Paul‐Henri Mathieu a joué, et gagné, le deuxième plus long match à Roland Garros face à John Isner, 11ème mondial. En 5h41, le Français s’impose 6–7(2) 6–4 6–4 3–6 18–16 et se qualifie pour le troisième tour. Une performance ahurissante de la part d’un joueur qui revenait sur le circuit depuis seulement quelques semaines, après quinze mois sans jouer. Une période pendant laquelle PHM est presque devenu un autre joueur
« Il affrontait la douleur d’une manière incroyable. Tous les jours il était là. Cela a duré des mois. Franchement, respect. Respect. » Cette déclaration est signée Eric Winogradsky, l’ex‐entraîneur de Richard Gasquet et de Jo‐Wilfried Tsonga. Et ça, c’était avant ce match. Alors, autant dire que Paulo n’a pas fini de se faire respecter. A l’issue d’un combat allucinant de 5h41, il a réussi à accomplir un exploit digne de celui réalisé, presque deux ans auparavant, par son adversaire du soir, John Isner. Exploit qu’il avait lui‐même réalisé face à un autre Français, Nicolas Mahut, qui n’est autre que le parrain du fils à Paulo. Ce match relève donc plus qu’une simple rencontre du tennis. Il relève d’une histoire. Et pas seulement par sa longueur, pas seulement par ses échanges totalement fous, pas seulement par son suspense insoutenable. Il l’est aussi par le fait que les principaux protagonistes ont connu des évènements qui dépassent le cadre de ce match. Il y a un an, Mathieu était en béquilles. Ce soir, il se tient la tête dans les mains sur un dernier coup droit dans le couloir de son adversaire. Ce soir, il lève les bras au ciel vers un Dieu du tennis qui n’a jamais cessé d’avoir des plans pour lui. Ce soir, il salue la foule en délire, au centre du court Philippe Chatrier, qui a toujours soutenu son héros. On est là bien loin de ces mois de galère et de souffrance à se demander s’il retrouverait jamais les terrains.
Alors, on pourrait parler du contenu de cette rencontre. Dire que, malgré un tie‐break du premier set manqué, le Français est bien revenu en empochant les deux manches suivantes. Ajouter que, à deux sets partout, le moindre break serait fatal pour l’un ou l’autre des joueurs. Entre un PHM essayant essentiellement de faire le moins de fautes possibles et un Isner prenant pas mal de risques, le match s’emballe. L’Américain fait très mal par ses décalages surpuissants en coups droits et ses services, où il sauve pas moins de vingt balles de break et réussit quarante‐et‐un aces. Il sauve aussi six balles de match. Pour n’importe quel joueur, ça aurait été trop. Mais pas pour Paulo. Parce que, lui, il en a déjà trop connu. La défaite serrée de trop, la blessure de trop. Alors, ce n’est pas après tant d’efforts, insurmontables comparés à ces quelques balles, qu’il va lâcher. Malgré un visage marqué par la fatigue, plus que logique, après un retour récent et un premier tour, là aussi, en cinq sets, Paulo se bat, remet tout ce qu’il peut sur le court et agresse son adversaire pour venir finir le plus de points possibles au filet. Sans jamais se déconcentrer, ni se frustrer, il remporte finalement un dernier set qui aura duré presque 2h30, sur le score de 18 à 16.
Certes, on reste loin du Mahut‐Isner de Wimbledon 2010, mais Paulo saura s’en accommoder. Ce match, c’est l’histoire de deux joueurs qui ont connu des antécédents différents mais qui résultent d’un même but : celui de se battre. Ce soir, Mathieu n’a pas gagné le tournoi. Et il ne le gagnera sûrement pas. Mais c’est bien plus qu’il a obtenu : le respect, l’amour de ce sport, le droit de revivre sa passion. Le droit de revivre, tout court. C’est l’histoire d’un joueur qui gagne au mental – qui l’eut cru il y a quelques années ? Forcément, on repense souvent à ses rencontres perdues car il n’a pas su se mettre dans l’optique psychologique adéquate, comme ce match contre Youznhy, en Coupe Davis, en 2002, ou ce match contre Canas, lors de Roland Garros 2005. Ces quinze mois loin des courts lui ont permis de faire le vide avec tout cela, et de se dire que, peut‐être, le meilleur restait à venir. Cette bataille du deuxième tour dépasse, sans doutes, largement ses vieilles espérances. Il ne faut cependant pas oublier qu’il y a un troisième tour à jouer, face à Granollers ou Jaziri, qui finiront leur match, interrompu à deux manches partout, demain. Sans leur manquer de respect, viser les huitièmes de finale face à l’un ou l’autre ces adversaires est loin d’être utopique. Surtout après les deux combats dont Paulo est ressorti vainqueur. Celui d’un soir. Et celui d’une vie.
Publié le jeudi 31 mai 2012 à 22:00


