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Rafael Nadal : « Je suis un meilleur tennisman, mais je ne peux pas courir »

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Etonnante cette fausse polé­mique montée en épingle par la presse après les décla­ra­tions inquié­tantes de Toni Nadal au point que Rafa de retour de vacances en Egypte avec ses parents se sente obligé de dire que tout allait bien, Madame La Marquise. Etonnante quand on se remé­more l’in­ter­view que Rafa a lui même donné au journal espa­gnol El Pais le 20 novembre dernier pendant les Masters de Shanghai. Arrivé avec un ballon de foot au pied, et jonglant avec Federer dans le Players Lounge, Rafa avait déjà tout expliqué de ses problèmes physiques. GrandChelem vous a retrouvé et traduit inté­gra­le­ment cette inter­view vérité. 

Rafael, tu as joué toute l’année sans préparation physique. 

Je ne l’ai jamais dit parce que ça sonne­rait comme une excuse. Je n’aime pas parler de mes lésions. Je travaille mon physique chaque jour mais je ne peux pas courir. Maintenant, dans la pre‐saison 2008, je vais essayer. Depuis mon problème au pied en 2005, je fais atten­tion et j’évite de courir. Cela se remarque. Je dois travailler le physique au fur et à mesure des parties et j’ai du mal parce que je n’ai pas de base. 

Comment as‐tu compensé cela ? 

Je nage, je cours dans la piscine pour faire du fond, je fais de l’aviron, de la bicy­clette, des exer­cices sur machine… Mais par expé­rience je sais que ce n’est pas la même chose que de courir. Ca ne te donne pas la même confiance. C’est dur. 

C’est pourquoi tu ne peux pas placer les contre‐attaques qui ont fait ta réputation ? 

Il s’agit de tenir le choc, de lâcher toujours et encore une balle très haute, très longue, qui soit la meilleure que je puisse envoyer. Inconsciemment, mon jeu s’est adapté à ces problèmes. Maintenant je ne peux pas le faire en étant tout le temps agressif, mais avec des petits pas plus courts, en essayant de ne pas forcer autant sur les appuis. Parfois c’est un obstacle. Psychologiquement t’es cham­boulé. Tu te dis : « Putain ! Si physi­que­ment je pouvais être aussi bien qu’en 2005. Avec le meilleur tennisman que je suis maintenant!’. 

Tu as toujours joué en pensant être le numéro un. Maintenant, Novak Djokovic est en train de vous menacer tous les deux, avec Federer. 

Moi je me suis toujours plus préoc­cupé de ceux qui étaient derrière que ceux de devant. Federer a toujours été très loin. A un certain moment de la saison, la presse a commencé à dire que je pouvais être numéro un à la fin de l’année. Dans le clas­se­ment annuel, il était devant et il avait beau­coup de choses à défendre. La partie clef a été la finale de Wimbledon. 

Que s’est‐il passé dans le vestiaire après la fin de ce match ? 

J’ai bien supporté la céré­monie, j’ai fait bloc pour ne pas m’écrouler comme un enfant. Quand je suis arrivé vers les vestiaires, comme il paraît assez normal quand on a perdu la finale d’un tournoi où on s’est fait beau­coup d’illu­sions, surtout contre le numéro 1 et avec beau­coup d’oc­ca­sions, je me suis mis à pleurer de rage, de tris­tesse. Ca été l’unique partie de l’année pour laquelle j’ai pleuré et une des rares dans ma vie. J’ai été effondré pendant 20 à 25 minutes. Quand les gens ont commencé à venir me voir, c’était la piscine. Ils venaient pour me récon­forter et me remonter le moral. Je les ai remercié mais je leur ai demandé de me laisser seul. Je n’aime pas que l’on me voie pleurer. 

Avant ça, Toni, ton oncle et entraîneur, a proposé d’arrêter de t’entraîner. 

Au début de l’année, quand les choses étaient au plus mal, je n’ai pas donné suite. Je lui ai répondu non. Ce n’était pas le problème. L’image que j’avais de moi c’était celle d’une personne en colère qui veut abso­lu­ment changer la situa­tion. Toni est et restera mon entraîneur. 

Qu’as‐tu appris ?

A avoir un peu plus de patience. J’ai aujourd’hui plus d’ex­pé­rience. C’est impor­tant quand les choses ne vont pas si bien. Quand les choses vont mal, je deviens nerveux, mais je sais que logi­que­ment je vais de nouveau bien jouer. Si ce n’est pas demain, ce sera dans deux semaines, un mois, trois ou cinq. Une fois que tu as été en haut et que t’as démontré à tes semblables ce que tu peux faire.…. par exemple que tu es le numéro deux, tu ne dégrin­goles pas comme ça. C’est le truc le plus impor­tant de cette année. Je suis resté huit mois sans gagner un titre et j’étais inquiet. Quand j’ai gagné à Indian Wells, j’ai commencé à rejouer à un haut niveau. Souvent ce dont tu as besoin, c’est d’un déclic. 

