Stosur‐Schiavone en finale du simple dames à Roland‐Garros, même les parieurs les plus fous n’auraient pas osé, surtout pour l’Italienne. Mais les deux joueuses ont pratiqué un tennis attrayant pour parvenir à leur première finale en Grand Chelem, et on espère que leurs émotions ne les rattraperont pas pour ce grand moment. L’Australienne part favorite, mais Schiavone a déjà connu les joies de la victoire en Fed Cup, et ne sera pas à prendre à la légère.
Pour la première fois dans sa carrière atypique, Sam Stosur jouera une finale de simples en Grand Chelem, qui plus est dans la peau de la favorite. En deuxième semaine, l’Australienne est montée en puissance et a joué les découpeuses de têtes, épinglant la revenante Justine Hénin, la n°1 mondiale Serena et Jelena Jankovic, toujours bien placée mais encore une fois battue à l’arrivée. La joueuse des antipodes redonne du lustre à un pays qui autrefois trustait les trophées et n’a plus connu de succès chez les dames à Paris depuis Margaret Court en 1973. Demi‐finaliste l’an dernier, Stosur peut passer n°5 à l’ATP, elle qui n’était même pas dans le top 50 fin 2008. Son adversaire du jour Schiavone, à la progression plus linéaire et constante, se dit elle‐même impressionnée par l’ascension de Stosur : « Stosur est la joueuse qui s’est le plus étoffée ces dernières années. Depuis deux ans, elle joue vraiment super bien ». Et Jelena Jankovic ne tarit pas d’éloges sur celle qui l’a surclassée en demies : « Elle a un jeu assez masculin, un kick que peu de femmes savent utiliser aussi bien, un effet très lourd. Elle a si bien joué pendant ce tournoi, en battant les favorites. Je pense qu’elle va gagner ». Oui mais voilà, pour la première fois depuis ses trois premiers tours, Stosur a les pronostics en sa faveur, ce qui pourrait perturber cette joueuse aussi introvertie dans son attitude que déterminée dans ses frappes.
Mais bon, il faut le reconnaître, outre son parcours impressionnant à Paris, Stosur a le jeu le plus explosif et aura sans doute les clés du match. Contrairement à son adversaire au parcours pré‐Roland Garros discret, l’Australienne a deux finales sur terre à son active, une perdue contre Hénin à Stuttgart, et un succès à Charleston. Elle sert très bien depuis le début du tournoi, où elle se classe deuxième au nombre d’aces réussis, 31 à son compteur. Contre Jankovic par exemple, elle a écoeuré la Serbe en multipliant ses gros kicks au centre, mais elle est aussi capable de servir extérieur pour enchaîner sur un gros coup droit. Le revers est peut‐être son point faible, mais n’est pas non plus mauvais et elle s’appuie souvent sur la qualité de sa première balle pour avoir tout loisir de tourner sur son coup droit dévastateur. Des deux joueuses, c’est clairement elle qui a l’avantage du coup qui tue, la capacité de faire la décision rapidement.

En face de la stoïque australienne, athlétique et body‐buildée, se présente une latine haute comme trois pommes, au tempérament de feu, Francesca Schiavone. Impressionnante face à Maria Kirilenko et Caroline Wozniacki, la milanaise a ensuite profité de l’abandon d’Elena Dementieva pour se hisser jusqu’en finale, elle qui en douze ans de carrière est devenue une tôlière du top 20. L’année 2010, qui a vu la victoire de l’Inter Milan en Champions League après tant d’années de disette, pourrait bien être celle de la consécration pour la Lombardie en tennis, dans un pays qui n’a jamais connu les joies d’une victoire ni même d’une finale en Grand Chelem dans le simple dames. Schiavone est déjà assurée de se hisser enfin dans le top 10 et ne compte pas s’arrêter aux portes d’un exploit retentissant. Une joueuse à l’ancienne, pas vraiment impressionnante physiquement mais qui joue avec son coeur et sa tête. Caroline Wozniacki, battue par la transalpine en quarts, a apprécié : « Elle joue avec beaucoup d’effet, ne fait pas beaucoup d’erreurs et s’est montrée agressive. Elle a mieux joué que moi aujourd’hui, avec un style de tennis assez particulier sur le circuit féminin ».
L’Italienne n’a pas vraiment de coup fort, mais défend très bien et sait combiner les différentes facettes de son tennis pour concocter un cocktail à retardement mais explosif et diablement efficace. Elle casse le rythme par de petits slices de revers, joue de son lift en coup droit pour ralentir les balles et les faire tomber en feuille morte juste devant la ligne de fonds de court, et quand l’adversaire lui ouvre une brèche, elle s’y engouffre d’un coup droit ou d’un revers court‐croisé, un angle qu’elle maîtrise très bien. Elle n’hésite pas à aller au filet conclure l’échange, on l’a vu dans le smash rageur qui lui donne la victoire contre Wozniacki, ou dans les quelques amorties distillées face à Kirilenko. En clair, des deux joueuses, Schiavone est celle qui a le tennis le plus complet mais elle n’a pas de coût décisif. Elle aime bien les longs échanges, or on a vu contre Jankovic que Stosur maîtrisait les filières courtes, et si l’Australienne se montre efficace à ce petit jeu, Schiavone pourrait avoir du mal à rentrer dans le match.
Le head to head semble assez implacable entre les deux joueuses. Francesca Schiavone n’a plus battu Stosur depuis 2005, et a depuis subi quatre défaites consécutives dont deux sur terre face à l’Australienne. La dernière sur la surface remontant … au premier tour de l’édition 2009 de Roland – Garros ! Signe de plus qu’on ne s’attendait pas vraiment à voir ces deux joueuses s’affronter à ce stade de la compétition. La logique voudrait que Stosur l’emporte, mais une finale ne prend pas la logique en compte dans ses paramètres. Il faudra du coeur et des tripes pour aller au bout, et à ce jeu‐là Stosur a parfois fait preuve de fébrilité comme contre Serena, alors que Schiavone n’a pas encore tremblé. Mais la dernière marche sera peut‐être trop haute pour l’Italienne. Cette édition dames verra‐t‐elle Stosur ôter ses lunettes et toiser le central en liesse de son regard bleu cristallin ? Ou s’achèvera‐t‐elle sur un dernier baiser sur la terre de l’intrépide Schiavone ? A vous de décider, mesdames !
Publié le samedi 5 juin 2010 à 13:21



