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Petites et grandes histoires du Masters de Londres

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Le Masters vient de s’achever par le sacre d’un Maître russe. Si la finale a montré l’étendu des progrès de Nikolay Davydenko, notam­ment au service et dans le jeu au filet, ce Masters 2009 n’a pas atteint les sommets tennis­tiques espérés.

Nikolay Davydenko a donné une leçon tech­nique et tactique à Juan Martin Del Potro en finale du Masters de Londres. Le Russe s’est mué en géomètre pour couper les jambes et anni­hiler la puis­sance du numéro 5 mondial. Mais cette finale avait un goût d’inachevé. Comment ce tournoi, que l’on consi­dère souvent comme le cinquième événe­ment le plus impor­tant du calen­drier tennis­tique, peut‐il se passer de passion et d’une certaine folie ?

Si le niveau a semblé se resserrer, le tennis joué dans l’O2 Arena n’a pas atteint les sommets de l’Open d’Australie ou encore du dernier US Open. Roger Federer et Juan Martin Del Potro n’ont pas été au niveau qu’ils affi­chaient en demi‐finale de Roland Garros ou en finale à New‐York. La saveur des Grands Chelems amène le Suisse dans une autre dimen­sion, et pousse tout le monde vers le haut. Peut‐être incons­ciem­ment, le numéro 1 mondial semble moins concerné, moins intense dès que les matchs ne se jouent pas au meilleur des cinq manches. Même s’il avait l’occasion de rejoindre Ivan Lendl et Pete Sampras dans la légende du Masters avec un cinquième titre, et on connaît son goût pour les petites et les grandes histoires du tennis, Federer n’était pas trop atteint par ses défaites, contre Del Potro lors du dernier match de poules, et en demi‐finale contre Davydenko, lui qui s’horripilait du moindre petit accroc. 

Pour la première fois depuis des années, le tournoi des Maître n’a pas donné lieu à un match mémo­rable, ou une démons­tra­tion tennis­tique. L’année dernière, le duel entre Andy Murray et Roger Federer nous avait comblé. Ce même Suisse nous avait éblouis de toute sa classe lors des éditions 2003, 2004, 2006 et 2007. David Nalbandian avait refusé une défaite promise en 2005 contre le numéro 1 mondial en remon­tant de deux manches à zéro. En 2002, Hewitt s’était imposé par la grâce d’un quasi miracle, sortant des poules de justesse, avant d’arracher une victoire en demi‐finale contre le jeune Federer encore en construc­tion, et de conclure une finale sans fin en battant Juan Carlos Ferrero 7–5, 7–5, 2–6, 2–6, 6–4.

L’absence des numéros 2, 3 et 4 mondiaux dans le dernier carré ont montré les limites actuelles de Rafael Nadal et d’Andy Murray, le cas Novak Djokovic se diffé­rencie par ses dernières semaines brillantes et un Davydenko plus haut que jamais. Le cham­pion de Majorque, qui a toujours peiné en salle malgré quelques résul­tats probants, n’a jamais été à son aise durant ce Masters. Avant le tournoi, Mats Wilander s’avançait sur le chro­nique de défaites annon­cées. « Robin Soderling a montré à Roland Garros comment battre Nadal. Des gars comme Nicolas Almagro et Tommy Robredo savent désor­mais comment l’af­fronter. Rafa ne joue pas moins bien mais ses rivaux savent ce qu’ils doivent faire. Sincèrement, je ne le vois pas arriver jusqu’en demi‐finales. » L’Espagnol parlait plus « d’un manque de confiance », notam­ment dès qu’il s’agissait de passer à l’offensive. Flamboyant dans la tran­si­tion défense‐attaque l’année dernière et au début de cette saison, Nadal ne comp­tait plus que sur son jeu de contre. Insuffisant contre les meilleurs joueurs du monde. 

La seule drama­tique que le Masters nous a réservée a fina­le­ment tourné à la caco­phonie. Le jeudi, lors de la dernière journée du groupe A, il a fallu attendre une demi‐heure pour savoir qui, d’Andy Murray ou de Juan Martin Del Potro, se quali­fiait pour les demi‐finales. L’Argentin a gagné sa place pour le dernier carré pour un jeu, 45 gagnés et 43 perdus, contre 44–43 pour l’Écossais. Ce dernier s’était battu contre Verdasco et contre lui‐même lors de son dernier match, et il ne pouvait que s’en vouloir d’avoir manqué d’autorité contre un Espagnol qui a manqué tout au long du tournoi de la soli­dité mentale néces­saire face aux tout meilleurs joueurs du monde.

Dans ces moments‐là, nous ne pouvons que militer pour le retour d’une finale en cinq manches. Ces matchs ont fait la légende du Masters, et défi­nissent l’essence même du tennis. Comment oublier les retour­ne­ments de situa­tion de David Nalbandian sur Roger Federer en 2005, 6–7(4), 6–7(11), 6–2, 6–1, 7–6(3) ou d’Alex Corretja contre Carlos Moya en 1998, 3–6, 3–6, 7–5, 6–3, 7–5 ? Comment ne pas se souvenir des finales hallu­ci­nantes dispu­tées par Boris Becker, gagnée face à Ivan Lendl en 1988, 5–7, 7–6(5), 3–6, 6–2, 7–6(5), et perdue contre Pete Sampras en 1996, victoire de l’Américain 3–6, 7–6(5), 7–6(4), 6–7(11), 6–4, qui se défi­nissent comme les deux plus grands matchs du tournoi des Maîtres, et qui demeurent pour toujours dans l’histoire du jeu ? 

Le récon­fort de ce manque d’extase a été apporté par Davydenko. Le Russe, maître sur le court, s’est doublé d’une couronne de roi des confé­rences de presse. Avec son air détaché, son auto­dé­ri­sion, son humour pince‐sans‐rire, il y a un côté Pierre Desproges chez ce joueur, qui a balancé quelques vérités sur le tennis et sur sa vision de son sport. « Cela m’im­porte peu ce que les gens disent, sur Nadal ou sur Federer. Je n’écoute personne. Continuez à parler de Nadal. Ainsi, je n’ai pas de pres­sion et je peux jouer mon meilleur tennis, et je gagne. Comme personne ne m’at­tend, c’est proba­ble­ment bon pour moi et c’est facile pour gagner les tour­nois. » Loin de toute consi­dé­ra­tion marke­ting ou de spon­sors, le numéro 6 mondial, qui « espère qu’après ce tournoi (il sera) plus reconnu en Russie », pour­rait se définir par un autre artiste fran­çais, Georges Brassens, par sa façon d’avancer seul.

« Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on

Est plus de quatre on est une bande de cons.

Bande à part, sacre­bleu ! C’est ma règle et j’y tiens.

Dans les noms des partants on ne verra pas le mien. »

De votre envoyé spécial à Londres

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