Roger, comment jugez‐vous votre performance ?
Je suis bien sûr très content de ma performance sur les deux semaines. Sur la finale, j’ai disputé un des meilleurs matches de ma carrière. Je ne sais pas si c’est le meilleur parce que chaque adversaire est différent et chaque tactique est différente. Mais aujourd’hui (dimanche), j’ai affronté un joueur qui possède toutes les armes pour gagner les grands tournois et pour battre les meilleurs. Jouer du début jusqu’à la fin à un niveau si élevé, c’est quand même très spécial.
Avez‐vous eu le sentiment de contrôler le match ?
C’était très serré. C’est un des meilleurs relanceurs du circuit, peut‐être le meilleur. S’il sert bien, il est très difficile à breaker car il ne commet quasiment pas d’erreur du fond de court. Il faut vraiment pousser, faire le jeu, il contre hyper bien et il peut aussi jouer de manière agressive. Cela rend les choses assez compliquées. Il faut être très serein et croire en sa tactique et en son jeu. J’ai senti rapidement que ce serait un match super difficile parce que c’était très intense physiquement et mentalement. J’ai rarement joué un match aussi physique.
Ces diagonales en revers, où vous avez été plus solide que lui, est‐ce ce qui a donné le ton du match ?
Oui, c’est clair. C’était important de ressentir une certaine solidité dans mes frappes, dans mon jeu de jambes… Après, il peut aussi vite accélérer la balle, servir un peu différemment, tout à coup faire service‐volée, on ne sait pas exactement à quoi s’attendre contre lui. Il a montré dans le passé, notamment ici contre Rafa, qu’il pouvait jouer beaucoup plus agressif.
Comment avez‐vous vécu le tie‐break du 3ème set ?
Je joue rarement ce genre de tie‐break, peut‐être à l’entraînement parce qu’on fait souvent des tie‐breaks. Mais cela se termine rarement à 13–11. Mon record est de 20–18 contre Safin à Houston. Cela m’a fait penser à ce tie‐break. Terminer un match sur un long tie‐break, c’est très stressant car on peut se retrouver à vingt‐quatre points de la victoire ou à un point. Je suis donc allé chercher les points, j’ai pris des risques à la fin, c’est phénoménal.
En quoi ce 16e titre du Grand Chelem est‐il particulier ?
C’est mon premier Grand Chelem comme papa. Quand je suis parti pour le match, je leur ai dit : « Ah c’est une bonne journée, vous avez dit bonne chance, j’ai bien compris » (rires). Elles ont fait du bruit, je me suis dit c’est peut‐être ça (rires). Cela m’a donné envie de bien faire. C’était émouvant de partir comme ça. Je suis heureux d’avoir pu tout gérer avec le tournoi, le stress, les médias, les matches, les entraînements. Cela fait très plaisir de commencer une saison de cette manière car je me suis entraîné comme un fou en septembre et en décembre. C’est vraiment super de voir que cela paie.
Après la balle de match, à quoi pensez‐vous sur votre chaise, en attendant que l’on vous appelle pour la remise de la coupe ?
A plusieurs choses… Bien sûr, il y a une grande fierté, une grande satisfaction. Une grande fatigue également qui s’installe, car tu sais que là, tu n’as plus à aller faire de jeu de service, à aller servir à 210 km/h. Mais c’est quand même quelque chose d’agréable d’avoir gagné, de s’asseoir sur le banc, regarder le public et juste savourer le moment (sourire). Parce que cinq minutes plus tard, tu es sur le podium, puis tu pars, tu fais la presse etc… Ces cinq minutes sont assez spéciales.
Après votre finale ici l’an passé, vous êtes revenu encore plus fort avec trois nouveaux titres du Grand Chelem. Imaginiez‐vous cela ?
