AccueilDocuCaujolle : "On est des découvreurs de talent"

Caujolle : « On est des décou­vreurs de talent »

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Jean‐François Caujolle est un homme comblé. L’Open 13 Provence fête sa 25e édition avec un tableau toujours aussi dense, malgré le forfait de dernière minute de Grigor Dimitrov. Le direc­teur du tournoi marseillais se livre alors que les premiers matchs du tableau final ont débuté ce lundi.

Jean‐François, comment se présente cette 25 édition de l’Open 13 Provence ?

Cette année, nous avons misé sur la force du tennis trico­lore avec Gaël Monfils, Jo‐Wilfried Tsonga, Richard Gasquet, Lucas Pouille et Gilles Simon. Beaucoup de tour­nois aime­raient les avoir. Nous, on est Français, et on a la chance de pouvoir compter sur eux et d’en faire nos prio­rités chaque année. C’est une très belle satis­fac­tion de compter sur nos meilleurs joueurs. C’est comme si l’OM avait en attaque Benzema, Gameiro et Griezmann, ce qui comble­rait de nombreux suppor­ters (rires). Concernant les étran­gers, nous avons Zverev et Kyrgios. Le hasard a fait qu’ils peuvent s’affronter dès les quarts de finale, s’ils y arrivent bien sûr. On a vu Tsitsipas (défaite au premier tour contre Mikhail Youzhny 6–1 4–6 7–5), mais il y a égale­ment Shapovalov, Khachanov et Medvedev qui sont très inté­res­sants car ils sont à découvrir.

On sent toujours cette iden­tité « jeune » à Marseille…

C’est un leit­motiv. On est des « décou­vreurs de talents ». On doit montrer ce qui va devenir le meilleur du tennis mondial dans deux ou quatre ans. J’ai envie que les gens repartent en se disant : « Tiens, je l’ai vu battre son premier Top 10 à Marseille. » Comme ce fut le cas pour Federer lorsqu’il avait gagné Moya (l’Espagnol était 5e en 1999, ndlr). Nous ne sommes pas Roland Garros ou Monte‐Carlo, c’est-à-dire que nous n’aurons jamais l’en­semble du Top 10 et nous ne voulons pas riva­liser avec ces tour­nois. On est un événe­ment qui produit du sport de grande qualité avec le must du tennis fran­çais. Il ne faut pas oublier que nos joueurs sont dans les 15 meilleurs depuis sept ou huit ans. C’est une chance inouïe. Je sais que les mauvaises langues diront qu’ils n’ont pas gagné de Grand Chelem. Il y a en face d’eux une géné­ra­tion exceptionnelle.

Le retrait de Dimitrov à la dernière minute ne constitue‐t‐il pas un regret ?

Bien évidem­ment, d’autant plus que je crois beau­coup en Grigor… Je lui avais accordé une de ses premières wild‐cards (en 2009) et il avait failli battre Gilles Simon, numéro 8 mondial à l’époque. Il avait servi pour le match… J’avais investi sur lui car j’aime énor­mé­ment son jeu et le person­nage. Depuis janvier, il a beau­coup joué et gagné, donc il a accu­mulé de la fatigue. Celle‐ci est plus mentale que physique. C’est d’ailleurs à Sofia qu’il a dû puiser dans ses ressources. Il jouait chez lui après avoir gagné Brisbane et atteint les demi‐finales à l’Open d’Australie. A Rotterdam, il joue un peu moins bien. Il avait besoin de repos. Ça ne sert à rien d’avoir un joueur qui n’est pas à 100% et qui risque de perdre au premier tour dans un tournoi aussi exigeant que l’Open 13 Provence.

« On doit montrer ce qui va devenir le meilleur du tennis mondial dans deux ou quatre ans »

Avez‐vous tenté un dernier gros coup pour remplacer Grigor Dimitrov ?

Non, car j’avais déjà délivré mes wild‐cards à Tsitsipas et Shapovalov. Néanmoins, on pouvait se poser la ques­tion pour le tournoi de savoir si c’était bien d’avoir un joueur comme Berdych. Il n’amène pas de la « couleur » dans le sens où son jeu est assez stéréo­typé, mais il possède un super palmarès. Il y a plus de « grinta » à décou­vrir des jeunes talents que de voir des joueurs qui sont déjà venus.

On le répète chaque saison, mais le tableau de l’Open 13 Provence est toujours dense. Est‐ce une fierté ?

