Djokovic : « Le tennis est propre ! »

    66

    Du boulot pour Novak Djokovic ! Le numéro un mondial a dû, dans un premier temps, prendre le dessus sur Radek Stepanek au troi­sième tour de l’Open d’Australie, 6–4 6–3 7–5. Puis, dans un deuxième, affronter les jour­na­listes en confé­rence de presse. Après les aveux de Lance Armstrong, qui a reconnu hier s’être dopé tout au long de sa carrière, l’exer­cice devait être délicat et les réponses de Djokovic, premier ambas­sa­deur du tennis, scru­tées. Voici ses propos sur le sujet. Rien de bien nouveau sous le soleil… Mais on vous laisse vous faire votre opinion !

    Ca a été votre match le plus diffi­cile du tournoi, pour le moment…

    Oui, sans aucun doute. Je ne m’at­ten­dais pas à un match facile, de toute façon. Quand vous êtes au troi­sième tour d’un Grand Chelem, que vous jouez un joueur tête de série, top 30 au clas­se­ment, quel­qu’un qui a une grosse expé­rience du circuit… En plus, c’est un gars qui aime les grands courts. Vous avez pu voir comme il prenait du plaisir. Ca a été un match très plai­sant. Et, sur le court, il est très habile, il vient au filet, il ne vous donne jamais la même balle deux fois d’af­filée. Ca fait de lui un joueur bien diffé­rent de la majo­rité des gars.

    C’était un match sérieux, mais assez théâtral…

    Comme je l’ai dit, c’est un troi­sième tour de Grand Chelem, ça veut tout dire. Nous voulions tous les deux gagner le match, même si nous en profi­tions en même temps. En plus, on se connaît bien depuis long­temps. J’ai beau­coup de respect pour lui, c’est un grand combat­tant, un compé­ti­teur. Un des rares joueurs à venir encore au filet et à varier son style de jeu. C’est sympa de voir un gros coup droit à plat. Il a un style de jeu vrai­ment inha­bi­tuel dans ce tennis moderne.

    Vous avez entendu les aveux de Lance Armstrong (NDLR : Armstrong a reconnu s’être dopé la majeure partie de sa carrière hier). Qu’est‐ce que vous en pensez ?

    Je pense que tout le monde s’at­ten­dait à ce qu’il dise ce qu’il a dit. Ca aurait été ridi­cule de sa part de nier encore et de refuser toutes les charges qui pèsent sur lui, lors même que son dopage a été prouvé. Ils avaient un millier de preuves disant qu’il était dopé. C’est une honte pour le sport d’avoir un athlète comme celui‐ci. Il a trahi le sport. Il a trahi énor­mé­ment de monde partout sur la planète avec sa carrière et l’his­toire de sa vie. A mon sens, on devrait lui reprendre tous ses titres, parce que ce n’est pas juste pour les autres spor­tifs. Ce n’est pas la manière dont il faut conquérir des succès. Il doit souf­frir de ses mensonges depuis toutes ces années. 

    Vous pensez que les contrôles anti­do­page sont assez rigou­reux dans le tennis ?

    Dans le tennis, selon moi, la lutte anti­do­page est vrai­ment bonne. Les règles sont peut‐être un peu plus strictes, parce que vous avez les docu­ments des « wherea­bouts », où vous devez préciser tous les endroits où vous allez être chaque jour, tout au long de l’année. D’un autre côté, c’est aussi ce qui donne aux instances l’op­por­tu­nité de vous contrôler. Et vous savez que tous les joueurs sont dans le même cas que vous. De ce point de vue, c’est juste. Et je n’ai rien contre l’idée de me faire contrôler 10, 20 ou 30 fois par an par les instances de la lutte antidopage. 


    Qu’en est‐il des tests sanguins ? L’ITF nous a rappelés qu’il n’y avait eu que 18 tests sanguins sur les meilleurs joueurs en 2011. Vous pensez que vous‐même, Andy Murray, Roger Federer et Rafael Nadal devriez être plus souvent testés ?

