt pas mal pour l’instant. J’ai eu un départ diffi­cile avec une bles­sure. Mais depuis quelques semaines, j’ai l’impression que ça progresse bien. Ici, c’est un mauvais exemple car je perds au premier tour contre un joueur moins bien classé après un match pas si mauvais que ça de ma part mais un match moyen. Par contre, la semaine dernière, je réalise des choses pas mal à Miami, je sens que je monte en puis­sance douce­ment, en tout cas je suis content dans l’ensemble, suffi­sam­ment pour me faire plaisir. Maintenant, j’aimerais garder cette dyna­mique, cette stabi­lité en essayant bien sûr de jouer un peu mieux. Oui, je suis assez satisfait.


A Miami, juste­ment, tu passes un tour en battant Sela, puis tu pousses Raonic au Tie break dans le premier set. C’est ce genre de match que tu recherches cette année ? C’est le genre de perfor­mances qui motivent ?

Oui, mais après c’est surtout la notion de plaisir que je recherche. Alors, les jour­na­listes m’ont dit que c’était la première fois que je gagnais un match dans un Masters 1000 depuis long­temps, mais cet aspect m’importe peu. Je vais surtout évoluer sur des tour­nois Challenger, spécia­le­ment en France. J’axe 85% de mon travail en France. Le fait de gagner un premier tour à Cherbourg ou à Miami avec le même niveau de jeu, ça me fera autant plaisir. Donc, cette victoire à Miami c’est assez anec­do­tique. Par contre, ce qui a été positif là bas, c’est cet enchaî­ne­ment de quatre matchs où mon niveau était vrai­ment pas mal avec trois victoires et une défaite. Même contre Raonic, qui est meilleur que moi, j’ai réussi à me faire plaisir et je réalise un match qui est tout à fait correct.

Et cette défaite, ici, en Guadeloupe, ce n’est pas encore plus déce­vant en se disant qu’on n’a pas envie de rater des premiers tours comme ça, quand il d’agit de la dernière saison ?
Oui, bien sûr, mais après vous savez, je fais mon maximum. Je tombe contre Evans qui est un joueur encore irré­gu­lier mais qui peut sortir des bons matchs, et c’est ce qu’il a réalisé contre moi. Il est jeune, en pleine progres­sion, ce qui est un peu moins mon cas… Donc, voilà, j’essaie surtout de m’éclater et de donner mon maximum. Et je ne peux rien faire de plus que ça, de toute manière.

A Melbourne, après ta défaite, certains médias avaient annoncé la fin de ta carrière. Comment tu avais ressenti cela ?
Oui, c’était un média qui avait diffusé l’information, une infor­ma­tion ensuite relayée par d’autres. J’avais trouvé cela très irres­pec­tueux par rapport à moi et par rapport à mes quinze ans de carrière. Surtout par le fait qu’il n’avait pas vérifié ses sources, de plus il l’avait balancé comme ça sur internet et on sait que les choses vont très vite désor­mais sur la toile. Avec le déca­lage horaire, lorsque je me réveille, je vois des messages d’amis, de ma famille, de mes proches, de mes parents qui me demandent « mais qu’est ce que c’est que cette annonce ? » Je vois ça et je me demande vrai­ment ce qui se passe, je suis très étonné et surtout très e colère contre le média en ques­tion. Du coup, je leur avais demandé de diffuser des excuses sur leur site. Cette histoire, désor­mais, c’est du passé. Mais c’est vrai que sur le moment, j’étais très en colère et ça m’avait touché aussi. On peut ne pas bien comprendre une phrase qui n’a même pas été annoncée par moi mais on ne peut pas ne pas véri­fier ses sources un minimum. Je comprends la course à l’information, essayer d’être le premier à obtenir une infor­ma­tion impor­tante, mais cette histoire, ça ne fait pas très sérieux.

Roland Garros, cette année, ce sera le dernier, j’imagine que tu comptes y aller et ce sera forcé­ment parti­cu­lier. Comment comptes tu te préparer à cette échéance ?
Pour être tout à fait précis, par rapport à ce que j’ai pu dire sur le fin de ma carrière, aujourd’hui, il y a 90, 95% de chances que ce soit ma dernière saison, mais je n’ai pas encore pris de déci­sion défi­ni­tive à ce sujet. Voilà, l’annonce de cette fin de carrière a été relayé par plusieurs médias au début, mais je n’ai pas fait recti­fier car, dans ma tête, il y a de grandes chances que ce soit ma dernière saison. Par contre, il faut savoir que ce n’est pas défi­nitif non plus dans mon esprit. Pour l’instant, je finis la saison et en fonc­tion de beau­coup de choses, je pren­drai ma déci­sion. Mais il y a de grandes chances pour que ça arrive, il y a de grandes chances pour que ce soit mon dernier Roland. Mais j’aborde tout cela, que ce soit à Roland ou sur le reste des tour­nois, très serei­ne­ment. Après Roland, forcé­ment, ce sera un peu plus parti­cu­lier car c’est un Grand Chelem, car c’est en France mais aujourd’hui j’ai du mal à regarder dans le passé, et à me dire « atten­tion, c’est le dernier ! » J’essaie juste de préparer les tour­nois comme je l’ai toujours fait et à me faire plaisir un maximum jusqu’à la fin de l’année. Mes prépa­ra­tions et mon impli­ca­tion à l’entraînement me demandent énor­mé­ment d’énergie, c’est comme ça que je fonc­tionne pour garder le même état d’esprit qu’au début de ma carrière, pour être perfor­mant et pour prendre du plaisir sur le terrain. Par contre, si je m’étais dit que je dois prendre cette possible dernière saison à la cool, je serais nul et je ne me ferais pas plaisir. J’essaie d’aborder les tour­nois comme si c’était une saison normale, comme je l’ai toujours fait. Aujourd’hui, ça ne me touche pas plus que cela émotion­nel­le­ment. Quand la fin de saison se rappro­chera et que j’aurai pris certaines déci­sions, ce sera sûre­ment diffé­rent. Aujourd’hui, je suis le même joueur qu’il y a trois ans dans ma manière de me préparer et d’aborder les matchs.

As‐tu déjà reçu des propo­si­tions pour l’après carrière ?
Non, non, aujourd’hui, je suis dans ma saison. Sans doute, des oppor­tu­nités vont se présenter et ma déci­sion dépendra en partie de ça. Ce sera un ensemble de choses qui moti­vera ma déci­sion, mais aujourd’hui, il n’y a rien de concret, rien de clair en tout cas, rien de très précis.

Le capi­tanat en Coupe Davis, ça pour­rait faire pencher la balance ?
Bien sûr, que devenir capi­taine peut faire pencher la balance, mais je pense que ce n’est pas le moment d’en parler, ça me dérange un peu. Les médias en parlent très tôt. Il y a tout d’abord une campagne, puis une rencontre qui va se faire dans une dizaine de jours. Maintenant, ce serait super exci­tant, fantas­tique, d’être choisi par les joueurs. Ce serait une chance incroyable de faire partie de cette aven­ture là. Aujourd’hui, la parole appar­tient plus aux joueurs, qu’aux candi­dats poten­tiels. Voilà, qu’ils fassent leur saison, qu’ils discutent ente eux de leur choix. De toute façon, ce sera forcé­ment beau car ils donne­ront la légi­ti­mité au futur capitaine.

De votre envoyé spécial au Gosier

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A propos de l’auteur

Vincent Esse

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.