Elle arrive en courant, serre les poings, lève les bras, saute sur l’estrade de la salle de conférence de presse, Francesca Schiavone est aux anges. Un bonheur communicatif, un sourire radieux, des flammes dans les yeux, l’Italienne nous a fait sourire, rire et même verser une petite larme. Merci Francesca de nous avoir fait vibrer et de nous avoir fait partager un peu de ton rêve. Une euphorie générale qui mérite bien la retranscription de la conférence de presse dans son intégralité.
Francesca, on a beaucoup lu d’histoires sur des joueuses et des joueurs qui arrivent après une longue carrière, qui jouent un match fantastique et qui gagnent, comment avez‐vous été en mesure de faire cela ?
Je me suis préparée pour cette finale mentalement et tactiquement. Je me suis très bien préparée. J’étais tellement concentrée sur moi‐même, j’ai essayé de regarder nulle part, je voulais simplement vraiment sentir mon jeu. Je voulais essayer d’être aussi agressive que possible.
Félicitations ! Avant d’entrer sur le court, avec votre coach, avez‐vous décidé de jouer plus agressivement et de venir au filet, de prendre possession du filet ? On a tous entendu le public italien qui vous soutenait, étiez‐vous en communion avec le public ?
Il y avait toute ma famille, les personnes qui travaillent avec moi, mes amis, des amis d’enfance quand j’avais 2 ou 3 ans, je suis très heureuse. Quand je les ai vus, je leur ai dit : « Que faites‐vous ici ? » Ils m’ont dit : « On a pris une voiture, on a roulé pendant 10 heures ». Je leur ai dit : « Vous êtes fous ! ». Ils m’ont répondu : « Tu ne nous as pas payé l’avion, il a fallu que l’on prenne la voiture ». C’était fantastique. Pour ce qui est de la montée au filet, cela faisait partie de ma tactique. Je voulais continuer à lui mettre la pression sur son revers dès que j’avais la possibilité de le faire, d’éviter son coup droit et de monter au filet. C’était cela que je voulais faire. J’étais très agressive et je suis rentrée dans le court.
Aviez‐vous rêvé cette victoire à Roland Garros ? Croyiez‐vous être en mesure de le faire ?
J’en ai toujours rêvé. J’ai toujours cru en moi. Je ne pensais pas au trophée, au tournoi mais j’ai cru en moi. Je pense que cela a été la clef de tout, je suis vraiment très heureuse, vraiment très heureuse.
Qu’est‐ce‐que cela veut dire pour la petite fille qui a joué à Milan il y a des années ?
Cela veut simplement dire que tout le monde a une chance. Tout le monde a la chance d’être ce qu’il veut être, de suivre son rêve et de tout faire dans la vie. C’est exactement ce qui m’est arrivé.
J’ai 2 questions. La première : il y a eu beaucoup de photos avec toi et la coupe dans tous les sens et à ce moment‐là, qu’est-ce qui t’est passé par la tête ? Quels étaient tes émotions, tes sentiments ?
Je n’ai rien compris, de quoi on parle ? D’une séance photo ? Ah, oui, pardon. Je pensais à hier moi. Je comprends. Aujourd’hui, je me disais : « C’est possible quand on travaille dur. C’est possible quand on a cette flamme spéciale qui brûle au fond de soi‐même ». Cela peut être la passion, le cœur. Cela vient de loin tout cela. Je ne pense pas que l’on puisse construire quoi que ce soit sans s’y donner entièrement. C’est vraiment ce à quoi je pensais pendant toutes ces photos.
Et deuxième question : quelqu’un vous a passé un téléphone portable, vous avez eu une conversation, qui vous a appelée ?
Le Président de la République italienne.
Que vous a‑t‐il dit ?
Il m’a dit : « Félicitations ! Profitez de ces instants, c’est un honneur pour l’Italie » et voilà.
Cela fait la deuxième année consécutive que l’Italie est en finale de la Fed Cup. Vous avez gagné la compétition féminine, est‐ce une reconnaissance du travail que vous avez fait pour le tennis féminin en Italie ?
La Fed Cup est une compétition extraordinaire. J’ai beaucoup de chance d’avoir une partenaire extraordinaire qui joue avec moi. Cela nous permet d’être une équipe très performante. Maintenant, c’est sans doute le bon moment pour aller aux Etats‐Unis pour essayer de conquérir un autre trophée. Ceci étant, le chemin est long mais c’est vrai que la Fed Cup m’aide à mieux jouer. Tout est bien. Tout ce que je fais est une étape qui me permet de mieux jouer.
Tous les journaux, toutes les télévisions vont faire les gros titres en disant : « Incroyable ! Impensable ! » Comment décririez‐vous ce que vous avez fait aujourd’hui ?
Je me suis dépassée. J’ai dépassé mes limites. J’ai aussi… (une sonnerie) Pardon, mon téléphone. J’ai également improvisé. Je suis allée au‐delà de mes limites. Il faut réussir à mettre tout ce que l’on a à mettre sur 20 minutes, une ou deux heures.
Je sais très bien que ce que vous allez nous dire : que quelle que soit la façon dont vous alliez jouer, vous alliez remporter ce match. Quand vous êtes arrivée à Paris, y pensiez‐vous déjà ?
Peut‐être pas mais au fond de moi, oui en fait. J’ai toujours rêvé de cela. C’est sans doute bizarre à dire mais quand j’ai appelé mon père, il m’a dit : « Je me souviens que toute petite déjà tu en rêvais. Chaque matin, tu te levais et c’était déjà un pas en direction de cela ». Peut‐être que ce n’était pas très concret dans la réalité mais voilà, je suis là aujourd’hui.
