Cela fait plusieurs mois qu’on l’annonce comme étant l’une des futures prêtresses du tennis féminin. Eugénie Bouchard, 20 ans, est de nouveau en demi‐finale d’un Grand Chelem après l’Open d’Australie en janvier. La Canadienne confirme tous les espoirs placés en elle, et démontré aussi des qualités mentales qui lui ont permis de redresser plusieurs fois une situation mal embarquée face à Carla Suarez Navarro. Son match, Maria Sharapova, le Canada… tout est là !
Eugénie, 5–2 dans le premier set, 4–1 dans le troisième, à part la victoire, vous devez être contente de voir comment vous avez réussi à faire votre retour dans ce match ?
Tout à fait, c’est ce que j’essaye de faire sur le terrain. En tout cas, si je perds, je vais essayer de faire de mon mieux. Je vais me battre. J’ai fait cela pendant le premier et le troisième set. Elle est une très bonne joueuse, notamment sur la terre. Je savais que le combat allait être difficile et c’est ce qui s’est passé aujourd’hui. Je suis très fière de la façon dont je suis restée dans ce match.
Félicitations. Vous êtes vous vous‐même surprise avec votre retour au troisième set et le fait que le public vous soutenait vous a‑t‐il aidée ?
Je ne dirais pas que je me suis surprise. Je suis revenue, parfois, j’ai fait des retours dans les matchs. C’est comme ça le tennis, cela marche dans les deux sens, il y a des hauts et des bas. J’ai essayé d’oublier le score et de jouer comme il fallait. J’ai essayé de mieux lâcher mes coups. Cela fonctionnait mieux. Le public était très positif, très bon et je me suis dit en effet qu’il me soutenait pendant le troisième set. L’atmosphère était très cool pour toutes les deux. Vous savez, c’est un Grand Chelem et c’est un grand moment pour nous deux de sentir le public qui est là quand il vous soutient.
Vous avez montré que vous étiez humaine ?
Oui, je montre à chaque fois que je suis humaine, mais cela arrive. Cela ne m’inquiète pas. Ce qui compte, c’est que j’ai réussi à me concentrer pour le point suivant. J’ai réussi à me donner une autre chance pour avoir une autre balle de match à nouveau. Même sur la deuxième balle de match, j’ai perdu une balle, cela ne m’inquiétait pas trop, je crois que c’était le crédo du match. Même si j’étais menée 5–2, ou 4–1, peu importe, je me suis dit « Ne t’inquiète pas, continue » et cela a payé en fin de compte.
Il y a beaucoup de personnes qui vous appellent déjà « la prochaine Maria Sharapova ». Quels sont les aspects négatifs et positifs de cette comparaison ?
C’est justement cela : il y a des aspects positifs et négatifs. C’est une grande championne. D’être vue comme la dauphine d’une personne qui a gagné des Grands Chelems, qui a été numéro 1 mondiale, c’est un compliment. En même temps, je suis moi‐même. Et je veux être moi même sur le court. Je veux essayer d’atteindre mes objectifs est d’être vue en tant que telle.
Deux questions : quelles sont vos relations avec Sharapova sur le circuit ? Et puis, vous avez dit que vous avez commencé à jouer au tennis lorsque vous l’avez vue à Wimbledon, etc. ? Est‐ce du passé maintenant ou pas ? Maintenant que vous êtes à ce niveau‐là, vous pouvez gagner des Grands Chelems, est‐ce que vous avez cette mémoire d’enfant de cette joueuse ou maintenant, pensez‐vous différemment ?
D’abord, elle et moi, nous ne sommes pas des amies. Et en tant qu’enfant, je la regardais jouer, notamment les finales de Wimbledon et je me disais « ce qu’elle fait c’est cool, c’est incroyable, je veux faire la même chose ». Je la respecte complètement mais maintenant, nous sommes en demi‐finale. Je la respecte mais je ne veux pas l’idolâtrer, je veux une bataille, un combat. C’est ce qui va se passer. Le reste n’a pas trop d’importance, je vais essayer de faire de mon mieux pour gagner et me concentrer.
Vous avez gagné ce match, vous avez montré des émotions, plus que pendant les demi‐finales en Australie. Est‐ce parce que le match était très serré ou est‐ce parce qu’il y a d’autres explications ?
Pour moi, c’était un combat physique, et d’émotions. J’étais menée. Je suis remontée parce que je me suis battue. J’ai essayé de faire de mon mieux pour monter peu à peu sur terre et je suis fière de moi parce qu’j’ai réussi à le faire, à percer, à bien jouer pendant le troisième set et à gagner ce match. C’était très, très serré, très dur. Cependant, après plus de 2 heures de combat sur le terrain, j’étais tellement contente de moi que j’étais très enthousiaste.
Deux questions. Vous semblez prendre les services de Carla très rapidement au rebond. Je me demandais si c’est une stratégie pour la faire douter d’elle-même. Etes‐vous surprise de la demande de Fabrice Santoro pour un selfie ?
Dans le premier set non, ce n’est pas vraiment le cas. Je m’en suis rendu compte au milieu du match, qu’il fallait être plus agressive, taper les balles juste au rebond. Je me suis ajustée à ce moment‐là et ceci m’a aidée. Je servais bien. Je me suis dit « je vais en mettre plus ». Sur la deuxième question, j’ai été surprise par la demande. Je pense qu’il est sur les réseaux sociaux aussi et je ne savais pas que j’étais bien connue pour mes selfies, on verra.
Tu as été la première canadienne demi‐finaliste à Melbourne, la première ici, à Paris. A quel point est‐ce important pour toi et quelle est la signification de ce petit ourson qui représente le Canada ?
C’est particulier. Je suis fière d’écrire un peu plus l’histoire du tennis au Canada. Je pense que quelqu’un me l’a lancé. C’est un fan qui me l’a donné. Je suis heureuse, j’en ai reçu un autre. Cela fait deux ou trois matchs que je n’ai rien reçu. Je me demandais où étaient mes fans, mais ils sont encore là.
Qu’est-ce que cela vous fait de jouer au prochain tour Sharapova alors que l’on vous compare déjà un peu –beaucoup !- à elle ?
C’est très excitant pour moi de jouer une championne comme cela. Ce sera une bonne bataille sur le terrain et c’est ce à quoi je dois m’attendre dans une demi‐finale de Grand Chelem de jouer des joueuses qui ont déjà gagné plusieurs Grand Chelem. Ce sera une bonne expérience, j’essaierai de jouait de mon mieux, de me battre sur le terrain et on verra ce qui arrivera.
Cela représente quoi d’être à nouveau en demie dans un Grand Chelem après l’Australie, et sur une autre surface, la terre battue ?
Mon objectif, c’est de faire comme Roger, 20 demi‐finales de suite ! Là, j’en suis à deux ! Non, je blague, mais je suis fière de ce que j’ai fait, de jouer si bien dans les tournois les plus importants. J’en suis fière, je veux continuer et faire mieux que l’Australie.
Publié le mardi 3 juin 2014 à 19:43



