Nadal, cinq ans et puis s’en va ?

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    Dans un entre­tien exclusif pour Vanity Fair, Rafael Nadal se dévoile. Le Majorquin s’in­ter­roge sur la suite à donner à sa carrière, handi­capée par sa maladie de Hoffa. Combien de temps pourra‐t‐il encore jouer au tennis à haut niveau ? Il revient égale­ment sur sa manière d’en­vi­sager la victoire. Mais aborde aussi le sujet de ses rela­tions, tant avec Federer qu’avec Djokovic. Avant de conclure sur les sujets person­nels – Xisca, sa famille, l’argent… Place à la parole du champion.

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    Nadal et sa future retraite

    « Je ne sais pas combien de temps je conti­nuerai à jouer au tennis… » C’est dit, la ques­tion que tout le monde se pose tout bas, Rafael Nadal la formule à voix haute. Atteint de la maladie de Hoffa, un problème qui touche ses tendons rotu­liens, il travaille pour revenir à la compé­ti­tion, au mieux dans quelques semaines, au pire en 2013. Mais pour combien de temps ? « Peut‐être encore cinq ans, j’aurai alors 31 ans. En tenant en compte du fait que j’ai commencé à 16… Qui sait ? » « Cinq ans », d’ac­cord, mais certai­ne­ment pas au rythme qu’il a mené derniè­re­ment. D’ailleurs, son médecin l’avait prévenu : il doit adapter son calen­drier à ses problèmes de santé. C’est aussi ce qu’il a fait depuis Roland Garros : jouer la prudence. Avec l’op­ti­misme en toile de fond : « Qui sait, d’ailleurs, peut‐être que le fait de me reposer là, main­te­nant, va me permettre de faire durer ma carrière un peu plus ? Jusqu’à ce que je ressente à nouveau des douleurs aux genoux, à la fin de Roland Garros, j’avais la sensa­tion de réaliser l’une des meilleures saisons de ma carrière. Je me sentais capable de gagner n’im­porte quel tournoi. Mais c’est alors que les problèmes ont débuté…  »

    Nadal et ses plus grandes victoires

    Dans cet entre­tien, il revient égale­ment sur ses grandes heures. Quel titre l’a marqué le plus ? Wimbledon 2008 ? Ses victoires à Roland Garros. Rafa botte en touche. Avec quelques bons mots, il faut le recon­naître. « Le succès, ce n’est pas la victoire, mais tout ce que tu as fait pour gagner. La certi­tude que tu as fait tout ce que tu pouvais pour réussir ce que tu dési­rais. C’est un senti­ment qui me rend heureux. Cette année, j’ai perdu en finale de l’Open d’Australie. Je n’ai pas aimé ça, mais j’étais tout de même heureux. » Avant de se remé­morer ses parcours à Wimbledon… « En 2006 aussi, j’étais vrai­ment heureux d’at­teindre la finale à Wimbledon, mais je ne l’ai pas jouée en ayant la sensa­tion de pouvoir la gagner. Perdre en 2007, par contre, ça a été beau­coup plus dur. J’ai très bien joué tout au long du match mais, dans le quatrième set, j’ai senti une pointe dans le genou et je me suis décon­centré peu à peu. Je joue alors très mal la cinquième manche. Quand tu perds une telle rencontre, tu ne sais pas si c’était ta dernière oppor­tu­nité de gagner Wimbledon, donc ça t’af­fecte d’au­tant plus. Alors que la victoire dans un tel tournoi, ça t’aide menta­le­ment dans les semaines et les mois suivants. Tu sens que tu as passé un cap et que tu pourras le refaire plus tard. Quand tu arrives dans ta chambre et que tu vois le trophée, tu es très fier de l’avoir conquis. Mais tu sais, au fond de toi, que rien est acquis. »

    Nadal et Roger, et Novak

    Ce qui amène Nadal a aborder le sujet des rela­tions qu’il entre­tient avec Roger Federer et Novak Djokovic, ses collègues du Big Four. Selon lui, elles sont au beau fixe. « Je n’ai pas de problèmes pour prendre le télé­phone et passer un coup de fil à Roger. On a beau­coup travaillé ensemble sur les diffé­rents sujets de l’ATP, afin de mettre en place des choses, de prendre les initia­tives que nous esti­mons pouvoir être béné­fiques à notre sport. » Mieux, les numéros un et deux se sont inquiétés et n’ont pas manqué de prendre des nouvelles à l’of­fi­cia­li­sa­tion de sa maladie rotu­lienne. « Ils se sont enquis de ma santé, ils m’ont demandé comment ça allait, si j’al­lais pouvoir être présent à l’US Open. Nos rela­tions sont très cordiales. » Néanmoins, comme Djokovic, il préfère ne pas parler d’amitié. « Ils sont d’ex­cel­lents compa­gnons, mais le concept d’amitié, c’est encore autre chose. Mes amis, ce sont ceux que je garde tout au long de ma vie et que je connais depuis long­temps, certains du collège, d’autres de bien avant… » Novak, de son côté, esti­mait qu’il ne pouvait pas « être ami avec Andy (Murray) ». « J’aime beau­coup ce gars, mais comment pouvez‐vous sortir et être le meilleur ami de quel­qu’un avec qui vous allez lutter jusqu’au bout le jour d’après ? C’est vrai pour moi‐même, Roger, Rafa et, main­te­nant, Andy. Nous nous appré­cions mutuel­le­ment et il y a un respect mutuel, mais le sens commun dit que nous ne pouvons pas être meilleurs amis. Quand nous serons tous à la retraite, nous irons dans un bar, on boira de la bière, on en boira trop, même, et on se rappel­lera tous les grands matches que nous aurons joué. Mais, pour le moment, nous devons garder une distance profes­sion­nelle. »

    Nadal et la famille

    Enfin, le Majorquin se prête au jeu des ques­tions plus person­nelles. Sa rela­tion avec sa fiancée, Xisca Perello… « Il est évident que, sur ce plan, la discré­tion est le meilleur parti pour moi comme pour elle. Sinon, tout se trans­forme en un show perma­nent, complè­te­ment superflu et désa­gréable. » Son rapport à l’argent… « Je suis loin de savoir combien j’ai d’argent. Ce n’est pas quelque chose dont je me suis direc­te­ment préoc­cupé. C’est mon père qui s’en charge ! D’ailleurs, je n’ai jamais vrai­ment été flam­beur. Juste une fois, après avoir gagné la finale à Wimbledon, je me suis offert une belle voiture. » Ou l’im­por­tance et la nature de ses rela­tions fami­liales… « Venir d’un village, comme moi, ça permet d’en­tre­tenir des rela­tions fami­liales très étroites et fidèles. Je vis avec mes parents et ma soeur, quand je suis là‐bas, je vais voir mes oncles quoti­dien­ne­ment… J’ai été heureux avec cette manière d’en­vi­sager la famille. »

    Si Rafael Nadal se fait attendre sur les courts de tennis, le voilà qui donne du grain à moudre à ses fans comme à ses détrac­teurs. En atten­dant, les impa­tients, à qui manquent les courses impro­bables et les coups de raquette du bout du monde, pour­ront se consoler avec les images de ses grandes réussites…

    A propos de l’auteur

    Rémi Cap‐Vert

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.