AccueilCoupe DavisForget: "Gaël ne doit pas avoir honte"

Forget : « Gaël ne doit pas avoir honte »

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Guy, comment analysez‐vous l’échec de Gaël Monfils ?

Il y a deux raisons. La première, c’est son adver­saire. On a parfois tendance à oublier que l’on est deux sur un terrain. Quand il y a une défaite, il y a une victoire de l’autre côté. On ne s’attendait pas à voir un De Bakker à ce niveau là. Il a vrai­ment pratiqué un tennis de rêve. J’avais prévenu les gars. On est favoris, mais nos adver­saires n’ont rien à perdre. Ils vont prendre plein de risques, et si jamais ils sont dans un bon jour, ils peuvent être très dange­reux. A ce titre, De Bakker a fait le match parfait.
A l’inverse, Gaël n’a réussi à se libérer à aucun moment. La balle ne sortait pas bien de sa raquette. Ses jambes bougeaient moins vite que d’habitude. Il n’a pas réussi à poser de problèmes tactiques à son adver­saire en jouant suffi­sam­ment long.

On a l’impression que la rencontre s’est jouée dans la tête…
Au tennis, à ce niveau là, tous les joueurs sont doués. Ils frappent tous très fort. Effectivement, ça se joue dans la tête. Un joueur veut imposer sa volonté à l’autre. Chacun le fait avec ses armes. Aujourd’hui, les deux joueurs avaient un gabarit plus ou moins iden­tique, des frappes plus ou moins simi­laires. Il n’y avait que les clas­se­ments qui diffé­raient sur le papier. A ce jeu‐là, on n’a pas vu le Gaël Monfils de Roland‐Garros, ou que l’on avait vu cette semaine à l’entraînement. Il n’a pas réussi à se libérer. Il a été tout le temps crispé. Il a joué en poin­tillés. Il faut que l’on discute tous ensemble pour voir s’il est capable de revenir sur le terrain dimanche. Gaël est un joueur trop fort aujourd’hui, qui a trop de talent, pour quitter le court sur un couac comme celui‐là.

Cela ressemble au trac du débu­tant en Coupe Davis…
On va en reparler ce soir, tous ensemble. Mais l’émotivité a eu forcé­ment son mot là‐dedans. Même Jo n’a pas très bien démarré son match non plus. Gaël et Jo ne sont pas partis sur les chapeaux de roue. Et pour­tant, on en avait parlé aupa­ra­vant, on voulait qu’ils frappent tous les deux un grand coup d’entrée. Mais ils n’ont pas réussi à mettre cela en place. Jo avait un adver­saire moins fort en face, et il est allé cres­cendo. Gaël a lui joué tout le match avec le frein à main. Aujourd’hui, il y a eu un déca­lage entre ce qu’il imagi­nait ressentir comme émotions en jouant ce match, et ce qui s’est produit sur le court. On a beau se dire : « C’est un match de tennis comme un autre », parfois, on est surpris par le bruit, par l’ambiance. Je ne vais pas le blâmer pour ça. Moi le premier quand j’ai joué en Coupe Davis, j’ai subi deux échecs. La plupart des joueurs ont connu des débuts très pénibles en Coupe Davis. On est là pour le soutenir, pas pour l’accabler. Il n’a pas à avoir honte de cette défaite.