    Oui, je n’ai pas subi de tests sanguins depuis les six ou sept derniers mois. C’était un peu plus régu­lier ces deux ou trois dernières années. Je ne sais pas pour­quoi ils les ont dimi­nués. Tant que les contrôles sont justes, moi, ça ne me dérange pas. On essaie de protéger l’iden­tité de ce sport. Je suis persuadé que les joueurs de tennis sont parmi les athlètes les plus propres, dans l’un des sports les plus concur­ren­tiels au monde. Tant qu’on continue dans cette voie, je n’ai pas à me plaindre de ces tests.

    Darren Cahill a dit qu’il trou­vait que les règles du programme de lutte anti­do­page dans les tennis n’étaient pas adap­tées. Pis, que la lutte avait reculé ces dernières années. Qu’est‐ce que vous en pensez ?

    Pourquoi a‑t‐il dit ça ?

    C’est son opinion.

    Je ne sais pas. Il doit y avoir une raison pour qu’il dise ça, une histoire qu’on ne connaît pas. Je connais Darren. C’est un super gars, quel­qu’un qui connaît très bien le tennis. Mais, à mon sens, la seule chose dont on peut se plaindre, ces dernières années, c’est du système des wherea­bouts. Pourquoi devons‐nous écrire où nous sommes chaque jour des 365 d’une année, alors que nous passons la plupart de notre temps sur les courts ? C’est quelque chose qui est discu­table. Mais, d’un autre côté, plus il y a de tests d’urine, plus il y a de tests sanguins, mieux c’est. Parce que vous savez alors que ce sport est un sport propre et que tout le monde est traité pareil.

    Beaucoup de fans de cyclisme n’ont plus la foi dans leur sport. Vous pensez que les fans de tennis doivent être confiant dans le leur ?

    J’ai perdu beau­coup de foi dans le cyclisme. J’avais l’ha­bi­tude de regarder ce sport. Tous les grands cham­pions qui ont couru, Marco Pantani, main­te­nant Lance Armstrong… Enfin, pas tous. Je ne sais pas vrai­ment. Mais il y a eu telle­ment de contro­verses. Je suis sûr qu’il y a beau­coup de cyclistes de par le monde qui s’en­traînent chaque jour sans utiliser quelque drogue que ce soit pour la compé­ti­tion. Mais je pense aussi que ce n’est pas accep­table qu’ils aient à courir autant de courses dans des périodes de temps aussi réduites. Chaque jour, ils courent 250 bornes… Ils grimpent des montagnes, ils les descendent, au Giro, au Tour de France… C’est un effort inhu­main. On le constate : Lance Armstrong et beau­coup d’autres doivent prendre quelque chose pour réussir.

    Vous seriez en faveur d’un passe­port biolo­gique dans le tennis, comme ils le font dans le cyclisme ?

    Nous pouvons discuter long­temps de toutes les options. Mais, d’une manière géné­rale, je pense que les règles anti­do­page en vigueur dans le tennis sont bonnes. Je ne pense pas qu’il devrait y avoir de gros chan­ge­ments. Tout est déjà bien offi­ciel. Nous devons écrire où nous sommes chaque jour de notre vie, donc ils ont la possi­bi­lité de nous tester n’im­porte où chaque jour des 365 d’une année. A mon sens, ça ne donne aucune chance à un joueur de faire quelque chose qui serait contraire au sport.

    Actuellement, les meilleurs Juniors sont classés aux alen­tours de la 200ème place, chez les garçons. Est‐ce que ça montre à quel point le circuit est physique désor­mais et toute la matu­rité qu’il faut avoir pour percer ?

    Oui, je trouve que la compé­ti­tion évolue. Et ça s’est accé­léré ces dernières années. C’est de plus en plus diffi­cile pour les plus jeunes d’ar­river tôt sur le circuit et de percer au plus haut niveau. Mais, vous savez, si vous êtes un joueur de classe mondiale et de grande qualité, vous finirez par y parvenir. Les joueurs comme Raonic, Tomic ou Dimitrov le montrent. Maintenant, on attend d’eux qu’ils atteignent le top 10 dans un futur proche, donc on verra ce qu’il va se passer.

    A propos de l’auteur

    Rémi Cap‐Vert

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.