Emmenée par un Richard Gasquet exemplaire et un Jo‐Wilfried Tsonga volontaire, la France a marché sur l’Australie lors du premier tour de Coupe Davis à Mouilleron‐le‐Captif (5−0). Une belle victoire qui n’est pas sans susciter de réelles interrogations. Le double aligné n’a pas totalement convaincu et pourrait évoluer. Les titulaires en simple ne sont pas non plus figés. Cette équipe de France aux mille options, forces et contradictions profitera‐t‐elle enfin de son tableau favorable ? Car c’est peut‐être… l’année ou jamais.
Un double en chantier
Pour la première fois depuis 2002 et sa non‐sélection lors de la tristement célèbre finale France‐Russie, Michael Llodra n’a pas été retenu dans l’équipe nationale pour ce premier tour contre l’Australie. En manque de résultats individuels depuis des mois et miné par des prestations en demi‐teinte sous le maillot bleu en 2012 et 2013, le pilier du double français a ainsi été désavoué par son Capitaine. A bientôt 34 ans et malgré ses 28 sélections, le Parisien pourrait même ne pas réintégrer l’équipe de France lors de cette campagne 2014, à moins de retrouver la confiance d’Arnaud Clément en claquant de nouvelles performances. Toujours est‐il qu’en se séparant de Llodra, le Capitaine français a dû se creuser les méninges pour former choisir une paire adéquate. Qui aligner ? Avec quels risques ? Et quels atouts ? En Vendée, ce sont Jo‐Wilfried Tsonga et Richard Gasquet qui ont été testés. Deux tops 10, deux amis, deux médaillés olympiques de la discipline. Sur le papier, cela avait de la gueule. « Ca faisait longtemps qu’Arnaud voulait les voir ensemble et je pense que c’était le bon moment pour les lancer », témoigne Lionel Roux, l’entraîneur des Bleus, sur Welovetennis.fr. Et sur le terrain ? Les numéros un et deux tricolores ont apporté ce point décisif avec courage et panache, non sans être passés près du KO en revenant in‐extremis dans le match face au duo Guccione/Hewitt. Bilan du coach Roux ? « J’ai vu beaucoup de points positifs, mais aussi un certain nombre de choses qu’il va falloir travailler. Néanmoins, la base est solide. N’oublions pas qu’en face, il y avait une très bonne paire qui avait déjà fait ses preuves. » Solidaires et plutôt complémentaires, Gasquet et Tsonga ont prouvé qu’ils avaient le potentiel pour battre de grosses équipes ensemble. Ils s’apprécient, communiquent bien sur le terrain et ont visiblement beaucoup aimé cette expérience en commun. Problème ? Ces deux‐là sont susceptibles de jouer des simples capitaux, tant le vendredi que le dimanche. Ce duo ne pourra donc pas toujours être aligné. Ne faudrait‐il pas faire appel alors au bon soldat Benneteau ? Solution plausible. Avec Tsonga, le Bressan a gagné un Masters 1000. Avec Gasquet, il a décroché la médaille de bronze à Londres. Enfin, pourquoi ne pas imaginer l’intégration sous le maillot tricolore de joueurs tels Nicolas Mahut ou Edouard Roger‐Vasselin, tous deux classés dans le top 30 en double ? Beaucoup de questions. Beaucoup de réponses possibles. Bref, une équation du double qui ne sera pas si simple à résoudre durant cette campagne 2014. Excitant. Mais périlleux.
Quels titulaires et à quels postes ?
A Mouilleron‐le‐Captif, Jo‐Wilfried Tsonga et Richard Gasquet ont à eux seuls qualifié la France. Cela faisait plus de 20 ans que l’équipe nationale n’avait plus gagné une rencontre avec seulement deux joueurs. Malgré le résultat et la très bonne impression laissée par les numéros un et deux nationaux, Arnaud Clément est resté ferme. Non, il ne se figera pas dans un fonctionnement « à la Tchèque », en envoyant systématiquement ses deux meilleurs éléments au charbon et sur tous les fronts. « On ne pourra jamais fonctionner comme d’autres pays », confirme‐t‐il. « Nous, on a un fonctionnement à la Française. On a notre propre culture de la Coupe Davis et notre passion pour cette épreuve. » Comprenez : « Rien n’est figé ! » Avec des garçons comme Gaël Monfils, Gilles Simon, Benoît Paire ou Julien Benneteau en réserve, les postes en simple comme en double seront disputés et débattus lors de chaque rencontre. « Les mecs sont conscients qu’aucun d’entre eux n’a de place attitrée dans cette équipe », continue Clément. Ainsi, à chaque fois, seront alignés les meilleurs selon leur forme et leur classement du moment. Les remplaçants d’hier seront peut‐être les titulaires de demain. Et, cela, Gilles Simon le sait bien. « Pour l’instant, Jo et Richard sont dans les 10 et jouent bien. Je joue bien aussi, mais je ne suis pas dans les 10. On sait donc que c’est en étant meilleur individuellement toute l’année qu’on renforcera l’équipe. » Et qu’on aura plus de chances de l’intégrer. D’ici le choc face à l’Allemagne, les Bleus vont retourner batailler sur le circuit avec, dans un coin de leur tête, la volonté de décrocher une place de titulaire. Pas sûr que Tsonga et Gasquet veuillent lâcher les leurs. Certain que Monfils, Simon, Benneteau espèrent quitter le banc. Début avril, Clément devra trancher. Un problème de riches, certes. Mais des choix qui pourront être lourds de conséquences. Bon courage, Capitaine !
L’année ou jamais ?
Elles ne sont plus que huit. Plus que huit nations à pouvoir prétendre à une victoire en Coupe Davis cette année : la République Tchèque, le Japon, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie, le Kazakhstan, la Suisse et… la France. Délesté des équipes les plus dangereuses telles l’Espagne, la Serbie ou l’Argentine, ce tableau cru 2014 semble particulièrement ouvert, y compris pour l’équipe de France. Mieux, celle‐ci pourrait disputer l’intégralité de ses matches sur son territoire, un atout non négligeable. Explications : en quarts de finale, les hommes d’Arnaud Clément défieront l’Allemagne de Kohlschreiber, Haas, Mayer et Brands. Des joueurs très solides dont il faudra se méfier infiniment, mais qui n’ont tout de même pas le pedigree des Ferrer et Nadal que la France risquait d’affronter à ce stade de la compétition. En cas de victoire, les Bleus affronteraient la République Tchèque de Berdych et Stepanek ou le Japon du solitaire Nishikori. Rien d’insurmontable. Et si les portes de la finale s’ouvraient à elle, l’équipe de France jouerait la gagne face à l’Italie, la Grande Bretagne, le Kazakhstan ou la Suisse de Federer et Wawrinka. On s’y voit déjà. Lionel Roux aussi. « C’est vrai que je ne peux pas me retenir de regarder le tableau. Tout le week‐end, je me suis tenu informé des résultats des autres rencontres. Et, aujourd’hui, il est certain que j’ai du mal à ne pas me projeter, même si le quart de final face à l’Allemagne sera loin d’être facile. » Un tableau progressif, des rencontres à domicile, une équipe soudée, des joueurs de qualité et totalement concernés : et si c’était l’année ou jamais pour reconquérir le Saladier ?
Publié le mardi 4 février 2014 à 10:13



