AccueilCoupe DavisGuy Forget : "Je suis tellement soulagé !"

Guy Forget : « Je suis tellement soulagé ! »

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Guy, c’était le scénario rêvé ?

Je suis telle­ment soulagé ce soir ! Les matches ont été disutés. Je ne vous cache pas que j’ai été très inquiet dans les deux matches. Quand Mika se bloque la cheville… L’un d’entre vous m’avais dit hier, « Si Mika se blesse, on est mal pour le double ». J’ai tout de suite pensé à ça, je me suis vu aligner une équipe surprise pour le double. J’ai couru vers Mika, je lui ai demandé « ça va, t’as mal ? » Il m’a répondu : « Non, je crois que ça va. » Ouf ! La douleur s’est stoppée et heureu­se­ment. Ce scénario assez sûr pour moi pouvait se trans­former en catas­trophe. Maintenant, quand tu es en demi‐finale d’une compé­ti­tion comme celle‐là, est‐ce que tu peux jouer la prudence ? Je vous l’avais dit, j’avais choisi d’en­voyer la cava­lerie, baïon­nette au canon. On y va, on rentre dans le tas. C’est ce qui s’est passé. Mika a fait le métier pour s’en sortir, ça m’a fait plaisir. Il peut être fier de son match. 

Et le match de Gaël ?

J’étais inquiet pendant ce match. Au premier set, Gaël est parti tambour battant, il a surpris Nalbandian. Je me suis dit « combien de temps ça va durer avec ce style de jeu ? » Puis le truc s’est inversé de manière énorme. A la fin du 2e, je me disais « comment on va faire ? ». Nalbandian était réglé comme une horloge, il distri­buait de manière incroyable. Je voyais Gaël faire des glis­sades, me regarder l’air de dire « je ne peux pas jouer ». Je sentais dans son regard une espèce (il cherche long­temps le bon mot) presque de détresse telle­ment l’autre était fort. Le mérite de Gaël à ce moment‐là a été de très bien servir, de changer ses zones avec notam­ment son slice exté­rieur à droite. Il ne fallait plus servir fort parce que Nalbandian renvoyait bien en retour, aussi vite, presque comme en ping‐pong. Et Gaël a peut‐être fait 15 aces en slice comme ça ! Il a réussi à se main­tenir à flots grâce à son service. Et puis petit à petit, il a repris confiance. Il a essayé de retrouver de la profon­deur dans ses frappes, de taper fort en coup droit. L’autre s’est frustré et Gaël a inversé la tendance. A deux sets à un pour nous, je me dis « c’est chouette mais on est encore loin, on n’est pas arrivé. » Et dans le 4e, après quelques erreurs de Gaël, on se retrouve à 3–1 break Nalbandian. Je me dis, « c’est pas possible, on repart dans les travers du 2e set ». Je dis à Gaël « Tu joues bien, mais tu as fais trois coups à l’en­vers. Ça ne suffit pas de tout donner, là tu tends le menton pour te prendre un coup de poing ». Et il a réussi à balancer des coups droits, à le faire rater à la volée. Il a été telle­ment coura­geux sur ce match ! A la fin, Gaël l’a fait exploser. En fin de match il ramène 2–3 balles énormes. C’est la victoire du courage et des tripes.

Quelle est l’évo­lu­tion de Gaël en Coupe Davis ?

Lorsque Gaël est concentré sur son objectif et notam­ment sur son adver­saire, lors­qu’il est convaincu qu’il peut gagner, ça devient un boxeur incroyable. En Coupe Davis, le public derrière lui le stimule encore plus. Il échange de plus en plus, me parle beau­coup, me donne des infos sur ce qu’il ressent, ce qui le dérange. Ça me donne matière pour rebondir. C’est vache­ment enri­chis­sant d’avoir quel­qu’un qui te donne matière, tu n’est pas obligé d’aller gratter pour savoir ce que ton joueur traverse à tel moment.

Qu’as‐tu fait pour « décoincer » Mika ?

Je trouve que Monaco a bien commencé le match. J’étais surpris de sa qualité de retour. Mika servait en force et constam­ment sur le revers. Je lui ai dit « mets plus d’effet au service, joue ton jeu, reste dans ton plan, le gars en face va se mettre à rater. » Ce qui me frus­trait, c’est que Mika était timide au retour. Pour le booster, je lui ai dit : « Ton service, tu vas le gagner 9 fois sur 10. Alors au retour, vas‑y, tu pars, tu y vas, tu y vas ! » Quand Mika breake au 4e set, à la pause juste avant, je lui ordonne : « Mika dans ce jeu, tu fais un ou deux retour‐volée, qu’il serve une première ou une deuxième, je m’en fous ». Et il a breaké ! Quant tu tires des passings, que ça marche, ça va. Mais quand tu prends la bande du filet une ou deux fois, cela devient un enfer. Je dis ça en pensant à Monaco bien sûr. C’est comme un mous­tique dans l’obs­cu­rité. Mika l’a fait disjoncter.

A 2–0, c’est imperdable ?

Si c’est perdable. Il y a des exemples où ça s’est produit. Ces deux matches, on aurait pu les perdre, on les a gagnés. Le double on peut le perdre. Maintenant, Mika et Arnaud ont le public derrière eux, je les connais très bien. Ils ont pas mal d’op­tions tactiques, de combi­nai­sons pour gêner les Argentins. Il faudra essayer de trouver la faille pour que Mika et Arnaud imposent leur tech­nique. Les Argentins ont tendance à rester au fond et pour moi c’est un handicap. Il faudra essayer de mettre en évidence ce handicap là. Une des clés sera la qualité de service. On va préparer ce match dès ce soir.

Pauline Dahlem, à Gerland