Schiavone : « Sur terre battue, on a toujours une chance »

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    Cassée la Francesca, quand elle est arrivée en confé­rence de presse. L’Italienne qui s’est bien fait peur, a fina­le­ment arraché son billet pour les demies. Toujours aussi souriante et expres­sive, la gagnante de l’édi­tion 2010 a commencé son inter­view par un très drôle : « Bonjour. Bonne nuit ! » qui en dit long sur son état de fatigue. Extraits.

    Comment expliquez‐vous que vous puis­siez jouer contre des femmes qui sont encore des enfants et qu’à la fin, vous ayez encore plus d’énergie et d’enthousiasme ?
    Non, je pense qu’elle aussi, elle avait beau­coup d’énergie. Toutes les deux étions prêtes à jouer un très grand match. Je pense que plus je joue et mieux je joue. Cela, c’est comme cela depuis toujours. C’est comme ça que je brûle l’énergie, je commence en diesel. Aujourd’hui j’ai commencé vrai­ment lente­ment, et puis progres­si­ve­ment, je me suis sentie de mieux en mieux. Je sentais que je jouais de mieux en mieux et c’était bien. 

    Vous avez eu du mal à entrer dans le match. Pouvez‐vous expli­quer pour­quoi ?
    Je n’ar­ri­vais pas à imprimer d’effet à l’in­té­rieur du court. En fait, je n’ar­ri­vais pas à renvoyer dans le court, à l’in­té­rieur des lignes. J’ai essayé de main­tenir mon service, mais c’était toujours le second service car le premier, le pour­cen­tage était fran­che­ment médiocre. À 6–1, je me suis dis « tu conti­nues, tu conti­nues ! » La clé, c’était de taper 3, 4, 5, 6, 7 balles, de rallonger l’échange, mais je n’y arri­vais pas. Je me suis dis « tu conti­nues, car c’est la seule façon de gagner, en tout cas, d’es­sayer de faire quelque chose ». Autrement, si je commence à aller au filet sur la première balle, il n’y a pas moyen de gagner.
    À 4–1, il y a eu 2 jeux que j’ai très bien joué, elle a commencé à baisser de régime et quand je l’ai rattrapée, je me suis dis « continue ! Allez avance ! T’es là, si tu dois perdre, fait le de la belle manière ». Si j’ai une chance de gagner, je vais jusqu’au bout. J’ai eu la bonne réaction.

    Il y a peu, le circuit était dominé par des ados, Steffi, Monica, Martina. Aujourd’hui, ce sont plutôt des joueuses d’ex­pé­rience comme vous. Vous avez 30 ans. À votre avis, à quoi cela est‐il dû ?
    Je pense qu’au­jourd’hui, tout le monde est en forme et prêt à jouer sur toutes sortes de surfaces. Les jeunes montent mais ça n’est plus aussi facile qu’au­pa­ra­vant de gagner faci­le­ment. Aujourd’hui, vous pouvez trouver des femmes de 28, 30 ans qui ont la force physique, qui sont capables d’uti­liser leur expé­rience et leur talent. Pour des jeunes, c’est donc beau­coup plus diffi­cile qu’auparavant. 

    Francesca, vous avez touché le sol et embrassé votre main. Pouvez‐vous expli­quer pourquoi ?
    Je n’ai pas pu me mettre à genoux sur le court, car j’avais mal aux jambes. J’ai donc voulu remer­cier de cette manière, mais c’était un baiser que j’en­voyais à la terre.

    Pouvez‐vous m’ex­pli­quer tous ces renver­se­ments de match dans le tournoi féminin ? On a vu Sharapova contre Garcia, vous contre Radwanska et Rus contre Clijsters. Il y a beau­coup de matches qui ont été des renver­se­ments de situa­tion. Pourquoi ?
    Cela se passe aussi chez les hommes. Si vous suivez à 5–3 une femme qui sert, elle pour­rait perdre, mais chez les hommes, cela se produit aussi ! Peut‐être moins que chez les femmes, mais si je sers de 2 mètres de distance à 200 à l’heure, évidem­ment, c’est diffé­rent qu’un petit bout de femme de 60 kilos qui vous envoie un service à 60 kilo­mètres heure !
    Maintenant, expli­quer pour­quoi, je n’en sais rien. Mais la terre battue vous donne toujours une chance. L’herbe, cela en donne moins et les surfaces dures encore moins sur. Tandis que sur la terre battue, on a une chance et ensuite, on va au filet, on se sert la main et on se dit que c’est fini !

    A propos de l’auteur

    Audrey Riou

    Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.