J’ai toujours dit que l’an dernier, en finale contre Rafa, j’avais joué un superbe tennis aussi. Certains pensent que je n’ai peut‐être pas joué à mon meilleur niveau, mais c’est un match où je pars en vacances en me disant : « OK, trop fort. Je peux quand même vivre avec ce résultat, la performance était tout de même bonne, et je suis sur le bon chemin ». A Indian Wells et Miami, je n’ai pas joué incroyable et j’arrive pourtant à faire des demi‐finales, ça me laisse espérer pour la suite. J’ai donc quand même pensé, au moment de la défaite, que ce serait une bonne année. Évidemment, j’espérais que Rafa ne jouerait pas tout le temps à ce niveau, mais c’est quasiment impossible, car lui aussi a gagné quasi chaque tournoi qu’il a disputé, et d’une façon assez incroyable. Bien sûr, avec du recul, je suis surpris d’avoir gagné Roland‐Garros, Wimbledon et maintenant l’Open d’Australie. Mais je savais que c’était faisable.
Qu’allez‐vous dire à vos filles demain matin lorsqu’elles se réveilleront ?
Je ne sais pas… Quand je suis parti j’ai dit : « Ah ! C’est une grande journée, hein ! Vous avez dit bonne chance, là ? J’ai bien compris ? ». Elles ont fait du bruit (sourire), donc je me suis dit que c’était peut‐être ça ! Au moins, ça m’a donné envie de bien faire, c’était émouvant de partir comme ça. Quand je vais les revoir, c’est sûr que ce sera spécial.
Vous gagnez aujourd’hui votre 62e titre, rejoignant ainsi Vilas et Borg. Vous êtes n°1 depuis 268 semaines, vous égalez Connors. Et le 14 juin, si tout se passe bien, vous battrez le record de Pete Sampras (nombre de semaines passées à la première place mondiale (286). Qu’est‐ce que cela signifie pour vous, tous ces records qui tombent ?
C’est incroyable… Même pour moi qui ai l’habitude de parler de record depuis plusieurs années. Mais ce n’est pas quelque chose que je vise, contrairement à ce que certains pensent. Je ne me dis pas : « Je veux battre ça, il me manque celui‐là, ce titre‐là serait important pour créer la carrière parfaite ». Non. Ce qui arrive arrive… Il n’y a pas de chemin pour essayer d’arriver à tous ces succès, à ces records. Tu peux juste donner ton maximum, avoir envie de le faire. Si je peux battre le record de Sampras, c’est magnifique. En même temps, je suis triste pour lui : c’était mon idole, et je m’entends très bien avec lui. Donc si ça arrive, super, mais sans plus. Bien sûr, je sais que cette victoire va m’aider à m’en rapprocher encore un peu plus, donc c’est super. Mais on verra la suite.
Lors de ce tournoi, vous avez vécu deux moments difficiles : votre troisième set face à Igor Andreev au premier tour, et votre première heure de jeu face à Davydenko en quart de finale. Qu’est‐ce qui a été le plus dur ?
Je pense quand même que les deux matches ont eu quelque chose de similaire. J’ai ressenti non pas que j’étais fragile, mais contre Andreev, le mec jouait le plomb ! Basta. Contre Davydenko, j’ai vu le score : 6–2, 2–0 pour lui, j’ai pensé que je n’allais pas m’en sortir. Ce match contre Davydenko, à mon avis, était la clé, avec la réaction (13 jeux d’affilée).
Avez‐vous senti Murray craquer en finale ?
Non. Des Murray ou des Djokovic ont montré depuis plusieurs années qu’ils battent des Top 10 souvent et qu’il sont toujours devant dans les grands rendez‐vous. Ils ont le jeu pour gagner les grands tournois eux aussi. Murray ne m’a pas battu six fois pour rien. Et il sait qu’il peut le refaire, même ce soir où il a perdu. Ces joueurs sont trop forts pour ne pas gagner de grands tournois. Quelques fois, ce n’est juste pas facile. On le voit avec Roddick : il a gagné un Grand Chelem en 2003, derrière il n’en a plus gagné d’autre. Personne n’aurait dit ça. Mais cela montre que ces grands chelems ne sont pas faciles à gagner.
À Roland‐Garros, vous aviez gardé la Coupe toute la nuit. Allez‐vous aussi conserver le trophée cette nuit ?
Je n’ai pas ce trophée en taille réelle, je vais leur demander une copie. Ce serait sympa de garder le trophée pour la soirée.
Publié le dimanche 31 janvier 2010 à 22:37



