Accueil Coupe Davis

Clément : « Gaël a envie de venir jouer cette Coupe Davi »

46

Le suspense a pris fin ce mardi du côté de Roland‐Garros. Lors d’une confé­rence de presse, Arnaud Clément a dévoilé la (très) attendue sélec­tion qui ira défier l’Allemagne à Francfort du 6 au 8 mars. Et comme surprise du chef, Gaël Monfils a fina­le­ment changé d’avis. Avant de répondre aux multiples ques­tions, Arnaud Clément a tenu à préciser :« Pour commencer, j’ai eu Gaël (Monfils) qui m’a appelé encore une fois hier matin (lire ce lundi) pour me dire qu’il était à dispo­si­tion de l’équipe si je souhai­tais le sélectionner. »

Comment ça s’est passé avec Gaël Monfils ?

Écoutez, je pense que pour lui nos points de vues comptent, je parle du mien, de celui de Lionel (Roux, entraî­neur de l’équipe de France, ndlr). On a un lien affectif avec Gaël. On connais­sait sa posi­tion et celle de son entraî­neur (Jan de Witt). Au cours de toutes nos discus­sions, j’ai toujours dit à Gaël que c’était une erreur et que je n’étais pas d’accord avec lui. À aucun moment je n’étais d’accord avec lui sur son choix. Après je crois, au fond de lui‐même, il a envie, il a l’équipe de France qui lui tient telle­ment à cœur et d’être avec ses coéqui­piers à Francfort. Je ne pense pas qu’il s’imaginait être loin de nous sur cette première rencontre. Il a envie d’amener sa pierre à l’édifice.

Comment ça s’est passé à partir du moment où Gaël Monfils vous annonce à Marseille qu’il ne viendra pas à Francfort ?

On ne va pas trop rentrer dans les détails car ça n’a pas d’importance pour moi. On a échangé plusieurs fois avec Gaël. Encore une fois, je lui ai dit plusieurs reprises que je ne compre­nais pas son choix et que ce n’était pas le bon.

Est‐ce que les autres joueurs ont influencé sur sa déci­sion revenir finalement ?

Je ne sais pas toutes les personnes à qui il a pu en parler, mais oui, il a demandé les avis de ses coéquipiers.

Vous avez toujours dit que vous discutez tous ensemble des déci­sions. Est‐ce que fina­le­ment cela ne marque pas un tour­nant en disant « voilà, il y a une fédé­ra­tion, un capi­taine, un DTN, vous ne pouvez pas faire n’importe quoi » ?

Ça a toujours été le cas. Je ne vois pas de tour­nant là‐dedans. Les joueurs n’ont jamais fait ce qu’ils voulaient en équipe de France. Et surtout, il faut que ça ne soit jamais le cas.

Pensez‐vous que cela ne reste pas un bon message ?

Oui ce n’est pas un très bon message envoyé. Certaines choses ont pu être dites et écrites depuis quelques jours. Gaël m’a demandé s’il était sélec­tion­nable pour le deuxième tour. Je lui ai dit, oui Gaël tu es sélec­tion­nable, mais en tout cas ça sera un élément que je pren­drais en compte, mais il y a énor­mé­ment d’éléments que je prends en compte à chaque sélection. 

Quel est l’argument fort qui a fait changer d’avis Gaël Monfils ?

Je pense que Gaël, au fond de lui, a envie de venir jouer cette Coupe Davis. Il a envie d’être là avec ses coéqui­piers et partager ces moments qui sont uniques pour lui comme pour nous. Au fond de lui, c’est ce qui est vrai­ment ressorti ces derniers jours. Il n’imaginait pas de ne pas être là pour ce début de saison 2015. 

Avez‐vous discuté avec son entraîneur ?

Bien évidem­ment, je suis en rela­tion avec tous les entraî­neurs et staffs de tous les joueurs.

Pour Julien Benneteau, êtes‐vous rassuré de sa bles­sure aux adduc­teurs qui le gêne depuis Melbourne ?

Oui tout a fait. Tous les voyants sont au vert pour une bonne reprise, qui a déjà commencé, avec une montée en puis­sance assez rapide d’ici la rencontre.

Il s’est passé beau­coup de choses depuis la finale. Est‐ce que pour la rencontre, l’objectif est pure­ment sportif ou de redonner aussi une bonne image de cette équipe ?

Vous (la presse) avez une respon­sa­bi­lité là‐dedans. Pour moi l’image qui a été véhi­culée de notre équipe n’a pas toujours été juste. En effet, beau­coup de choses ont pu se dire et ce n’était pas tout le temps juste. Nous, au sein de notre équipe, nous ne sommes pas partis dans tous les sens. Nous nous sommes vus, nous avons discuté, échangé avec la volonté d’être meilleurs cette année. Il nous a manqué certaines choses pour pouvoir remporter cette finale. Par contre je trouve que c’est plus le trai­te­ment du sujet qui est parti dans tous les sens et qui n’a pas été forcé­ment géré de manière complè­te­ment juste. On a le droit d’être critiqué, mais j’ai trouvé que le trai­te­ment des donnés n’avait pas été tout le temps bien fait. Ce n’est que mon jugement.

Avez‐vous pris le temps de tous debriefer tous ensemble après cette finale ?

Non, avec les programmes, les bles­sures aussi, cela a été impos­sible de se réunir tous ensemble au même endroit depuis le début de l’année. Par contre j’ai vu tous les joueurs, indi­vi­duel­le­ment, entre décembre et début janvier.