Rappelez‐vous du tie‐break, vous vous êtes rapprochée à chaque point, que ressentiez‐vous à ce moment‐là ? On avait l’impression que vous étiez un peu folle mais de manière positive.
Je sentais de plus en plus d’énergie, de plus en plus je ne pouvais plus arrêter le flot d’énergie. J’ai vraiment ressenti que c’était mon moment. J’ai saisi ma chance, je n’ai pas voulu perdre cette chance. Et puis plus rien ne m’importait, je voulais prendre ce point, jouer mon tennis, vivre le moment présent.
Nous avons vu vos supporters qui portaient un t‑shirt où il était écrit Francesca. Rien n’est impossible.
Non Schiavone parce que quand j’étais petite, on m’appelait comme cela.
Pouvez‐vous nous raconter l’histoire du t‑shirt ?
En vérité, je ne peux rien vous dire car ils sont arrivés ce matin en voiture. Je ne les ai vus qu’à la fin du match. Je ne sais pas. En plus, maintenant, ils s’en vont. Je ne suis pas certaine que j’aurais la réponse à cette question d’ici 2 à 3 jours.
Hier, vous avez dit que ce serait la plus intelligente qui gagnerait la finale, dois‐je en conclure que vous êtes la plus intelligente ?
Eh bien oui ! C’est moi. (Rires)
Je suppose que vous êtes un héros national en Italie, que ressentez‐vous ? A quoi vous attendez‐vous en Italie ? Pensez‐vous qu’il y aura des fêtes pendant des semaines, qu’il y a 50 milles personnes dans la rue à Rome ?
Mais non ! Pas du tout. Maintenant, je peux rentrer à la maison voir papa et maman. C’est mon objectif en ce moment parce qu’en général, on fait un bon repas à une dizaine de personnes. Maintenant, je pense qu’il va falloir que je rachète une maison plus grande pour organiser un dîner pour 50 personnes. Honnêtement, je ne sais pas. Pour l’instant, je suis ici. Je n’arrive pas bien à saisir ce qui se passe en Italie. Pour moi, c’est un honneur que d’être championne, que d’être une personne qui éventuellement pourrait servir de modèle à d’autres.
Il y a 2 semaines, j’ai vu votre premier match sur le court 12. Il faisait 20 degrés. Il vous a fallu 3 heures pour battre Kulikova, une Russe. Cela n’a pas été votre seul combat ici à Paris. L’importance de cette volonté de vaincre pendant ces 2 semaines pour vous ?
Je suis une combattante, c’est une de mes grosses qualités. Je porte cela à l’intérieur de moi. Je suis convaincue qu’il est important de se battre sur le court, et pour tout ce que je fais. Ce match a été très dur, je m’en souviens. J’ai très bien joué aux moments importants. J’ai dit à mon coach au bout de 3 ou 4 matches : « Je ne joue pas super bien mais quand il y a quelque chose de très important, quand par exemple on est à 4–0, je joue exceptionnellement bien ». Je pense que c’est la clef.
Ce qui vous distingue sur ce tournoi, c’est que vous avez embrassé la terre sur vos 3 dernières matches, après votre victoire. Que vous a‑t‐elle dit ? Lui avez‐vous demandé de faire de vous une championne ?
Je parle à la terre, je la remercie pour ces très beaux tournois, pour cette arène. J’appelle ce stade une arène parce qu’elle m’a donné la chance de vivre toutes ces émotions que je suis en train de vivre.
Pourquoi pensez‐vous avoir été plus intelligente pendant cette finale ? Désolée de cette question.
Non, non ça va. Je me suis très bien préparée au match. Je n’ai jamais changé d’état d’esprit. Je savais très clairement ce qu’il fallait faire quand j’essayais de jouer court, la balle d’après devait être longue. Quand elle courait sur son revers, il fallait que je lui fasse une balle courte sur son coup droit pour la balle d’après. Pour moi, c’est jouer intelligemment. C’est pour moi la façon de jouer intelligemment.
A qui avez‐vous pensé à la balle de match ?
A qui ? Je ne sais pas. A quoi, je sais. Je me suis dit : « C’est mon moment, rentre et mets‐lui autant de pression que tu peux ». C’est à cela que j’ai pensé au moment de la balle de match.
Avez‐vous pris un peu de terre du court pour la ramener à la maison ?
Non mais je pense que je vais aller le faire.
Je me disais que l’on vous avait mis de la terre dans la coupe.
Non, je peux toucher celle‐là et après on me donne un petit truc « grand comme cela ». J’ai gagné 3 tournois. Le premier, ils ont cassé le trophée, j’ai dit que ce n’était pas grave, on va mettre du scotch. Cela n’a pas été, mais cela va. Deuxième titre à Moscou, j’avais un superbe trophée comme celui‐ci. On m’a donné ensuite une petite assiette. Maintenant j’ai gagné, ils m’ont donné une coupe pas plus haute que cela. (Rires) Ils vont écrire mon nom, c’est cela qui est fantastique.
Vous nous avez dit ce que vous aviez ressenti au moment de la balle de match, puis elle a fait un bois. Vous saviez que vous étiez championne, qu’est‐ce qui vous est passé par la tête à ce moment‐là ?
Je ne sais pas. Je suis championne, je suis la n°1 sur ce tournoi. On était 128 le premier jour et je suis la championne. Je ne sais pas quoi vous dire. C’était une très grosse émotion. Que vous disent Federer et Rafa ? (Rires) J’essaie de me souvenir mais cela ne vient pas.
Publié le samedi 5 juin 2010 à 18:22



