Quelles sont les causes de la crise subie par le tennis américain en Grand Chelem ?
« S’il y avait une réponse facile, tout le monde aurait la réponse ». Cette citation de Paul Annacone, l’actuel coach Américain de Roger Federer, résume à elle‐seule la complexité de la question posée. Depuis quelques années, les analyses des spécialistes de tennis américain tentant d’expliquer les raisons de cette crise, fleurissent un peu partout dans les médias. Quelques éléments de réponses en ressortent.
Un premier constat s’impose d’emblée. Les joueurs Américains ne gagne plus de Grand Chelem en simple car la concurrence extérieure est tout simplement de plus en plus rude. Le tennis s’est mondialisé, professionnalisé dans de nombreux pays d’Europe (Serbie, Espagne…) et d’Amérique du Sud et de plus en plus de talents font de l’ombre aux tennismans Américains. C’est vrai mais cela n’explique pas tout.
Plus pertinente, peut‐être, demeure l’explication conjoncturelle et historique. Les années 2000’ ont vu l’éclosion successive de 3 génies du tennis comme rarement l’histoire de ce sport n’en a connu. Il s’agit bien sur de Roger Federer, de Rafael Nadal et plus récemment de Novak Djokovic. Depuis la victoire d’Andy Roddick en finale de l’US Open, le Suisse (15 victoires), l’Espagnol (10) et le Serbe (3) se sont partagés 28 Grands Chelems sur 31 possibles. Les autres n’ont eu droit qu’à des miettes et aucune d’entre elles ne furent récoltées par un joueur Américain. Gaston Gaudio l’a emporté à Roland Garros en 2004 juste un an avant que l’ogre Nadal ne vienne croquer tout le monde sur terre battue, Marat Safin s’est imposé en 2005 à l’Open d’Australie après avoir sortir le match de sa vie en demi‐finale contre Federer. Quant à Juan Martin Del Potro à l’US Open en 2009, il a su élever son niveau de jeu le temps d’un tournoi et à profiter de la relative et exceptionnelle méforme combinée de Federer, Nadal et de Djokovic.
Durant cette période vierge de Grands Chelems (2003−2011), Andy Roddick, qui n’a pourtant jamais cessé d’améliorer son jeu, aurait bien pu être l’arbre qui cache la forêt. L’Américain a participé à 4 finales (3 à Wimbledon, 1 à l’US Open) mais est tombé à chaque fois sur le génie de Roger Federer. Sans l’émergence du Suisse, nul doute que Roddick aurait 3 ou 4 titres de plus dans son escarcelle et l’on ne parlerait sans doute pas de la crise des joueurs américains en Grand Chelem.
Expliquer par des causes externes le déficit de tournois majeurs remportés par des Américains s’avère un fait incontestable. Mais il existe d’autres explications. Comment se fait‐il qu’un pays de plus de 300 millions d’habitants n’arrive pas à sortir pendant une décennie un génie capable de rivaliser avec les meilleurs tennismnns Européens ? Les Américains sont‐ils toujours aussi intéressés par le tennis ?
A première vue, la réponse à cette dernière question est positive. Le tennis est un sport qui se porte bien aux États‐Unis. D’un point de vue économique en tout cas. Ces 10 dernières années, l’industrie tennistique américaine a tourné à plein pot et a génèré de plus en plus d’argent. Lors d’une conférence de presse à Wimbledon cette année, Andy Roddick le faisait d’ailleurs très justement remarquer : « Regarder le nombre de participants pour les tournois, les ventes de raquettes, les licences recensées à la fédération… tout augmente ». Le joueur américain aurait également pu parler de la hausse du nombre de spectateurs, de sponsors, de retransmissions, de téléspectateurs… Bref, le tennis américain ne connaît pas la crise économique.
C’est au niveau de la popularité de ce sport aux Etat‐Unis que l’on peut trouver des raisons freinant l’arrivée de nouveaux génies de la petite balle ronde. Certes, les Américains s’intéressent toujours autant au tennis, mais il s’avère qu’ils demeurent beaucoup plus « accros » à d’autres disciplines comme le basket, le football américain ou encore le baseball. Pour un jeune américain rêvant d’une carrière sportive au haut niveau, le tennis reste un choix secondaire. Pas seulement secondaire, très couteux également. Doug MacCurdy qui s’est occupé de la formation des jeunes joueurs à la fédération américaine de 1998 à 2001 rappelle qu’il est difficile, voire impossible pour des enfants issus de milieux populaires de se lancer dans le tennis de haut niveau : « Pour les enfants se destinant à une carrière professionnelle dans le tennis, cela coute entre 25 000 et 30 000 par an ». Aux Etats‐Unis, le tennis demeure un sport accessible à tous au niveau amateur mais, y faire carrière demande beaucoup de sacrifices. Cela semble être réservé à une certaine élite économique.
Enfin, une autre raison du déclin des joueurs Américains en Grand Chelem revient inlassablement. Celles des méthodes d’entrainements aux États‐Unis. Elles semblent avoir peu évolué depuis les années 90’ alors que le tennis, lui‐même, ainsi que ses conditions de jeu ont beaucoup changé. Depuis le début des années 2000, selon les vœux de la Fédération Internationale de Tennis (ITF), les cours ont été ralentis, particulièrement sur herbe et en indoor, les balles ne sont plus les mêmes suivant la surface…. Bref, une véritable harmonisation a été entreprise par l’ITF afin que le tennis ne se résume plus à un jeu de services/volées. A voir, aujourd’hui‘hui, les joueurs trustant le haut du classement mondial, on se dit que les efforts de l’ITF ont payé. Les 10 meilleurs joueurs ne sont plus aussi « spécialisés » que par le passé mais ce sont tous des athlètes de haut niveau capables de l’emporter sur tous types de surface.
Le tennis américain semble avoir raté le bon wagon. Selon Patrick McEnroe, on enseigne aux jeunes Américains comment frapper dans la balle mais pas comment bien jouer ou se déplacer convenablement… Le frère de John, chargé depuis 2008 de la formation des jeunes joueurs par la fédération américaine de tennis, le sait : il a du pain sur la planche. Il souhaite construire des terrains en terre battue un peu partout aux États‐Unis afin d’apprendre une autre façon de jouer aux jeunes. Son but est simple. Il veut voir des jeunes Américains venir concurrencer les meilleurs Européens en Grand Chelem. Cela pourrait prendre de nombreuses d’années.
L’âgé d’or du tennis américain est même peut‐être tout simplement passé. C’est en tout cas ce que semble penser Paul Annacone, l’ancien coach de Pete Sampras, avec lequel nous terminerons ce second volet dédié à la crise des Américains en Grand Chelem : « Les enfants s’impliquent réellement dans les sports lorsqu’ils ont le souhait d’imiter quelqu’un. Un des moments le plus passionnants de l’histoire du tennis américain – et peut‐être, après coup, l’un des plus tristes – est la période des 90’. Nous avions Michael Chang, Pete Sampras, Mel Washington, André Agassi, Jim Courrier, Todd Martin… Nous n’avons pas réussi à attirer les enfants vers le tennis alors que nous disposions de joueurs avec des caractéristiques et des personnalités tellement différentes. Je pense que nous avons manqué une opportunité incroyable. Je n’en veux à personne, ni à la fédé, ni aux agents, ni même aux joueurs. Mais tout le monde est responsable. Nous aurions dû être plus créatifs à ce moment‐là pour attirer les jeunes. C’était une incroyable erreur car je pense que nous ne sommes pas prêts de revivre une telle période aux Etats‐Unis. »
Publié le mercredi 3 août 2011 à 19:47



