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Simon : « ll faut bien reconnaître que seule l’image compte dans ce cirque médiatique »

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Gilles Simon accorde rare­ment des inter­views et pour­tant lors de ce Monte‐Carlo 2017, il lâche du lest et prend le temps de nous faire des confi­dences. Comme l’en­tre­tien démarre mal, on le centre vite sur le rôle des médias. Gillou y trouve un vrai sujet pour se lâcher. Cet entre­tien est un vrai petit bijou qu’il fallait abso­lu­ment vous offrir à nouveau pendant cette période de confinement.

Lorsque tu rangeras ta raquette, qu’aimerais-tu que l’on dise de toi. Quel mot symbo­li­se­rait ta carrière  ?
J’aimerais que l’on ne dise rien de moi. De toute façon, cela ne m’intéresse pas.

On y vient, on a vrai­ment l’impression que l’exercice avec les médias te pèse, on se trompe  ?
Évidemment que cela me pèse car vous êtes toujours à côté de la plaque. Sur la durée, c’est fati­gant, lassant. J’essaye pour­tant à chaque fois d’être didac­tique mais je ne sais pas comment dire. Vous ne chan­gerez jamais. Rendez vous compte que j’ai souvent dix fois la même ques­tion. Aujourd’hui, le thème c’était Novak Djokovic et le fait que vous aviez décrété qu’il n’est plus le même (NDLR : L’entretien a été réalisé à Monte‐Carlo après sa défaite en trois sets face au Serbe au 1er tour). Or l’idée qu’il a changé ça ne veut juste rien dire du tout. Comme tous les êtres humains, il a des hauts et des bas. Mais pour­quoi voudriez‐vous qu’il ait changé  ? Cela reste le même joueur quoi qu’il se passe. En fait, vous vivez en cercle fermé, c’est votre gros problème.

Y‑a‐t‐il une solu­tion pour que l’on s’améliore  ?
Oui, il faut regarder ce qu’il se passe sur le terrain et pas ce que vous avez envie de voir. Le problème c’est que vous écrivez beau­coup, notam­ment avant le match en expli­quant souvent ce qu’il va se passer et si par malheur le match ne tourne pas comme vous l’avez prévu vous ne changez pas d’avis. C’est consternant.

C’est le cas pour tous les inter­lo­cu­teurs  ?
Non, certains sont plus perti­nents que d’autres car ils connaissent mieux le jeu. Mais pour résumer la situa­tion, si je bats Novak aujourd’hui quoi qu’il arrive c’est lui qui aura fait un mauvais match. C’est déjà écrit qu’il ne va pas bien. Donc on m’aurait même volé ma victoire. C’est cela qui est dingue. Alors, j’ai envie de vous dire que si vous voulez bien faire votre travail il faut juste bien regarder ce match comme celui de l’Australian Open en 2016 et à ce moment là peut‐être que vous pourrez avoir un avis objectif.

Est‐ce que votre rôle n’est pas de nous éduquer, de nous donner des clés  ?
C’est ce que j’essaye de faire constam­ment mais j’ai l’impression que c’est inutile, que cela ne peut pas changer. Après je suis aussi le seul dans cette posi­tion car je ne gère pas mon image média­tique, cette idée ne me concerne pas.

Les autres ne feraient que ça alors, ils répon­draient tran­quille­ment à nos ques­tions idiotes pour gérer leur image ?
Là vous inter­prétez. Chacun dit ce qu’il veut et il y en a qui expliquent aussi ce que l’on veut entendre. Moi, j’essaye simple­ment d’être juste. Et pour revenir par exemple à mon match face à Novak Djokovic, j’aimerais bien qu’un jour­na­liste soit capable de m’expliquer pour­quoi et comment Novak Djokovic était moins bien aujourd’hui qu’à l’Open d’Australie où il avait commis 100 fautes directes.

Le problème semble inso­luble puisque vous êtes sur le terrain et que nous sommes en tribunes…
Oui, mais je le répète votre avis ne dépend pas de ce qui se passe sur le court alors que c’est votre travail norma­le­ment de regarder le match et d’essayer de comprendre ce qui se passe.

Est‐ce lié à un manque de culture tennis­tique, de forma­tion  ?
Je dirais que c’est une habi­tude, une routine. Je répète, vous vivez en circuit fermé. Vous racontez toujours la même chose encore et encore.

Et les consul­tants, ils sont plus compé­tents  ?
Pas toujours, car à la fin, le consul­tant va vivre dans votre milieu, et il sera conta­miné. Ce qui est terrible c’est que l’on demande souvent au consul­tant de nous expli­quer ce qui va se passer. À partir du moment où on lui demande de nous dire ça c’est foutu car il va vouloir voir ce qu’il a dit. Jamais je n’ai entendu un consul­tant dire : je ne sais pas. Pourtant ce serait souvent la bonne réponse.

Et vous le poste de consul­tant, ce n’est pas quelque chose qui vous attire  ?
C’est hors de ques­tion car cela repré­sente tout ce que je déteste.

Si on vous écoute, les confé­rences de presse d’après match ne servent à rien  ?
Je crois qu’elles sont assez inutiles mais c’est comme ça.