Avec le recul, as‐tu une analyse de ce que vous auriez pu faire diffé­rem­ment sur la finale ?

Moi j’arrive aussi en fin d’année sur une analyse de toute la saison, cette défaite en finale aussi, mais toute la saison aussi, ce qui a marché, mois bien marché. Ce qui a été positif c’est l’engament qui a été mis par les joueurs. Je trouve des progrès quant à la commu­ni­ca­tion entre eux et vis‐à‐vis de moi. C’est encore un axe de travail impor­tant et je l’ai souligné auprès d’eux. Cette commu­ni­ca­tion peut encore être meilleure et l’équipe n’en sera que plus forte dans le futur. Ce ne sont pas choses qui sont si faciles à mettre en œuvre, on travaille bien, mais il faut aller encore plus loin.

Qu’est-ce qui est dur pour vous pour repartir dans cette nouvelle année après un tel événe­ment qu’a été la finale ?

Ce qui est dur c’est d’encaisser la défaite, même si on la trouve quelque part logique. Nos adver­saires nous ont été supé­rieurs. Il y a énor­mé­ment d’attente de notre part et du public fran­çais aussi. C’est dur, c’est beau­coup d’effort de la part des joueurs et d’émotions aussi. Ils sont tous très fiers d’avoir été de cette campagne. Il faut repartir et on est tous content que ça arrive main­te­nant. C’est quelque chose de positif.

C’est dur en terme de moti­va­tion de passer de 27 000 personnes pour aller jouer un premier tour en Allemagne ?

Non, je les ai vus quelques semaines après la finale, ils étaient très déter­minés. Il y a la volonté de repartir et se donner la chance de gagner dans les années à venir. Ça commence dès cette année pour remporter le trophée.

Quand vous apprenez que Monfils décide de ne pas venir, avez‐vous été tenté de dire « j’arrête tout » ?

Non pas du tout. Ça a été diffi­cile à encaisser. Toutes les réflexions que j’ai depuis la finale sont : comment être meilleur. J’ai beau­coup de moti­va­tion pour débuter cette nouvelle saison, comme c’est le cas pour mon staff. Cette idée ne m’a pas traversé l’esprit.

Pourquoi la sélec­tion de Nicolas Mahut arrive maintenant ?

Nicolas Mahut est très en forme depuis le début de l’année comme on a pu le voir avec sa finale à l’Open d’Australie (en double). Il est bien. Pour moi Nicolas Mahut aurait pu être sélec­tionné bien avant, après il y a d’autres joueurs, il y a une concur­rence très élevée en France. Le timing est parfait pour lui. C’est quelqu’un qui pourra apporter beau­coup à l’équipe, j’en suis persuadé.

Gilles Simon est en pleine forme mais a eu un rapport parfois compliqué avec la Coupe Davis…

La manière dont j’essaie de faire mes sélec­tions est pour être le plus perfor­mant possible. Pour parler de Gilles, il a été quasi­ment cinquième homme toute la saison dernière. J’ai toujours eu confiance en Gilles, c’est un grand joueur, et j’ai toujours été persuadé qu’il serait amené à jouer dans le futur. Pour moi, il n’a jamais été éliminé. Sur plusieurs rencontres, il aurait été une option extrê­me­ment perfor­mante. Pour moi, Gilles est là, il amène aux autres joueurs et comme quand il sera sur le court.

Est‐ce que cela peut être un problème si un joueur n’a pas joué depuis long­temps en Coupe Davis ? La confiance avant de rentrer sur une demi‐finale par exemple…

Oui c’est impor­tant la confiance, la confiance que l’on va avoir entre nous. Quand je vais lui parler, lui dire, j’ai confiance en toi. C’est impor­tant qu’il me croie. Et quand je lui dis, je suis complè­te­ment sincère. C’est ce que je pense.

Gilles a tout de suite dit je suis dispo pour le premier tour. Est‐ce que c’est envi­sa­geable qu’il soit encore cinquième ?

Vous connaissez mon fonc­tion­ne­ment, je prends toujours cinq joueurs. De part ses résul­tats depuis le début de l’année, Gilles se dégage. Et aujourd’hui dans ma liste, c’est Julien qui est annoncé en cinquième homme. 

Arnaud Clément a égale­ment été inter­rogé sur la récente décla­ra­tion de Roger Federer qui a avoué que la Coupe Davis avait été « un poids ».

« C’est un sujet très inté­res­sant. Quand on suit la Coupe Davis et que l’on regarde l’historique de la compé­ti­tion, tous les meilleurs joueurs ont joué et essayé de gagner la Coupe Davis. Moi c’est une phrase que je ne peux pas comprendre, la Coupe Davis n’a jamais été un boulet pour moi. Après oui, je n’ai pas eu la même carrière que Roger Federer. Mais pour moi c’est toujours mon rayon de soleil, mon exci­ta­tion. Chaque joueur peut vivre cette expé­rience diffé­rem­ment. La jouer a toujours été une chance. Aucun joueur en France ne regrette les heures et moments passés ensemble. On a cette culture en France de la Coupe Davis et j’en suis bien content, comme le fait qu’aucun de mes joueurs ne disent une telle phrase. »

De votre envoyé spécial à Roland‐Garros

A propos de l’auteur

Loïc Revol

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.