Une réponse de 10 minutes pour une première question, Guy Forget était plutôt bavard ce soir en conférence de presse. Très fier de ses joueurs pour leur capacité à forcer le cours des choses, le capitaine ne veut pas pour autant basculer dans l’excès de confiance. « Blessés », les Espagnols seront selon Forget particulièrement redoutables pour la suite de la rencontre.
Guy, qu’est‐ce qui vous a plu chez vos joueurs aujourd’hui ?
Leur capacité, chez Gaël peut‐être encore un peu plus, à forcer le cours des choses pour finalement s’imposer. Tout d’abord sur le match de Gaël, il baisse d’intensité dans les 3e et 4e, il fait moins mal à Ferrer. En face, le rouleau compresseur se met en marche. Gaël ne savait plus trop comment faire, il s’engageait dans de longs échanges qu’il perdait souvent, il commençait à courir et encore courir. Mon rôle a été d’essayer de le pousser à se rapprocher de sa ligne, à forcer sa nature. Il fallait qu’il fasse des choses différentes pour aller gêner Ferrer. Par exemple envoyer une grosse frappe, arrondir, s’engager plein coup droit pour aller toucher le revers derrière. C’était dur mais il s’est vraiment fait violence. Ce match me plait parce que Gaël a forcé sa nature. J’avais dit aux gars : « On a le droit de perdre mais pas celui de se tromper de tactique ». On avait choisi la surface, très rapide, on ne pouvait pas se permettre d’être attentistes, de jouer trop loin derrière la ligne. En plus quand je vois ce que Gaël peut faire avec son coup droit « bazooka », son service qui part à 225, je me dis qu’il faut vraiment chercher à gagner du temps contre ces gars‐là, leur faire mal. Là‐dessus, Gaël a été super, il s’est battu contre lui‐même, contre ses certitudes. Il faut parfois accepter de perdre un point, mais de le perdre en jouant juste. Chez Mika c’est plus facile de faire cela parce que c’est plus son jeu. Et ça m’a fait plaisir que Gaël se force aussi et y arrive aujourd’hui.
Je crois qu’aujourd’hui tout s’est bien goupillé. On leur a joué un bon tour. J’avoue que mener 2–0 ce soir était inespéré. Maintenant, les Espagnols sont blessés. Il faut toujours se méfier d’un « taureau » blessé. Ils ont trop de fierté pour se coucher. Ils vont tout donner. Nous on reste calme, on va essayer de garder la même attitude, de continuer avec les mêmes options tactiques.
On vous a vu beaucoup discuter avec Gaël pendant le match. Comment s’est passée la communication entre vous deux ?
Je commence à le cerner un peu mieux. Parfois Gaël peut être agaçant, déstabilisant, parce qu’il est têtu, parce qu’il a ses certitudes aussi, ce qui peut‐être une qualité mais également un défaut. Mon rôle et celui du staff est de le convaincre à mettre des choses en place pour qu’il joue bien. Parfois, je conseille des choses à Gaël pendant le match, et s’il tente ce que je lui ai conseillé et qu’il rate, il peut lui arriver de me regarder l’air de dire « Ca ne marche pas très bien… » A ce moment‐là, je le recadre, je lui rappelle que c’est lui le chef d’orchestre, lui qui décide ce qu’il fait et à quel moment il le fait. Je lui dis « Tu es un boxeur ». Gaël quand on lui parle de boxe, de poker, ça tilte tout de suite. Je le stimule : « Va le chercher, t’as les jetons, fous‐les en avant, fonce au bluff, va le chercher ! ». Il a trouvé la clé tout seul. Moi je lui donne un tas d’infos et c’est lui qui choisit. Il peut lui arriver de se frustrer quand il rate, il faut trouver le moment où il est le plus réceptif pour lui donner tel type d’infos. Personnellement, il faut aussi que j’arrive à penser comme si j’étais Gaël Monfils, à me mettre dans les baskets de Gaël Monfils. Parfois je vois une balle bien haute arrondie arriver dans les carrés, je me dis : « Allez, on la prend en demi‐volée, hop on file au filet ». Et je vois Gaël attendre qu’elle rebondisse, qu’elle redescende pour la jouer. Il faut que je me retienne, que j’oublie mon style de jeu pour penser comme Gaël. En tout cas, tout le crédit lui revient pour cette victoire. Il est allé la chercher. De toute manière, Gaël détient les clés. Je l’ai parfois vu faire des matches hors‐sujet. Avec sa puissance de feu, ses qualités musculaires, il ne peut pas se contenter de jouer en défense.
En direct de Clermont‐Ferrand
Publié le samedi 10 juillet 2010 à 00:38



