Delaitre : « Les Français sont à leur place »

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    Ancien 33e joueur mondial et vain­queur de la Coupe Davis 1991, Olivier Delaitre a dressé le bilan des joueurs fran­çais pour GrandChelem / WLT. Le Messin d’ori­gine souhaite à la base pour former nos jeunes joueurs.

    Olivier, quel est votre regard sur les perfor­mances fran­çaises dans le tableau masculin avec aucun joueur fran­çais en deuxième semaine ce qui n’était plus arrivé depuis 2007…

    On arrive sur une géné­ra­tion qui commence à vieillir car Gasquet, Tsonga, Monfils et Simon ont tous passé la tren­taine. Ils ont aussi plus de bles­sures, leur clas­se­ment chute et ils ne sont plus protégés dans les tour­nois du Grand Chelem. Quand on n’est pas tête de série, dès le début on affronte des joueurs qui jouent très bien. On entre immé­dia­te­ment dans le vif du sujet et on ne peut pas se permettre de mal jouer. Il y a donc beau­coup de para­mètres. Ensuite, leur prépa­ra­tion n’a peut‐être pas été opti­male. Gaël n’a presque pas joué, Lucas n’a pas gagné beau­coup de matchs donc il manque de confiance, c’est égale­ment le cas de Richard et Jo est blessé depuis long­temps. Quand nos meilleurs manquent de repères sur terre battue ou dans les grands rendez‐vous, cela serait surpre­nant qu’il fasse un meilleur résultat dans un Grand Chelem. 

    Est‐ce une décep­tion ou sont‐ils fina­le­ment à leur place ?

    Il y a forcé­ment de la décep­tion de voir qu’il n’y a pas un Français en deuxième semaine. Ils sont aussi à leur place par rapport à leur clas­se­ment et les résul­tats obtenus ces dernières semaines. Ils n’ont pas fait mieux ni moins bien que ce qu’ils faisaient actuel­le­ment. Malheureusement pour le tennis fran­çais, ils sont à leur place.

    Et on sent Lucas Pouille isolé actuellement…

    Effectivement, cela manque de joueurs qui peuvent déjà poten­tiel­le­ment rentrer dans les 100. Après l’étape supé­rieure, est de viser le Top 50, puis le Top 20… Aujourd’hui, on ne voit pas de joueurs capable de le viser, de s’y installer dura­ble­ment et de voir encore plus haut l’année suivante. Il faut retra­vailler à la base, reprendre la forma­tion de nos jeunes dès le départ.

    Que devons‐nous faire ?

    Le système de forma­tion a été changé, il faut encore attendre quelques années pour juger. Je trouve juste que depuis 30 ans, on modifie trop souvent notre façon de former les jeunes : on passe par les groupes espoirs, ensuite on les arrête, un entraî­neur pour un joueur, on donne des bourses, des pôles de France puis on les enlève… Pour moi, il y a trop de chan­ge­ments et on donne l’impression de se cher­cher dans notre système de forma­tion. On perd beau­coup d’énergie à trouver la bonne solu­tion et cette énergie on ne la met pas sur le terrain. Il faut revenir à une base : structurons‐nous au niveau de la forma­tion, qu’est-ce qu’on doit faire exac­te­ment, repositionnons‐nous dans notre forma­tion et orga­ni­sa­tion. Ensuite, on y va à fond ! Malheureusement, comme on se cherche un peu, il y a des géné­ra­tions qui ne sont pas là car on a rechangé de système car il ne fonc­tion­nait pas, etc… C’est alors une géné­ra­tion entière qui part et qui est perdue.

    Quel doit être l’axe de travail ?

    En France, on avait un système qui fonc­tion­nait plutôt bien, c’était celui où les joueurs s’entraînaient ensemble au même endroit dans les pôles France ou les acadé­mies. Si on veut gagner Roland‐Garros, il faut former nos jeunes sur terre battue exté­rieure. Cela paraît plus logique. Essayons donc de trouver un endroit dans le Sud, où il y a du soleil toute l’année, pour accueillir nos jeunes tous ensemble. Quand on est épar­pillé, j’ai l’impression que l’on peut se perdre et que l’on manque de repères. Regroupons nos forces pour reformer une équipe d’en­traî­neurs soudés comme pour les joueurs. C’est mon point de vue et je peux me tromper.

    Le virage a été pris de l’in­di­vi­dua­li­sa­tion des projets et quand on voit celui de Zverev qui est une véri­table entreprise…

    La ques­tion est ailleurs : avons‐nous un joueur de la qualité de Zverev chez nous ? Je ne suis pas sûr que l’on possède un tel talent chez nos jeunes actuels. Je le redis, repre­nons le travail à la base pour former nos jeunes sur des bases plus clas­siques avec de bons entraî­ne­ments pour créer une émula­tion de groupe afin que tout le monde se tire vers le haut. Si une pépite sort, alors on peut indi­vi­dua­liser le projet et on inves­tira plus sur lui.

    De votre envoyé spécial à Roland‐Garros

    A propos de l’auteur

    Loïc Revol

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.