Monfils : « Je n’ai pas pu servir »

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    C’est un Gaël Monfils calme et décu qui s’est présenté devant la presse. Agacé de ne pas parvenir à passer le cap, le joueur trico­lore a beau­coup insisté sur les condi­tions spéciales de son duel face à Roger Federer et notam­ment la problé­ma­tique liée au vent.

    Gael, dans le troi­sième set, j’avais l’im­pres­sion que tu avais une chance à saisir. Que s’est‐il passé ?
    Pour être franc, je ne pense pas que j’avais une grande chance à saisir. C’était plutôt pendant le premier set que j’en avais une. Jusqu’au break, je menais le jeu.

    J’avais l’im­pres­sion que vous étiez en train de sautiller, que le dernier set était diffi­cile. Étiez‐vous blessé ou pas ?

    Non, pas du tout. Je m’étais étiré les abduc­teurs. Rien de spécial. En tout cas, rien de grave.

    Gael, tu disais que c’était au premier set. Tu mènes 3–1, il ne joue pas très bien. Tu ne rentres pas vrai­ment dans le match non plus. 
    Je ne sais pas s’il ne joue pas très bien, mais ce n’était pas facile avec le vent, au début. Il a raté un peu plus tout de suite. Mon gros point faible aujourd’hui a été que je n’ai pas pu servir du tout. Cela m’a handi­capé grave. Avec un peu plus de service, j’au­rais été plus dangereux. 

    C’était le vent ou un problème physique ?
    Le vent. J’avais du mal à m’adapter. J’aurais dû peut‐être servir des premières/deuxièmes, je voulais telle­ment passer la première que j’ai raté. 

    Tu t’es foca­lisée trop là‐dessus ?
    Oui, complè­te­ment, même si du fond, progres­si­ve­ment, je ne me sentais pas trop mal, je ne jouais pas trop mal, même s’il y avait du vent. J’arrivais à le tenir, à être agressif. Au service, j’ai bien péché aujourd’hui. 

    Bonsoir Gaël. Physiquement, après le match contre Ferrer, tu pensais avoir suffi­sam­ment de jus ? Tu te sentais comment ?

    Je n’étais pas trop, trop mal. Je n’avais pas trop de signes de fatigue. Je n’étais pas frais à 100 %. Mais à partir du moment où l’on rentre sur ce terrain, on oublie toute fatigue ou bles­sure possible. On est dans le match à 100 %. 

    Sentais‐tu, lorsque tu parve­nais à être agressif, que tu le déran­geais ?

    Oui, forcé­ment. Mais je pense qu’au­jourd’hui, j’ai joué un match pas trop mal, dans des condi­tions… J’ai un peu évolué sur cela. Je me rappelle un match catas­tro­phique dans les mêmes condi­tions, c’était à New York contre Djokovic, en quarts de finale. Là, j’avais vrai­ment mal géré. J’étais un peu plus satis­fait d’avoir réussi à tenir plus dans la tête, à rester dans mon match et à jouer un peu mieux au tennis. Agressif, oui, mais dans l’en­semble, je pense que ce n’était pas trop mal déjà. 

    Qu’est‐ce qui te gêne le plus dans ton jeu ? Il joue vite, il ne te laisse pas de temps ?
    Il a des super chan­ge­ments de rythme. Il a des chan­ge­ments de rythme percu­tants, qui font mal. Il n’y a prati­que­ment que lui qui te fait aussi mal. D’un coup, il percute. Mais honnê­te­ment, ma sensa­tion est un peu bizarre parce que je ne me sentais pas trop mal. Les condi­tions, je les ai gérées. J’aurais pu mieux les gérer. Je me suis trop foca­lisé sur mon service. Au fond de court, il a fait des fautes aujourd’hui. J’étais entre les deux. 

    De l’ex­té­rieur, on se dit qu’il y avait peut‐être la place. Toi, même si tu as perdu en 3 sets, tu as eu ce sentiment ? 
    Franchement, je ne sais même pas si je m’ac­corde d’avoir ce senti­ment. Je me dis juste qu’il a été plus fort que moi. J’ai eu des occa­sions, des oppor­tu­nités. J’aurais mené 4–1, cela aurait changé quelque chose ? Je n’en sais rien. Il a mieux gérer le match. Il était plus fort.

    Tu dis que tu ne te sentais pas si mal. On t’a vu frustré dans le tie‐break. C’était ton senti­ment dans l’ins­tant pendant que tu jouais le tie‐break ou il s’est détaché tout de suite ?

