Ce Roger‐ci est un génie !

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    Oh my God ! Mais, ça, c’est du tennis ! Au terme d’une partie magis­trale, Roger Federer domine Novak Djokovic, 7–6(5) 6–3 3–6 7–6(5), en 3h39 de jeu. Le Suisse met fin à la série d’in­vin­ci­bi­lité de son vis‐à‐vis, l’empêche d’ac­céder à la première place mondiale et se qualifie pour sa 23ème finale de Grand Chelem, sa cinquième à Roland Garros. Son adver­saire à suivre : Rafael Nadal.

    « Je me suis beau­coup entraîné toute ma vie pour disputer ce genre de matches. » On peut comprendre le Roi Roger, après cette rencontre incroyable. On atten­dait ce match comme un sommet de la quin­zaine, voire de l’année ; il a tenu toutes ses promesses. 

    Les deux joueurs démarrent la rencontre tambour battant. Pas de rounds d’ob­ser­va­tion, ça fuse dans tous les sens, en fond de court, à la volée, dans la longueur, sur les côtés… L’un, comme l’autre, relance excel­lem­ment, enchaî­nant les breaks et les débreaks. D’ailleurs, tous deux semblent plus à l’aise en retour que sur leur service. Novak Djokovic donne rapi­de­ment l’im­pres­sion d’être à la limite et de souf­frir du rythme infernal qu’im­posent les échanges, quand Roger Federer se meut avec faci­lité et retrouve une dexté­rité digne de ses plus grandes années. Pourtant, c’est le Serbe qui se procure les deux premières balles de set. Mais l’im­pres­sion géné­rale se confirme par la suite : le numéro trois mondial montre une légère avance sur le numéro deux. Performant à la volée, dépo­sant des caviars sur les lignes, distri­buant à droite, comme à gauche, en revers, comme en coup droit, en slice, comme en lift, il possède une variété à son jeu qui fait défaut à son adver­saire. L’écart est faible, ce Djoko est un bon Djoko, mais quand Roger joue comme cela… Les derniers points du jeu décisif sont très tendus, émaillés de balles dans le filet. A ce jeu‐là, le Suisse, grâce à son service, conclut la manche 7–6(5), en 1h10. Le ratio points gagnants‐fautes directes en dit long sur la qualité du set : 18–12, côté Federer, 14–10, côté Djokovic. Objectivement, cette manche restera certai­ne­ment comme l’une des plus belles de l’année.

    Belle, la deuxième le sera beau­coup moins. Novak se fait breaker d’en­trée et Roger enchaîne au service, avec un jeu blanc en 58 secondes chrono… La suite, c’est un vrai coup de mou de Djokovic qui rate beau­coup plus qu’a­vant et semble touché physi­que­ment. On sait que, dans ces condi­tions, Federer a tendance à se décon­cen­trer. C’est le cas, la partie baisse de rythme et d’in­ten­sité. Au final, c’est le numéro deux qui s’en tire le mieux : Djokovic reprend du poil de la bête lors­qu’il est dos au mur, puis en fin de manche. Ce qui n’empêche pas Federer de conclure sur sa sixième balle de set, 6–3.

    Mais l’embellie observée chez Novak Djokovic se confirme dans la troi­sième. Federer ne parvient pas à retrouver ce rythme qui lui avait tant souri dans la première manche et laisse peu à peu filer son vis‐à‐vis. Breakant d’en­trée, ce dernier s’en­vole rapi­de­ment, malgré une fatigue visible. Il prend des initia­tives et conduit l’échange, pous­sant régu­liè­re­ment le Suisse à la faute. Ca fait 6–3, en 37 minutes. Là encore, les efforts du début se font sentir dans les statis­tiques : six points gagnants, 10 fautes directes pour Federer ; six et sept pour Djokovic.

    Le quatrième set, c’est un peu le bouquet final de ce match incroyable. Crescendo, on retrouve toute la verve des deux joueurs et ce spec­tacle auquel on avait assisté au premier set. Chacun conserve sa mise en jeu jusqu’à 4–4. Djokovic breake, contre toute attente, dans le money time. Mais Roger le marque à la culotte et enchaîne derrière avec trois balles de débreak, conver­ties sur un coup droit gagnant de toute beauté. A deux points du match, Federer est contrarié par quelques coups magni­fiques de Djokovic, comme cette amortie à 30‑A. Le jeu décisif est accroché, l’am­biance élec­trique. Aux coups gagnants dans tous les sens, s’en­suivent des vilaines fautes dès deux partout. Dans un contexte de tension maxi­male, c’est Roger Federer qui tire son épingle du jeu. Le Suisse se procure trois balles de match, dont deux sur service adverse. Deux sauvées, sur une balle surréa­liste accro­chant le filet et restant de peu dans le court, et un ace, rien que ça. Mais c’est sur un autre ace que conclut Roger Federer, qui peut lever les bras au ciel et savourer l’une des plus grandes victoires de sa carrière.

    Que dire de plus ? Le plus fort aujourd’hui l’a emporté. Roger Federer abor­dait la rencontre sans pres­sion et ça s’est senti dans ses coups. Très facile, on a, notam­ment dans le premier et le dernier set, retrouvé le Roger abso­lu­ment génial des années 2005–2006. Novak Djokovic n’a pas fait un mauvais match, loin de là, mais ne s’est jamais vrai­ment remis de la perte de cette première manche, touché physi­que­ment par l’in­ten­sité excep­tion­nelle déve­loppée à cette occa­sion. « Le gain de la première manche a été déter­mi­nant », confirme Federer. « Ce set était mons­trueux, ça jouait à une cadence incroyable. J’ai déjà joué de grands matches, mais, là, c’en est un des plus grands. » Peut‐être Djokovic aura‐t‐il ressenti un peu cette fameuse pres­sion, tous ces enjeux – place de numéro un, record d’in­vin­ci­bi­lité, possible finale à Roland… On espère juste qu’il se remette de cette défaite pour s’at­ta­quer, plein d’am­bi­tion, à la saison sur herbe. Quant à Roger Federer, sa pres­ta­tion de haute volée lui permet de nourrir de vrais espoirs pour Wimbledon. 

    Avant, il y a une finale à jouer. Contre Rafael Nadal, son bour­reau de toujours. Rafa, pas toujours convain­cant ces quinze derniers jours, mais très solide dans les matches impor­tants ; le moment est idéal pour le numéro trois mondial : sans pres­sion, il aura l’oc­ca­sion de battre, enfin, celui qui lui a toujours résisté sur l’ocre de la Porte d’Auteuil. Si c’était le cas, nul doute que ça consti­tue­rait l’une des plus grandes réali­sa­tions de sa carrière… Alors, vive­ment dimanche !

    A propos de l’auteur

    Rémi Cap‐Vert

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.