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Mahut‐Isner, in the zone

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Nicolas Mahut retrouve John Isner en huitièmes de finale du tournoi de Newport. Le Français, vaincu 6–4 3–6 6–7(7) 7–6(3) 70–68 au premier tour de Wimbledon 2010, puis en trois sets dans le remake de 2011, aura à coeur de rompre la malé­dic­tion, toujours sur gazon, mais au meilleur des trois manches. Pour le plaisir, avant cette rencontre qui devrait se dérouler vers 21h00 heure fran­çaise, on se replonge dans leur épopée stra­to­sphé­rique et intem­po­relle. Ce fameux match de plus de 11h00 avait été sélec­tionné dans les 40 de « Grand Chelem, mon amour », notre ouvrage repre­nant les plus grands matches de ces dix dernières années, dans les tour­nois majeurs. Il avait fait l’objet d’une chro­nique parti­cu­lière, « In the zone », écrite par votre servi­teur. La voici, pour vous faire revivre ce petit moment d’Histoire.

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IN THE ZONE

John Isner bat Nicolas Mahut, 6–4 3–6 6–7(7) 7–6(3) 70–68 – Wimbledon 2010 – premier tour

La vie est faite de hasards et d’imprévus. Le para­doxe se cache derrière la plus humble des bana­lités, comme l’aurore boréale illu­mine la plus clas­sique des nuits, ou la comète traverse des cieux anodins. Le match entre John Isner et Nicolas Mahut, au premier tour du tournoi de Wimbledon, en 2010, est de ces phéno­mènes, surgis­sant du commun et méta­mor­pho­sant l’ordinaire en extra­or­di­naire. Mieux que l’aurore boréale ou la comète fugace – toujours surpre­nantes, mais sûre­ment prévi­sibles –, cette rencontre a jailli de nulle part : rien ne lais­sait supposer qu’une partie de tennis entre les 19ème et 148ème joueurs mondiaux accouche d’une expé­rience unique. 11h05, trois jours et un dernier set de plus de huit heures, inter­rompu par la nuit à l’issue de la deuxième journée… John Isner et Nicolas Mahut, joueurs communs, dispu­tant un match parmi 64 autres, serveurs‐volleyeurs appré­ciant la briè­veté et l’efficacité, sur une surface dite, histo­ri­que­ment, rapide, étirent, étirent le Temps et font, d’une boule compacte – car le Temps est un bloc –, un élas­tique étendu jusqu’au point de rupture. La rupture, c’est cet ultime passing d’Isner en revers, qui voit ses 2m06 s’écrouler et partir en chan­delle, avant d’aller étreindre un Mahut au regard embras­sant le néant. « Il n’y a pas de hasard, seule­ment Dieu qui passe inco­gnito », disait Albert Einstein. A croire qu’une présence a visité et habité ce court numéro 18, du 22 juin, 18h18, au 24, 16h48, animant ses deux acteurs d’un surplus d’existence. « Il a fallu un concours de circons­tances impro­bable pour atteindre ce résultat‐là », explique Mahut. « Le tennis ne rentre plus en compte. On n’est plus dans l’ordre du possible. » Après avoir rendu l’impossible possible durant 11h05, John Isner et Nicolas Mahut sont retournés à leurs poten­tia­lités quoti­diennes. L’Américain n’a pas gagné Wimbledon, le Français n’est pas devenu numéro un mondial… Ces trois jours de juin 2010, dans la torpeur verdoyante du All England Club, restent une paren­thèse. Une paren­thèse en surbrillance, l’affirmation d’une singu­la­rité dans la bana­lité. « Cela va me suivre jusqu’à la fin de mes jours. »
« Grand Chelem, mon amour – 2001–2011, 40 matches de légende », page 54, chapitre « Je t’aime à la folie »

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A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.