    Ce n’est pas forcé­ment mes coups. J’avais l’im­pres­sion, simple­ment, que la balle tour­nait vache­ment. J’essayais de faire atten­tion à mon jeu de jambes, c’est ce qui me frus­trait plus qu’autre chose. Mes coups en eux‐mêmes n’étaient pas trop mal. Depuis 2 jours, je tape bien fort dans la balle. J’arrive à être pas trop mal agressif. Avec des rafales de vent, c’est quand même super frus­trant. Je pouvais moins bien manœu­vrer. Je trouve que, quand il y a des condi­tions comme cela, l’im­pact physique joue vrai­ment moins. C’est plus dur d’avoir des longs rallyes intenses. Il faut faire atten­tion, tricoter avec les jambes, tourner avec la balle. De temps en temps, il faut jouer au milieu et attendre que le vent l’emporte sur le côté. 

    Après avoir joué contre Federer, que pensez‐vous de la demi‐finale entre Djokovic et qui va la gagner ? 
    Je ne sais pas qui va la gagner. Comme d’ha­bi­tude, Roger, je l’ai dit hier, est toujours bien présent. Il a beau­coup d’am­bi­tion encore. Aujourd’hui, j’ai essayé de lui offrir une bonne partie. Comme d’ha­bi­tude, il a réussi à répondre présent. Après, Novak joue très bien. Cela va être une super demi, un super match. Je serai le premier à regarder ce demi. 

    Gaël, as‐tu l’im­pres­sion que Roger a une marge sur ce tournoi ? Quand tu arrives sur le terrain, incons­ciem­ment, cela joue ? 
    Non. J’ai réussi à faire abstrac­tion de cela. Simplement, aujourd’hui, encore une fois, j’ai essayé de livrer une bataille dans les condi­tions du jour J. Il a été plus fort encore ce jour‐là. Quand je suis rentré sur le terrain ‑j’avais gagné une fois, la dernière fois, je sais que je l’ai fait‐je me suis dit « pour­quoi pas ? ». Aujourd’hui, il était encore plus fort pour moi. 

    Quelle était l’op­tion tactique que vous aviez choisie avec Roger ? On avait l’im­pres­sion que tu voulais jouer fort sur son coup droit. Après, tu as tourné autour de son revers. Aller sur son revers pour monter. Cela marchait presque mieux. 

    Au début, c’était plus cela. On n’avait pas mis l’op­tion du vent. Derrière, il fallait revenir à une chose plus simple. Tout le monde sait que Roger est fragile à son revers. Au début, ce n’était pas con, sans vent. Je sentais que j’avais de bonnes jambes, notam­ment en revers, je n’étais pas trop mal. Je me suis dit : « Pourquoi pas aller plein coup droit ? » Même s’il joue son coup droit long de ligne, qu’il fait si bien, je pouvais la prendre plus tôt et taper fort dans la diago­nale. Au début, c’était cela. Après, on a très vite vu qu’il fallait changer de tactique, reprendre la balle, reprendre son revers. Il a trouvé les parades. 

    Quel bilan tires‐tu de ce Roland Roland Garros, même si c’est un peu à chaud ?

    Chaque fois, Roland Garros, c’est la même chose, je reste toujours sur ma faim. Cela m’énerve un peu, à chaque fois, de ne pas arriver à prendre l’étape supé­rieure, à aller toucher un peu plus le rêve. C’est un tournoi pas trop mal, mais je reste assez frustré. J’ai envie d’aller plus loin, d’ar­rêter de m’ar­rêter là à chaque fois. Avec la même personne, c’est super chiant. Dans l’en­semble, ce n’est pas trop mal. 

    Tu parles d’aller plus loin. Qu’est‐ce qu’il te manque aujourd’hui ?

    Franchement ? Un peu de réus­site. Honnêtement, j’ai réussi à élever mon niveau de jeu quand il le fallait. Je perds encore, mais je pense avoir fait un match hono­rable. Un peu de réus­site. Certains sont déjà en demi, ils ont 5 jours de repos. J’enchaîne un back to back. Ce n’est pas facile de jouer Ferrer pour lende­main jouer Federer, Djokovic et, si tu vas plus loin, Nadal. Un peu plus de réus­site, je pense.

    De votre envoyé spéciale à Roland Garros

    A propos de l’auteur

    Audrey Riou

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.