Le circuit tradi­tionnel est‐il en danger ?

44

En cette période de trêve hiver­nale, de nombreuses exhi­bi­tions fleu­rissent un peu partout dans le monde avec des plateaux qui feraient rougir n’importe quels tour­nois ATP 250. L’IPTL en Asie, qui s’est offert Roger Federer ou encore Novak Djokovic, rencontre un vrai succès popu­laire et média­tique dans la région. Cette semaine se déroule en France l’Open de Caen, tournoi‐exhibition qui aligne un Roberto Bautista Agut (15eme), David Goffin (22eme) ou encore Richard Gasquet (26eme).

Aujourd’hui, on pour­rait se demander si fina­le­ment ces exhi­bi­tions qui proposent beau­coup d’argent aux joueurs ne vont‐elles pas remettre en cause le circuit traditionnel ? 

Le débat a le mérite d’être lancé. Le direc­teur général de la Fédération fran­çaise de tennis, Gilbert Ysern, s’est exprimé à nos confrères du Monde ce dimanche et n’a pas caché son inquié­tude pour l’avenir du circuit tradi­tionnel juste­ment. Une décla­ra­tion plutôt lucide sur l’état actuel de la situa­tion. Extraits.

« Avec cette espèce de déré­gu­la­tion du marché, le risque est réel. Jusqu’ici, il y avait une espèce de valeur établie de ce que pouvait raison­na­ble­ment espérer gagner un joueur selon son niveau et selon les tour­nois, entre les Grand Chelem, les Masters 1000 et les autres. Là, un grand désordre s’ins­talle. Oui, il y a un risque que les joueurs consi­dèrent que ça ne vaut plus la peine de jouer un certain nombre de tour­nois. Les tour­nois du Grand Chelem et les Masters 1000 ne sont évidem­ment pas concernés, puisque l’enjeu de ces tour­nois va bien au‐delà de l’enjeu finan­cier. Mais les autres paient des garan­ties aux meilleurs joueurs pour qu’ils viennent, et ce nouveau marché d’ex­hi­bi­tion avec des rému­né­ra­tions de folie a forcé­ment un impact sur les tour­nois au niveau des garan­ties. Aujourd’hui, la plupart des tour­nois ne peuvent pas s’ali­gner sur ce que réclament les joueurs, parce que, d’une certaine façon, toutes ces exhi­bi­tions laissent penser que la valeur de ces joueurs s’éta­blit au niveau où ils sont payés pour aller jouer ces exhibions‐là. Du coup, ils consi­dèrent qu’il valent « tant » par pres­ta­tion, et évidem­ment, les petits tour­nois ne peuvent pas s’ali­gner sur le « tant » en ques­tion. Et ces tour­nois peuvent être en diffi­culté s’ils n’ar­rivent pas à faire venir une ou deux stars, parce que c’est ces joueurs‐là que les gens veulent voir. »

Plusieurs problé­ma­tiques peuvent donc être soule­vées. Avec de telles garan­ties finan­cières sur ces exhi­bi­tions, un joueur touche­rait plus en y parti­ci­pant qu’en venant jouer un tournoi ATP 250 par exemple. Si le top 10 ne rentre­rait pas direc­te­ment dans ces consi­dé­ra­tions, un joueur qui pointe entre la 15eme place mondiale jusqu’à la 35eme place, va surement avoir plus de diffi­cultés à gagner un ATP 250 qu’un tournoi exhi­bi­tion où les règles peuvent être adap­tées, comme on peut le voir à l’Open de Caen où Gasquet et Bautista Agut débutent direc­te­ment en demi‐finale. Et surtout, les garan­ties finan­cières pour un effort moins impor­tant ne sont pas les mêmes. Le mérite revient évidem­ment aux orga­ni­sa­teurs d’avoir su réunir un tel plateau, ce n’est pas le problème. 

Mais un orga­ni­sa­teur d’un tournoi ATP 250 a de quoi être inquiet quand il construira son budget si certains joueurs restent dans la dyna­mique de ces exhi­bi­tions. En même temps c’est un peu le serpent qui se mord la queue puisque le niveau de la garantie est forte­ment liée au clas­se­ment du joueur.

C’est pour­quoi, il faudrait quand même aborder le sujet de façon concrète. Le direc­teur de l’Open 13 de Marseille, Jean‐François Caujolle, avait d’ailleurs déjà soulevé ce problème en février dernier. « La situa­tion des tour­nois 250 est à revoir. On est aujourd’hui la part la plus impor­tante de l’ATP en termes de tour­nois. J’ai l’impression qu’on est un peu à l’époque préré­vo­lu­tion­naire (…) Aujourd’hui il y a neuf Masters 1000, treize tour­nois 500 et quarante tour­nois 250 et on est traité comme le Tiers état… » Le message a le mérite d’être clair.

Et il faut espérer que l’ATP ne reste muette. De toute façon, ses diri­geants savent aussi que le déve­lop­pe­ment passe par l’Asie. Alors pour­quoi ne pas installer une tournée asia­tique plus consé­quente avec plus de tour­nois dans cette zone du globe. La WTA l’a déjà compris avec une très forte hausse des compé­ti­tions en Asie et notam­ment le Masters qui se déroule depuis cette saison à Singapour.

Désormais, c’est à vous de nous dire si oui ou non le circuit tradi­tionnel est en danger.

sondage

Kdotennis pour Noël, la bonne solu­tion pour les amou­reux de tennis de Rafa et de Roger

Vous cher­chez un cadeau original et exclusif pour un passionné de tennis ?

Foncez vite sur Kdotennis.com

A propos de l’auteur

Loïc Revol

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.