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Federer‐Del Potro : Crépuscule admirable

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Voici le texte de Leo Salmon, primé comme « Dauphin » de l’oeuvre de Roro à notre concours autour de « Grand Chelem… mon amour ». Quelques retouches, pas plus ; bravo à lui !

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Federer, Nadal, Djokovic, Safin, Sampras, Agassi… A vous la plume !

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Roger Federer bat Juan Martin Del Potro, 3–6 7–6 2–6 6–1 6–4 – demi‐finale de Roland Garros 2009

La lueur du crépus­cule est toujours la plus belle. Celle qui se couche sur la Porte d’Auteuil, ce 5 juin 2009, est faible, discrète, mais inou­bliable. Sous ce ciel sans âge, le monde du tennis vient d’assister à une nouvelle page d’Histoire. Dans l’un des plus beaux tour­nois de la décennie, Roger Federer affronte Juan Martin Del Potro. L’objectif : se quali­fier pour sa quatrième finale d’affilée à Roland Garros. Surtout : la première sans Rafael Nadal. 

Del Potro, donné grand outsider de la rencontre de par leur dernière confron­ta­tion – soldée, en Australie, par une raclée 6–3 6–0 6–0 –, se jette corps et âme dans la bataille. Durant la première manche, il aligne les coups droits gagnants, lais­sant un Federer, pour­tant très en jambes, impuis­sant. Sur un deuxième break, l’Argentin prend une longueur d’avance, empo­chant le premier set 6–3.

C’est alors que Roger serre le jeu. Sans flam­boyances, mais à l’expérience et la soli­dité. En huitièmes, face à Haas, il avait vécu un délicat « two sets to love » ; nul doute qu’il préfère éviter de revivre ces moments compli­qués. Incapable de breaker son adver­saire, il attend le jeu décisif pour appuyer sur l’accélérateur et doubler au finish. 7–6. Une manche partout.

Le monde de la petite balle jaune résonne déjà des rengaines habi­tuelles et les soi‐disant vieux bris­cards ressassent leurs vérités toutes faites. « Del Potro a laissé passer sa chance… » ; « Federer va faire le boulot… Il commence au service, en plus ! »

Mais l’Argentin, lui, est sourd à ces couplets funestes. Il entre dans une nouvelle dimen­sion, assé­nant ses frappes comme un forgeron assène ses coups de marteau. Roger, de son côté, pêche dans la régu­la­rité ; il ne réussit pas à main­tenir ses stan­dards de la deuxième manche. Résultat : le voilà breaké ; une fois, puis deux. 6–2.

La stupeur envahit les foyers dans lesquels un petit écran crachote quelques images de Paris. Stupeur rapi­de­ment étouffée ! Porté par un public qui se prend à rêver d’être Suisse, Rodge profite d’une baisse de régime de son adver­saire, fatigué des efforts consentis. Il empile les points, tout va trop vite pour la Tour de Tandil. Ce dernier pense déjà à l’ultime exer­cice, à la dernière des passes. A la cinquième manche. 6–1. Deux sets partout.

L’éclat du soleil, déjà usé par l’ouvrage hale­tant d’un Suédois et d’un Chilien, se fait plus rare. La nuit est dans tous les esprits. Il est vingt heures et l’on se prend déjà à glori­fier une cinquième manche qui vient à peine de commencer.

Au break d’entrée de Roger Federer répond une foule aux larmes de bonheur. Ce vendredi semble un jour de finale ! Mais, Del Potro, lui, n’a pas abdiqué. A 3–2, service suisse, il débreake. Les batte­ments des cœurs barrés d’une croix blanche s’essoufflent quelque peu. Puis se regonflent ! en assis­tant au break consé­cutif de leur héros. 4–3, service à suivre.

Chaque point est un combat, chaque regard, un défi à la raison. Federer serre, à nouveau, tant le jeu que les poings. Ne lâche rien. 20h33. Balle de match. La spon­ta­néité du moment n’impose que des mots. Quelle que soit la phrase, elle serait instan­ta­né­ment obso­lète. Service sur le corps, côté égalité. Décalage coup droit. Comme un coup de marteau. Clôturer les débats. Hurler sa joie. Puis, nous, devant nos petites télés, s’émerveiller d’une si parfaite accolade.

On connaît la suite de l’Histoire. Celle avec un grand H. Celle du 7 juin 2009. Mais aussi celle de New‐York. En revanche, ce que nous oublions, c’est cette histoire que je vous ai contée, la véri­table histoire de cette journée‐là, qui réside dans ces quelques coups droits et dans ces poings serrés, dans ces cœurs amou­reux. Bref, dans ce crépus­cule… Inoubliable.

Leo Salmon

Les high­lights !

A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.