Djokovic : « Je ne vais pas m’ar­rêter là »

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    En confé­rence de presse, Novak Djokovic est longue­ment revenu sur sa victoire à Wimbledon. Le Serbe tente de décrire ce qu’il a ressenti, se remé­more son enfance, ses sacri­fices et savoure l’ins­tant plus que jamais. Voici la retrans­crip­tion inté­grale de sa confé­rence. Bonne lecture !

    Depuis la victoire en Coupe Davis à Belgrade, vous vivez une période formi­dable. Qu’est-ce que vous ressentez actuellement ?

    J’adorerais vous décrire tous mes senti­ments mais c’est diffi­cile de tout raconter et je ne trouve pas les mots pour quali­fier ce que je ressens actuel­le­ment. J’ai atteint le but de ma vie en deve­nant numéro 1 mondial et je réalise mon rêve en gagnant Wimbledon, le tout en moins de 72 heures. C’est un senti­ment juste incroyable que je n’oublierai jamais. C’est le plus beau jour de ma carrière. Pour vivre cela, je me suis entraîné dur, chaque jour, avec beau­coup de profes­sion­na­lisme. Chaque athlète rêve de devenir numéro 1 mondial de sa disci­pline. C’est une énorme source de moti­va­tion. Alors quand vous attei­gnez cet objectif et que vous réalisez que vous êtes le meilleur, c’est juste une incroyable satisfaction.

    Après avoir gagné le deuxième set aussi faci­le­ment, vous‐êtes vous un peu tendu ? Qu’avez-vous ressenti après la perte du troi­sième set ?

    Ce n’est pas que je me suis crispé, c’est l’inverse. Je me suis un petit peu trop relâché au début du troi­sième set. Je n’étais pas assez concentré à ce moment là. Nadal est quelqu’un qui convertit ses occa­sions et revient dès qu’il peut dans le match. Je ne voulais pas perdre ma concen­tra­tion. Et le 6–1 qu’il m’a mis dans ce 3e set était mérité mais j’avais commis beau­coup de fautes directes. C’était un peu de ma faute s’il était revenu dans le match. Mais dans le 4e set, j’ai mené tout le long. Il était très impor­tant de tenir mon service dans le premier jeu (Ndlr, une balle de break sauvée). Après ce jeu, c’était du super bon tennis.


    A quel point a‑t‐il été diffi­cile de vivre dans l’ombre de Federer et Nadal puis de fina­le­ment les dépasser ?

    Nous connais­sons tous les carrières de Nadal et Federer. Ce sont les deux joueurs les plus domi­na­teurs de ces 5 dernières années, ils ont gagné à eux seuls quasi­ment tous les Grands Chelems.
    Alors oui, parfois c’était un peu frus­trant lorsque j’arrivais dans les 8, les 4 derniers en Grand Chelem et que j’avais à les affronter. Ils arri­vaient toujours à jouer leur meilleur tennis, au moment le plus impor­tant. Mais c’est un long processus d’apprentissage, de déve­lop­pe­ment personnel, de progres­sion en tant que joueur, mais aussi en tant qu’homme. Il a fallu trouver un moyen de menta­le­ment, passer outre cette pres­sion. J’ai toujours cru que j’avais les qualités pour battre ces deux gars. J’ai toujours cru que j’avais les qualités pour gagner des Grands Chelems et c’était le seul moyen d’y parvenir. J’ai un immense respect pour ces deux joueurs, pour ce qu’ils ont accompli. A chaque fois que je les affronte, cela donne de grands matches. Mais l’approche mentale doit toujours être posi­tive pour gagner ce genre de matches. C’est le seul moyen d’y arriver.

    A 12 ans, vous avez quitté votre village pour aller en Allemagne dans une académie de tennis. A quel point ces moments ont‐ils été diffi­ciles ? En regar­dant en arrière, tous ces sacri­fices, qu’est-ce que cela vous fait aujourd’hui ?
    J’en parlais juste­ment avec mes frères et ma famille dans les vestiaires. On s’est remé­moré ensemble tous ces moments, tout le travail qui a été accompli en Allemagne comme en Serbie, quand j’avais 8, 9, 10, 11 ans, tous les rêves que j’avais alors. C’est vrai­ment beau. Le succès vous rappelle ces jours‐là, il vous ramène dans votre enfance, vous fait revivre tout ce que vous avez accompli pour en arriver là. Ce n’a pas été un chemin sans embuches. Nous savons quelle était la situa­tion de la Serbie à ces instants‐là, ces guerres etc… C’était réel­le­ment vrai­ment diffi­cile de devenir joueur profes­sionnel dans ces condi­tions, d’autant plus que le tennis ne faisait pas partie des sports les plus popu­laires là‐bas. Nous n’avions aucun passé, aucune histoire dans cette disci­pline. Mais en fin de compte, c’est quelque chose dont nous avions besoin. Pas seule­ment moi. Mais aussi Ana Ivanovic, Jelena Jankovic, Janko Tipsarevic, Nenad Zimonjic. Tous ces joueurs qui ont beau­coup gagné ces dernières années. Nous sommes tous passés par des moments diffi­ciles. Cela nous a renforcés mentalement.


    Comment expliquez‐vous avoir si bien joué aujourd’hui, en finale face à Nadal ? Qu’avez-vous ressenti lorsque juste­ment, vous sentiez que vous jouiez votre meilleur tennis ?

    Je profi­tais vrai­ment du moment. Il faut profiter du moment. Mener deux sets zéro, en un peu plus d’une heure, contre le tenant du titre, sur un court où il n’a plus perdu depuis 3 ans, c’était incroyable. J’essayais de profiter du tennis que je jouais, de prendre du plaisir. Je crois que c’est le meilleur match sur gazon que j’ai jamais joué. C’est arrivé au bon moment !