Ça fait plaisir, mais il y a toujours une petite frus­tra­tion où je me dis que j’aimerais avoir un peu plus (rires). Après, je me dis que c’est parfois dommage d’investir beau­coup sur des joueurs qui peuvent perdre tôt. Il existe simple­ment des poli­tiques diffé­rentes. Doha, par exemple, prend le numéro 1 et 2. De mon côté, j’essaie d’opter pour un tournoi dense avec des matchs de qualité le plus long­temps possible.

Il y a beau­coup de bruits concer­nant l’avenir du calen­drier ATP qui risque­rait de changer pour 2019 avec, peut‐être, la créa­tion de nouvelles caté­go­ries. Comment voyez‐vous la suite ?

La créa­tion des nouvelles caté­go­ries en fonc­tion des niveaux est quelque chose que je promeus depuis pas mal de temps. Rio est un ATP 500, mais il est toujours moins fort que Marseille, ATP 250, qui se déroule la même semaine. Que Rio soit un ATP 500 ne me dérange pas. En revanche, Bâle, Dubaï, Pékin et Rotterdam doivent être des ATP 750 car le prize money est plus impor­tant comme la force de leur plateau. La situa­tion se retrouve aussi dans les ATP 250. La moyenne est de un ou moins pour la présence d’un joueur du Top 10. Marseille en a souvent proposé deux, trois, quatre ou plus il y a quelques années. Effectivement, en 2017, ce n’est pas le cas, mais le tableau est dense avec beau­coup de joueurs du Top 20. Nous sommes avec Doha et Brisbane, les ATP 250 les plus forts. Il me semble logique qu’il y ait plus de points. Certains joueurs, de niveau 40e ou 50e, vont opter pour ces tour­nois pour grap­piller des points. L’an dernier, Kyrgios bat deux Top 10 (Gasquet et Berdych) et Cilic (12e à l’époque) pour décro­cher le trophée. Ce sont des tour­nois étalons.

« La créa­tion des nouvelles caté­go­ries en fonc­tion des niveaux est quelque chose que je promeus depuis pas mal de temps »

Où en sont les négociations ?

Les discus­sions sont très ouvertes avec toutes les caté­go­ries. L’ATP a choisi un mode de réflexion où les diffé­rents groupes, tour­nois et joueurs, rencontrent les membres du board et présentent ce qui serait bien pour sa caté­gorie. On en saura plus vers Wimbledon, mais il n’y aura des chan­ge­ments dras­tiques. Il me semble obli­ga­toire d’avoir des « Super Masters 1000 » pour Indian Wells, Madrid ou Shanghai, qui proposent d’ex­cel­lentes pres­ta­tions et un prize money très fort. Ça me paraît normal que des tour­nois, qui donnent beau­coup, montent en terme de points. C’est une juste récom­pense de leurs efforts. Les tour­nois du Grand Chelem reste­ront les piliers du jeu. L’histoire sera préservée. Cette dyna­mique permettra d’ailleurs aux Grands Chelems de progresser et d’évo­luer. Maintenant, il n’y aura pas de grands boule­ver­se­ments car les joueurs sont assez conservateurs.

Comment voyez‐vous l’avenir de l’Open 13 Provence ?

C’est assez simple puis­qu’il est soumis à trois para­mètres. Le premier est sa place dans le calen­drier. Je sais que l’Amérique du Sud aime­rait passer sur dur, ce qui n’est pas dans le deal initial avec l’ATP. Le deuxième point concerne notre parte­naire, le conseil dépar­te­mental. Dans mon budget, cela repré­sente 22 ou 23%. Il s’agit du socle de mon tournoi. Sans cette aide, je ne pour­rais pas faire l’Open 13 Provence tel qu’il est aujourd’hui. Je suis avec atten­tion les réformes terri­to­riales. On échange avec notre parte­naire de la collec­ti­vité pour voir cette évolu­tion. Le troi­sième point concerne les infra­struc­tures. On a un Palais des Sports qui s’améliore, mais qu’en sera‐t‐il dans le futur ? C’est une réflexion que l’on mène avec la ville et le conseil dépar­te­mental. Il est hors de ques­tion de construire une nouvelle salle. Aujourd’hui, c’est une folie de construire une nouvelle enceinte pour 100 millions d’euros. Il faut être plus prag­ma­tique. On est sur un terrain extrê­me­ment concur­ren­tiel face à des gens qui ont des moyens colos­saux. Marseille est une ville tradi­tion­nelle, pas très riche, mais qui profite de ses avantages.

De votre envoyé spécial à Marseille

Crédit photo : Sindy Thomas