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« Federer et la souf­france… » par Jérémy

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Après déli­bé­ra­tions, voici les résul­tats de notre concours : « Racontez‐nous votre rencontre avec Roger Federer. » Il vous fallait nous expli­quer en un texte travaillé ce qui vous a fait aimer le Suisse. 62 textes reçus et des discus­sions houleuses. Voici le temps des récompenses.

Premier prix »> AURECLINT et ZASTH
Deuxième prix »> FLORENT MALECKI
Troisième prix »> JEREMY DUBRUNQUET
Prix de l’idée origi­nale »> à venir

« Roger, mon amour », le livre événe­ment sur Roger Federer est dispo­nible ici. Il n’en reste plus que 98 exemplaires.

Troisième place du concours « Roger, mon amour », pour ce texte de Jérémy. Des mots inté­res­sants et une belle démarche : ça méri­tait une récom­pense ! Bravo !

Dimanche 8 juillet 2007, Londres. Tardive, comme rencontre, je sais… Malheureusement, avec le service public, le tennis, c’est seule­ment une fois par an à la fin du mois de mai. Autant vous dire que la victoire sur Sampras, le premier titre à Wimbledon et la place de numéro un mondial… c’est seule­ment en replay sur Youtube ! Une fois par an, 2005, 2006, 2007. Toujours le même match, toujours la même issue, toujours la même frus­tra­tion. Cette terre battue maudite. Au cours de ces trois matchs, c’est presque sans le vouloir que je tombe amou­reux du cham­pion suisse, de son jeu, de son histoire, de ses records. Et de cette énigme, aussi : pour­quoi ne gagne‐t‐il pas à Paris ? Je rencontre l’obsession.

J’ai 19 ans. J’ai choisi mon camp… Mais j’en ai assez de ne voir que ses défaites.

Le tennis ne se résume pas à la brique pilée. Et puisque j’ai Canal +, autant en profiter. C’est jour de finale sur le Center Court. En face, le même adver­saire. Décidément… La surface, elle, a changé. Je rencontre Wimbledon. Le gazon. Où l’art du Maître puise son inspi­ra­tion. Ce dépla­ce­ment fluide et animal, mis au service de la souplesse et de l’élégance. Ce coup droit, doux et fulgu­rant, qui donne à chaque frappe les allures d’une caresse imper­cep­tible. Ce revers, magni­fique point faible, source de tant de frus­tra­tions Porte d’Auteuil, qui appa­raît, ici, comme l’illustration de l’esthète et du prodige. Ce service, gran­diose et inévi­table, qui semble devenir dans le ciel britan­nique le symbole de la mise à mort. Et, enfin, ce son… quand une Wilson se change en instru­ment à corde, l’échange se révèle aussi jouissif à l’ouïe qu’à la vue. Je rencontre Federer. Je rencontre le tennis. 

Le tennis, mais la peur égale­ment. Tomber amou­reux, c’est accepter la souf­france. Elle prendra plusieurs visages. Mais, ce dimanche, elle porte le masque de Rafael Nadal. Cet anta­go­nisme. Le terrien contre l’aérien, le travail contre le génie, la puis­sance contre l’invention. Le talent de Federer saute aux yeux, mais le tableau des scores est aveugle. Et, après cinq sets de tension, de jubi­la­tion et d’impuissance… la victoire. Je rencontre le bonheur. 

Le tennis est toujours en mouve­ment. Chaque tournoi est une rencontre, chaque match, chaque set, chaque jeu, chaque point. Et, à chaque rencontre, toujours ce besoin viscéral : voir Federer gagner. Cet fin d’après-midi magique appar­tient déjà à une autre vie. Un an plus tard, la nuit tombe, Nadal aussi. Pourtant, le vain­queur, c’est bien lui. Mon cauchemar est devenu réalité. Je rencontre la douleur. Heureusement, elle non plus ne dure pas… et, lorsque le coup droit d’Andy Roddick s’envole sur les toits du All England Club l’année suivante, la douleur a disparu, la souf­france égale­ment. Le palmarès de Roger Federer est en accord avec son talent. Je rencontre enfin le meilleur joueur de tous les temps.

Jérémy Dubrunquet

A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.