    Quel est le goût du gazon ? Pourquoi en avez‐vous mangé ?

    Le gazon a plutôt bon goût, vrai­ment ! Quant au pour­quoi… Je me sentais comme un animal. Je voulais voir quel goût ça avait. Je ne sais pas. C’est venu spon­ta­né­ment, vrai­ment. Je n’avais pas prévu de faire cela. Je ne savais pas quoi faire pour célé­brer cette exci­ta­tion, cette joie. 


    Chaque joueur imagine ce qu’il pour­rait ressentir s’il gagnait Wimbledon. La réalité correspond‐elle à ce que vous aviez imaginé ?

    Je ne peux pas parler au nom de tous les joueurs parce que chacun à son tournoi du Grand Chelem préféré. Mais je pense que la majo­rité des joueurs placent ce tournoi comme le plus impor­tant de notre sport. J’imagine que cela vous donne une idée de ce qu’une victoire ici repré­sente pour un joueur de tennis.

    Votre mère a dit que la victoire en Coupe Davis vous a appris à jouer sans peur. Pensez‐vous que si le résultat avait été diffé­rent à Belgrade, vous n’en seriez pas là aujourd’hui ? Etait‐ce si impor­tant dans votre série de victoires actuelle ?

    Si ma maman a dit ça, c’est que c’est ça. Point. (Sourire). Je ne peux rien dire d’autre. Ma mère me connait mieux que personne. C’est vrai qu’après la victoire en Coupe Davis, j’étais plein de vie, plein d’énergie. J’avais hâte de revenir aux affaires, hâte de joueur encore plus, de gagner d’autres tour­nois. J’avais perdu mes craintes, mes peurs. Je croyais plus que jamais en mes capa­cités. L’Open d’Australie a été l’un des tour­nois où j’ai le mieux joué de ma vie.


    Rafa a dit que vos 4 victoires contre lui en finale cette année ont fait la diffé­rence dans les moments chauds. Vous confirmez ?

    Il a proba­ble­ment raison. C’est vrai que j’ai gagné, 4 fois d’affilée contre lui en finale cette année. J’avais cela dans un coin de ma tête. J’essayais de me souvenir de ces matches‐là et de jouer de manière aussi perfor­mante : être agressif, saisir mes chances, ne pas lui donner l’opportunité de prendre le contrôle du match.


    Vous allez de victoires en victoires. Jusqu’où pouvez‐vous aller ?

    Je vais revenir ici pour gagner d’autres Wimbledon, d’autres titres du Grand Chelem. Je suis né pour ça, pour être un cham­pion. Je veux gagner encore plus de tour­nois du Grand Chelem. J’ai atteint les deux plus grands objec­tifs de ma vie en trois jours. Mais je ne vais certai­ne­ment pas m’ar­rêter là. 


    Vous disiez que vous n’aviez plus peur en jouant. A 30A dans le dernier jeu, vous faites service‐volée. C’est à cela que vous pensez quand vous dites avoir gommé cette peur ?

    C’était main­te­nant ou jamais. Il fallait juste fermer les yeux, servir un slice, monter au filer et espérer qu’il fasse un chip (sourire). Il faut saisir ses chances. Dans ce genre de moments, tu dois croire que tu peux réussir ce genre de schémas, de coups. Ne pas attendre que l’adversaire fasse une faute et te donne le point.


    Vous disiez qu’il a fallu un long processus pour atteindre cette première place mondiale. Quel a été le pire moment pour vous ? Quand avez‐vous eu peur de ne pas y arriver ? A 14, 16, 18 ans ?

    Après mon premier titre en Grand Chelem, j’ai dû faire face à des situa­tions que je n’avais jamais connues aupa­ra­vant. Défendre un titre du Grand Chelem, être l’un des meilleurs joueurs, faire face à la pres­sion, aux attentes des gens qui vous voient toujours aller loin – au minimum en demie – dans les plus gros tour­nois. C’est quelque chose que je n’avais jamais vécu avant mes 21 ans. Et ces deux, trois dernières années, j’ai dû faire face à des périodes avec des hauts et des bas. Je vous menti­rais si je vous disais que je n’ai pas douté. J’ai eu des doutes. J’ai vécu des moments diffi­ciles, des moments de crise où je ne savais plus si j’allais atteindre mes objec­tifs. Federer et Nadal étaient si dominateurs…


    A la fin du match, vous sembliez réel­le­ment rattrapé par l’émotion. Qu’est-ce qui s’est passé dans votre tête lorsque vous avez gagné ?

    Les senti­ments que j’ai ressentis à ce moment‐là sont abso­lu­ment indes­crip­tibles. Ce sont les meilleurs que j’ai jamais ressentis sur un court de tennis. Gagner Wimbledon, regarder ma box, ces 20 personnes qui me sont les plus chères, et partager ce moment avec eux, c’était incroyable. 


    La suite, c’est l’Amérique du Nord, l’US Open. Mais l’année prochaine, c’est aussi Wimbledon et les Jeux Olympiques. Vous vien­drez pour les deux ?

    Bien sûr ! Bien sûr que je vien­drai. Maintenant que je sais que je peux bien jouer sur gazon, je viens ! (Rires).

    Cette réus­site mérite une belle fête. Comment allez‐vous célé­brer cette victoire ?
    Comme les Serbes célèbrent les victoires.

    C’est‐à‐dire ?
    C’est très diffi­cile à expli­quer (Sourire).


    Comment vont‐ils célé­brer cela en Serbie ?

    Je ne sais pas comment c’est là‐bas. Je verrai demain !

    A propos de l’auteur

    Pauline Dahlem

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.