Tu as changé ton jeu pour l’emporter à nouveau ? 

Sur terre battue, je suis énor­mé­ment monté au filet et j’ai eu un style de jeu un peu diffé­rent, toujours avec ma base de lutte et une haute inten­sité de jeu. Maintenant je peux couper la balle, monter et passer avec une certaine assu­rance. Je me suis égale­ment amélioré sur le service. En vérité, il me manque un peu d’ac­cé­lé­ra­tion et cette confiance qui me donnent ces 10–12 km en plus de vitesse pour que le service soit bon. 

Il te manque aussi un peu plus d’agressivité sur le reste. 

Oui je l’ou­blie quelque fois. C’est une chose que je dois travailler parce qu’elle ne m’est pas naturel. Il faut que je sois acculé au fond pour que je me mette à faire très mal. Je joue trop en défense, je ne me rends pas compte que je dois être à nouveau agressif. 

Est‐ce qu’on t’interroge plus que les autres sur la question du dopage ? 

Je ne me sens pas persé­cuté, ni même maltraité. Mais beau­coup de choses me paraissent ridi­cules. Quand j’ai fini la partie avec Federer, j’ai du rester jusqu’à minuit parce que je n’ar­ri­vais pas à faire pipi. J’ai du manger sur place. 

Maintenant un cas positif est sanctionné de quatre années. 

Un « Frenadol », un « Vicks Vaporub »…, c’est du dopage. Nous devons prendre conscience qu’une simple négli­gence c’est du dopage. Si Martina Hingis a pris de la cocaïne, elle croit que cela peut aider ? Pour moi, pas du tout. Quant à lui détruire son image pour ça. La drogue ça me répugne, mais il y a des choses qu’on ne peut plus laisser dire. Les joueurs doivent être plus soli­daires, faire preuve de force, protester. Il nous manque l’union. Je m’en vais tout décembre et je dois dire chaque jour où je vais être. C’est ridi­cule. Tu te dis : « Qui suis‐je pour qu’ils me traitent comme un délinquant ? » 

Pourquoi a t‑on l’impression que Federer se blesse moins ? 

Par son calen­drier et parce qu’il joue d’une manière qui fait qu’il est plus diffi­cile qu’il se blesse. Il joue avec plus d’am­pleur. Federer possède des capa­cités innées impres­sion­nantes, qui lui permettent d’y arriver mais avec beau­coup moins de labeur. Je ne pense pas que je me blesse plus que d’autres. C’est un tout petit problème. Il n’y a qu’à Marseille où je ne me suis pas présenté. 

Mais tu n’as pas joué la finale de Roland Garros en étant blessé ? 

J’ai joué tout Roland Garros avec le pied endormi, infiltré et sous anes­thésie. Je n’ai pas voulu aller à l’hô­pital pour ne pas avoir à me prendre la tête. Je savais que ce n’était pas sérieux. Ca me faisait juste mal. Je suis allé à l’hô­pital après la finale et j’avais une petite contusion. 

En 2005 ta lésion au pied t’a beaucoup affectée. Cette année c’était les genoux. Cela t’a autant affecté ? 

C’est diffé­rent. Je voyais une porte de sortie. Je savais ce que j’avais. Je jouais parce que c’était l’US Open, mais menta­le­ment je n’étais pas très frais. Je ne voyais rien clai­re­ment. J’étais mal.. J’ai fait des analyses à Majorque et tout allait assez mal : les défenses, le taux de fer… Le médecin m’a donné une semaine de repos et je suis parti à Ibiza. Cela a été une des meilleures semaines de ma vie. 

Qu’as‐tu pensé quand Federer a perdu contre Gonzalez ? 

Que c’était un miracle. 

Est‐ce un problème que la saison de terre soit si concentrée ? 

C’est un grand incon­vé­nient. Je passe deux mois à jouer mille matches avec la pres­sion pour gagner. Federer, c’est diffé­rent. Il a beau­coup de semaines sans rien. Moi, sans les points de terre, je ne serais pas à Shanghai. J’ai fais une très bonne saison hors de terre, mais sans cette tournée, je serai mal toute l’année. 

Tu t’es senti saturer ? 

A Hambourg j’y suis encore arrivé en me surpas­sant. Mais il y a eu un moment où ma tête a explosé, par dessus tout contre Federer. J’arrivais de quatre ou cinq semaines en ayant joué une finale chaque semaine, avec des parties dures et de la pres­sion. On pense toute la journée à la même chose. Il arrive un moment où tu es fatigué. 

Les Chinois sont surpris par le contraste entre ta personnalité tranquille et ton image guerrière. 

Je ne fais rien de très diffé­rent de ce que sont les jeunes gens normaux qui ont 20 ans. Je suis un garçon normal et commun.

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