Passeport biolo­gique, la solution ?

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    Après avoir été intro­duit dans d’autres sports comme l’ath­lé­tisme ou le cyclisme, le passe­port biolo­gique devrait voir le jour cette année dans le monde du tennis. Mise en place par l’ITF, l’in­no­va­tion doit venir renforcer la lutte anti‐dopage, mesure trop peu consi­dérée pour certains joueurs – Federer, Murray ou Djokovic s’en étaient plaints récem­ment. Dans une inter­view accordée à The Tennis Space, le docteur Stuart Miller, respon­sable de la lutte anti‐dopage de l’ITF depuis sept ans, s’est montré très opti­miste quant à la mise en place de ce système.

    « Il devrait être utilisé d’ici 12 mois sur le circuit profes­sionnel » a déclaré le docteur Stuart Miller. 12 mois ? La ques­tion se pose. Comme l’avait affirmé Don Catlin – expert des drogues aux Etats‐Unis – pour The Tennis Space, une telle inno­va­tion « ne pour­rait fonc­tionner correc­te­ment qu’au bout de trois ou quatre ans ». Oui, car les échan­tillons qu’il faut collecter pour étudier le profil des joueurs doivent être analysés et étudiés, dans le but d’ob­tenir des résul­tats scien­ti­fi­que­ment corrects. Logique ? Stuart Miller ne semble pour­tant « pas comprendre » et affirme « que les deux ou trois premiers échan­tillons permettent de consti­tuer le dossier d’un joueur ». Il se corrige tout de même en affir­mant qu’il « faudrait un ou deux ans pour construire un dossier valable ». Cette nouveauté qui demande beau­coup d’in­ves­tis­se­ment moral et finan­cier sera‐t‐elle vrai­ment effi­cace et plau­sible sur le long terme ? Il faudra attendre encore quelque temps pour pouvoir répondre à cela. 

    Mais le docteur Stuart Miller a tout de même tenu à donner quelques éléments de réponses. Ce passe­port biolo­gique n’est pas « la panacée », le remède miracle de la lutte anti‐dopage, loin de là. Mais « c’est un outil très utile dans ce vaste combat. Il est impos­sible de détecter tous les cas de dopage grâce au passe­port biolo­gique. Il faut qu’il soit intro­duit dans un ensemble de mesures comme les contrôles hors compé­ti­tions, l’ana­lyse d’urine, les tests sanguins, les contrôles à l’EPO. Tout ça pour mettre en place un programme effi­cace. » Toutes les dispo­si­tions semblent vouloir être prises pour améliorer et multi­plier les contrôles. Financièrement, les budgets augmentent, comme celui de l’ITF qui avait annoncé deux millions d’euros consa­crés à la lutte anti‐dopage en 2013. Cela reste une misère quand on réalise tout l’argent qui est brassé dans le monde du tennis chaque année. Pour infor­ma­tion, environ 300 millions d’euros de prize money sont distri­bués chaque année sur l’en­semble des tour­nois du circuit… Certains émettent des solu­tions comme Darren Cahill, coach et ancien joueur de tennis austra­lien, qui avait proposé « une démarche pro‐active des joueurs qui inves­ti­raient direc­te­ment dans la lutte anti‐dopage » ou encore Francesco Ricci Bitti qui s’était plaint du peu d’im­pli­ca­tion des gouver­ne­ments dans la lutte contre le dopage. Pour Europe Online Magazine, il avait déclaré : « Les contrôles anti­do­page coûtent beau­coup d’argent, et c’est de l’argent néces­saire pour le déve­lop­pe­ment du sport. Nous avons besoin de plus d’im­pli­ca­tion de la part des gouver­ne­ments, et les gouver­ne­ments n’agissent actuel­le­ment pas comme nous l’attendons. »

    Alors que les problèmes pour améliorer la lutte anti‐dopage semblent trouver petit à petit des solu­tions – notam­ment avec les passe­ports biolo­giques -, les faits manquent et les contrôles se font toujours aussi raris­simes. En compa­rant les chiffres de l’UCI avec ceux de l’ITF, on constate que les coureurs cyclistes sont environ six fois plus contrôlés que les joueurs de tennis à l’heure actuelle ! Trouver une solu­tion facile et rapide : tel est le dilemme actuel des diri­geants de la lutte anti‐dopage.

    A propos de l’auteur

    Julien Wozelka

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.