Donc vous ne serez jamais consul­tant mais peut‐être coach, direc­teur d’une académie, d’un tournoi  ? 
J’ai effec­ti­ve­ment envie d’être actif quand ma carrière sera terminée. Pour l’instant ce n’est pas encore d’actualité. De toute façon, le tennis est ma passion donc je ne me vois pas l’abandonner. Et pour revenir au poste de consul­tant, ce n’est pas être dans l’action, il s’agit juste de raconter des histoires.

Lors du média day à Monte‐Carlo, Jo‐Wilfried Tsonga a pris le soin de lire une lettre pour faire une mise au point avec les médias, qu’en penses‐tu ? 
Je ne peux pas répondre à cette ques­tion car je ne sais pas ce qu’il s’est réel­le­ment passé. Cela ne m’intéresse pas. De plus, si je veux savoir ce que pense Jo, j’ai une solu­tion simple, je l’appelle et on discute. Là sur cet événe­ment, tout sera un peu déformé donc le mieux au final c’est d’aller à la source. Après pour Jo, c’est particulier.

Pourquoi pour Jo c’est parti­cu­lier  ?
Je dirais qu’il y a des joueurs qui sont assez soucieux de ce que les médias disent d’eux. Cela peut les toucher, les blesser. De fait, quand ils pensent que les choses publiées sont inexactes ou nuisent à leur image, ils y répondent en voulant réta­blir leur vérité. Moi, à vrai dire, je ne suis pas cette logique. Je ne vous donne même pas ce pouvoir. Écrivez ce que vous voulez, cela m’importe peu, je ne le lis même pas. C’est drôle parce que parfois j’ai même été menacé. On m’a expliqué que mon atti­tude pouvait avoir des consé­quences que je n’évaluais pas comme celle de me faire une « mauvaise presse ». Cela m’a fait sourire. Après je comprends aussi que cela puisse être désar­mant pour vous car vous n’êtes pas habi­tués à ce que l’on tienne ce discours. Je déplore d’ailleurs cette situa­tion mais il faut bien recon­naître que seule l’image compte dans ce cirque média­tique. Et ce petit « délire », je ne veux pas en être complice. Il se dit beau­coup de choses, les entou­rages jouent aussi un rôle impor­tant. On a essayé de m’expliquer que c’était déter­mi­nant, qu’il fallait que je m’y soumette. Je cherche toujours à comprendre pourquoi.

On ne peut vous contre­dire sur ce point, mais est‐ce que les réseaux sociaux n’ont pas aussi accé­léré ce mouve­ment  ?
On est tous diffé­rents. J’ai deux trois neurones qui fonc­tionnent correc­te­ment. Donc si je devais dire des choses adéquates pour être aimé, je t’assure que je saurais le faire. Mais je n’ai pas ce besoin. Je veux juste dire ce que je pense. Et je ne veux pas que les médias ou qui que ce soit ait une emprise sur moi. Roger Federer, le jour où il fait un revers dans le filet et que le stade se lève contre lui, il est perdu. Il fait de la « com » toute la journée. Il enchaîne les inter­views comme une machine. Il peut faire cela pendant trois heures. Et cela a visi­ble­ment une bonne influence sur son mental. Il a besoin de ça. Quand tu le joues à Roland‐Garros, les gens sont pour lui. Ils pensent qu’il est français.

La recherche de recon­nais­sance, ce n’est pas donc pas votre truc  ?
Non, quand j’ai fini mon match, je sais si j’ai été bon ou pas. Je n’ai pas besoin de raconter des histoires.

Avec ce constat, avez‐vous conscience de vous margi­na­liser un peu ?
C’est ce que l’on me dit. Mais en 10 ans, personne n’est venu me voir en me prou­vant que je disais des conne­ries. Donc main­te­nant, je fais ma confé­rence de presse et tout va bien.

On va finir sur un sujet qui vous tient aussi à cœur, la Coupe Davis. Vu de l’extérieur, les années passent et l’ambiance ne change pas vrai­ment..
(Il marque un temps d’arrêt). La Coupe Davis est un sujet qui est plus dur moi. Tu as compris pour­quoi ? J’aime bien poser des ques­tions parce que cela t’oblige à réflé­chir (rires).

A cause de l’idée de la nation ?
Non, tout simple­ment parce que ce que je dis n’implique pas que moi, mais l’équipe. Donc c’est le seul moment où je suis aussi obligé de lire ce qu’il se dit. Mais cela fait partie des règles du jeu, je le sais.

J’insiste. Pour nous, il y a caco­phonie au sein du team France, partagez‐vous ce point de vue ?
Je ne partage pas cette idée. Chacun a le droit de parler. L’essentiel, c’est que cela soit fait dans l’idée d’aider le groupe. Et donc forcé­ment le groupe est plus fort que l’individu. Il faut donc savoir se fixer des limites. Quand on joue pour soit on est forcé­ment centré sur ce qui nous fait du bien. Là, le groupe doit passer avant donc il ne s’agit pas de dire des choses qui peuvent nuire à la cohé­sion de l’équipe.

Ok, ça j’ai compris, mais qu’en est‐il concrè­te­ment de l’ambiance entre vous ?
En 10 ans, il n’y jamais eu de problèmes de joueurs. Il n’y a jamais eu de propos néga­tifs de Richard, Jo, Gaël ou Moi nous concer­nant. C’est tout ce que je peux te dire.